« Les associés du Diable »

Dans mon dernier article, « Le Diable ne s’habille plus en Prada », nombreux sont ceux qui ont découvert pour la première fois la différence entre le leader et le leader responsable. Le leader est à son propre service (égocentrisme et individualité) alors que le leader responsable est au service des autres (générosité et altruisme).
Souvenez-vous du film réalisé par Taylord Hackford en 1997, « l’associé du diable », à partir du livre d’Andrew Neiderman. Al Pacino, jouant le rôle de John Milton (président d’un grand cabinet d’avocats new-yorkais), y incarne le rôle du diable : obsession du pouvoir, de l’argent et de la sexualité entre frère et sœur de même sang. En somme, la toute-puissance réservée à un nombre très restreint de personnes qui se prennent pour des dieux.
Les grands scandales financiers et les crises auxquelles nous assistons depuis ces dernières années et ces derniers mois nous montrent concrètement que le monde des affaires se trouve soumis à ce petit groupe d’individus qui ne pense qu’à lui même et qui ne se sent absolument pas responsable de l’impact des décisions qu’il prend, pour et envers les autres.
Or notre société est entrain de vivre une mutation importante. L’augmentation croissante de la violence, la montée persistante de l’irrespect, la perte des valeurs qui fondent la démocratie et la liberté, la crise intense du politique qui ne sait pas comment soumettre les folies de la spéculation financière, le non respect des règles et des lois sont les signes d’une société qui est prête à basculer, d’un moment à l’autre, dans la tyrannie de la dictature du plaisir individuel, donc de l’égoïsme. Si cela doit advenir, l’idée d’une société qui repose sur le partage des droits universels de l’homme sera anéantie. Le projet d’une société capable de partager un sentiment collectif de fraternité universelle sera illusoire.
Cette tyrannie résulte de l’exploitation de l’humanité par quelques personnes qui, se croyant maîtres du monde, sont prêtes à détruire l’idée même de la fraternité, idée selon laquelle nous sommes tous frères en humanité, indépendamment de nos appartenances philosophiques, politiques, spirituelles ou religieuses. Cette tyrannie est le résultat des « associés du Diable » imposant une dictature : celle de l’ultralibéralisme. Une idéologie qui consiste à laisser croire que gagner de l’argent, toujours plus d’argent, le plus rapidement possible, à n’importe quel coût en se désintéressant de l’intérêt collectif, serait l’unique moyen pour l’individu d’être heureux.
Pourtant il existe de nombreux leaders responsables qui, chaque jour, vivent intensément leurs responsabilités individuelle et collective ; ils combattent ainsi sans le savoir les « associés du diable ». En règle générale ces personnes discrètes, ne se font pas entendre car elles sont emplies d’humilité. Car, par expérience et par éducation, elles savent que nous pouvons être forts un jour et faibles un autre jour, réussir un jour et être en échec un autre jour. Elles ont intégré le fait que leur humanité personnelle avait ses propres limites. Elles ont également compris que nous réussissons toujours avec les autres, jamais seuls.
Combien de temps allons-nous donc encore accepter cette dictature dans le monde entier ?
Nous, entrepreneurs qui investissons notre propre argent dans nos entreprises et contribuons aux développements économique et social de nos régions.
Nous, dirigeants exécutifs qui cherchons à créer de la performance pour nos actionnaires, nos clients et nos collaborateurs en cohérence avec les valeurs humaines dans lesquelles nous croyons.
Nous, fonctionnaires qui essayons de rendre la justice et nous évertuons à faire respecter l’ordre et à maintenir la paix.
Nous, libres penseurs qui cherchons à mettre la richesse des pensées du passé au service du temps présent.
Nous, religieux qui avons fait le choix délibéré de servir l’être humain au nom de la charité et de la paix.
Nous, femmes et hommes de bienveillance qui soignons la douleur et la souffrance des malades et des plus démunis.
Nous, hommes et femmes de lois qui défendons les règles et la déontologie.
Nous, enseignants et chercheurs qui transmettons le savoir et réfléchissons pour une société meilleure pour le futur.
Nous tous, qui nous sentons pleinement conscients de la responsabilité qui nous anime dans les décisions qui nous engagent personnellement et concernent pleinement les autres.
Combien de temps allons-nous supporter cette situation dans le silence ?
Combien de temps allons-nous continuer à cautionner la dictature de ce groupe de dirigeants qui domine le monde en se prenant pour l’être suprême ?
Combien de temps allons-nous accepter de nous laisser dire que leur fortune, acquise dans la crise des subprimes, soit tout à fait légale, bien que ce soit amoral ?
Combien de temps allons-nous regarder les hommes politiques cautionner leurs fraudes géantes à travers les paradis fiscaux ?
Combien de temps allons-nous les voir se battre comme des enfants dans les bacs à sables au lieu de servir la République et la Démocratie ?
Combien de temps allons-nous regarder sans réagir l’insolence dans laquelle se délitent nos valeurs et les fondements culturels sur lesquels nous avons fondé notre société depuis des siècles ?
Nous tous, leaders responsables, ne sommes nous pas lassés par ces injustices et cette médiocrité indignes d’une humanité qui se réclame avoir une conscience ? N’est-il pas maintenant venu le temps de dénoncer l’inacceptable au nom de la fraternité universelle qui nous lie, nous les êtres humains, au fondement unique de l’humanité ?
N’est-il pas maintenant venu le temps de se lever, de se redresser pour dire NON et dire la générosité et l’amour auxquelles notre liberté de conscience nous appelle ?
Par cet article, je lance un appel à la résistance. J’invite tous les leaders responsables à réagir et refuser, sous la pression et contre leur pleine conscience, de prendre des décisions et mettre en oeuvre des actions qui remettent en cause la dignité de l’être humain. Ce refus relève clairement du courage. Lorsque nous voulons dire NON, nous devons savoir ce que nous sommes prêts à accepter…lorsque nous voulons dire OUI, nous devons savoir ce à quoi nous sommes prêts à renoncer.
Leaders responsables, où que vous soyez, levez-vous ! Faites-vous connaitre !
Faites-nous savoir les démarches personnelles ou collectives que vous mettez concrètement en œuvre dans vos organisations, dans vos équipes, là où vous êtes, pour lutter contre la dictature ultralibérale et défendre les valeurs humaines inaliénables auxquelles nous croyons.
Pour ce faire, il vous suffit de transmettre cet article et de réagir en délivrant votre message dans la rubrique « commentaire ».
Je m’engage à le publier et à le relayer partout où la parole circulera librement pour faire son chemin.
« L’homme de bien, dit Lao Tseu, n’exige pas des autres qu’ils soient parfaits. Il les aide à accomplir ce qu’il y a en eux de meilleur.

20 réflexions au sujet de « « Les associés du Diable » »

  1. Xto

    Je retrouve là le ton, l’engagement et la conviction du philosophe et du constructeur de ponts que j’apprécie particulièrement. Si tu as besoin de « portes flingues » (au sens du cinéma d’Audiard) pour appuyer cette parole j’en serai… A bientôt

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    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Jean-Christophe.
      Le mieux que tu puisses faire comme « portes flingues » est de transmettre ce message afin de construire le PONT pour faire circuler la PAROLE à ceux qui se trouvent en mesure de l’entendre.
      Bien à toi

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  2. Fouqué

    Incompréhension , indignation, désarroi, colère, et puis réaction de sorte que les fondements de notre société ne se délitent pas comme la fuite des valeurs.
    Ressaisissons nous !
    Merci Emmanuel pour cet article criant de vérité.
    Cordialement.

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  3. pellory

    Sembra davvero che l’ombra del peccato originale sia viva piu’ che mai tra i potenti della terra, che come giustamente sostieni tu, si credono degli dei e decidono per l’intera umanità. Ma è scritto « Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais Dieu n’était pas dans l’ouragan; et après l’ouragan un tremblement de terre, mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre; et après le tremblement de terre un feu, mais Dieu n’était pas dans le feu; et après le feu, le bruit d’une brise légère.Dès qu’Élie l’entendit, il se voila le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la grotte… » (I R.19). La via del bene non è dunque nella superbia, nel potere, nella forza distruttrice e nell’egocentrismo, bensì nella pace di piccoli ma grandi gesti quotidiani con i quali possiamo ancora cambiare la nostra storia. Grazie Emmanuel di dare voce a coloro che credono ancora nella fratellanza tra gli uomini, ma che spesso sono quella brezza leggera che ora ha bisogno di farsi sentire. Grazie per le tue parole coraggiose in questo messaggio di amore universale. Sono con te.

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    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Grazie Giada per il tuo messaggio.
      Dobbiamo trasmettere i nostri messaggi sul web ed a quelli che conosciamo tra di noi in tutto il mondo per lasciare andare la PAROLA dove si deve costruire una nuova visione del mondo e del futuro :la fratellanza universale.

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  4. Stefani

    Oh, combien je comprends votre colère, cher Emmanuel. Et combien je la partage.

    La seule chose qui me dérange un peu dans votre petit exposé est la notion de «leader responsable».

    Pour moi, un leader «responsable» n’est pas un dirigeant qui constate et s’émeut des effroyables dégâts causés par un capitalisme qui s’est perverti en capitalisme financier.
    Pour moi, un dirigeant «responsable» est un dirigeant qui anticipe ces désastres et se bat pour les éviter. C’est dans sa capacité à prévenir qu’on mesure la qualité d’un leader. Sinon, c’est un «suiveur», pas un leader.

    Or, force est de constater que, dans leur grande majorité, ces leaders, dont beaucoup sont par ailleurs tout à fait respectables, n’ont rien vu venir du tout.
    Deux exemples si vous le voulez bien.
    1• Combien de dirigeants de PME «bien sous tous rapports» ont-ils laissé sans broncher le Medef prôner et mettre en place le libéralisme échevelé dont vous parlez? Qui, parmi eux, s’est élevé contre le baron Sellières (patron des patrons de 1997 à 2005), presque une caricature en matière de capitalisme financier?
    2• Combien de ces dirigeants ont-ils voté oui au referendum de 2005 alors que ce projet de constitution donnait l’assurance aux grandes firmes et aux fonds d’investissement qu’ils pourraient désormais profiter —ad vitam eternam — de cette désharmonisation fiscale et sociale qui ruine non seulement les salariés mais aussi les PME* des pays européens?

    Le phénomène dont vous parlez n’a rien de récent. Voilà déjà une trentaine d’années que les lois sont écrites, non pas par des politiques conscients de l’intérêt de la majorité, mais par des dirigeants économiques qui veillent aux intérêts d’une infime minorité.
    En 2004, dans «Les mensonges de l’économie», John K. Galbraith (pas vraiment un illuminé puisqu’il a conseillé Kennedy et Johnson) tenait déjà les mêmes propos que vous.
    Mais, à l’époque, les leaders responsables avaient sans doute trop «la tête dans le guidon» pour le lire. Et c’est bien dommage car si, forts de leur respectabilité, ils avaient rué dans les brancards, nous n’en serions sûrement pas là aujourd’hui.
    Les «associés du diable» ne sont-ils pas un peu ceux qui n’ont rien voulu voir, rien voulu entendre?

    Désormais, la plupart des entreprises du CAC 40, par le biais des bilans consolidés, vont (ne pas) payer leurs impôts dans des paradis fiscaux.
    Google ou Amazon, qui gagnent des milliards en France, vont (ne pas) payer leurs impôts en Irlande.
    Bernard Arnaud et Depardieu vont (ne pas) payer leurs impôts en Belgique.
    La crise enrichit les riches et appauvrit les pauvres et les inégalités croissantes interdisent tout espoir de relance (qui peut consommer sans argent?).

    Maintenant que le pouvoir politique est passé entre les mains des responsables économiques, le retour en arrière sera difficile. Même François Hollande qui avait promis de séparer les activités de banque de dépôts et de banque d’investissement (une évidente mesure de bon sens), revient sur cette promesse, acculé par la puissance du lobby bancaire. Les leaders responsables que vous êtes doivent donc le savoir: la crise que nous avons subie en 2008 va se reproduire, avec les mêmes causes et les mêmes effets.

    À mon avis, les larmes de crocodiles que quelques leaders «responsables» viennent maintenant verser, avec un métro de retard, sur l’égoïsme des leaders «non responsables» ne suffiront pas pour inverser le cours de cette infernale mécanique
    (Êtes-vous prêts, par exemple, à annoncer au Medef que, tant que les fleurons du CAC 40 ne paieront pas les mêmes impôts que les PME, vous refuserez de payer les vôtres?)

    Sincèrement, je pense que le système est maintenant tellement vissé, boulonné, institutionnalisé, qu’il engendrera nécessairement les explosions de violence que vous redoutez. C’est regrettable, mais inévitable. Personnellement, je verrais bien quelqu’un allumer la mèche en Grèce ou en Espagne, là où la situation devient tout simplement invivable.

    À l’instant où j’écris ces lignes, je reçois un texto de SFR où j’apprends que les «Sages» viennent de censurer la taxe à 75% (sur les revenus déclarés comme revenus, pas sur les dividendes et tous les «accessoires» bien sûr…). Je pense donc immédiatement à l’époque de Roosevelt où les plus riches Américains acceptaient, eux, l’idée de payer jusqu’à 95% d’impôts pour faire face à la crise.

    Je vous souhaite néanmoins une belle année 2013, même si, de mon côté et comme vous l’avez compris, l’optimisme n’est pas au rendez-vous.

    * En France, 60% des PME n’ont comme seuls clients que des entreprises cotées, qui vont toujours vers le moins disant fiscal, social, financier. Désormais, ces PME sont donc maltraitées par ces firmes au même titre que les peuples du monde entier, les Français un jour, les Tunisiens ou les Croates le lendemain, les Roumains ou les Chinois le surlendemain.

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    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Rémi pour votre message que je partage pleinement. Vous peignez là un tableau lucide et réaliste du temps présent.
      Bien sûr que la situation ne va pas s’améliorer et que l’année 2013 sera encore plus difficile que l’année 2012.

      Pour ce qui concerne la notion de leadership responsable, celle-ci prend bien sûr en compte l’approche de la prévention des risques et de l’anticipation des crises, c’est précisément ce à quoi j’entraine les dirigeants depuis 10 ans. Je ne crois pas non plus que le leader responsable soit un pleurnichard et quelqu’un qui s’émeuve des dégâts causés. Au contraire, il doit réagir et prendre les choses en main au nom de valeurs humaines fortes auxquelles il croit. Je connais beaucoup de dirigeants de ce style.

      Par contre, comme vous le soulignez, il n’est pas acceptable que de grandes entreprises françaises ou autres dans le monde, cotées sur les marchés financiers, ne paient pas leurs impôts dans leurs pays d’origine et détournent l’argent qu’elles devraient verser à l’Etat dans des paradis fiscaux connus de tous. Il est également inacceptable que des institutions patronales, quelles qu’elles soient, cautionnent ces pratiques frauduleuses.

      Pour ce qui me concerne, je crois avoir dépassé la colère depuis un certain temps. Les réussites des entreprises que je côtoie, tant sur le plan financier qu’humain, me prouvent qu’un capitalisme social peut réellement exister. Mais cela ne tient qu’à leurs dirigeants. Il nous faut continuer à espérer, non pas d’une manière béate, mais en prenant les choses en main là où nous nous trouvons et là où nous le pouvons. C’est ce que j’appelle la résistance qui se nourrit d’un réalisme espérant quand bien même la situation semble totalement désespérée.

      C’est pourquoi j’appelle tous ceux qui se reconnaissent dans l’expression de « leaders responsables » à se lever, à manifester leurs désaccords et à montrer les démarches qu’ils mettent concrètement en œuvre dans leurs organisations pour structurer un mouvement de lutte contre l’ultralibéralisme et la déshumanisation du monde dans lequel nous vivons ; autrement nous sommes tous complices de ce qui advient.

      Je vous remercie de me lire et vous exprime tout le plaisir que j’ai eu à prendre connaissance de votre message dont, je vous le redis, je partage pleinement la teneur et le contenu.

      Bien cordialement
      Emmanuel TONIUTTI

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  5. Nicolas de Barrau

    Je soutiens complètement tes propos Emmanuel et partage ta colère face à la violence de la situation (et encore le pire reste sans doute à venir en France..). Dans ma démarche entrepreneuriale (projet que je mène de racheter une société), je m’inscris complètement autour de cette nécessité d’entrevoir toute activité professionnelle avec la mise en place de fortes valeurs de partage, d’engagement et de respect.
    Comme toi et comme de nombreux lecteurs de ton blog, je ne comprends et ne supporte pas ceux qui attendent « fièvreusement » le début de la nouvelle année pour connaître la taille du bonus qui va se situer en dizaine de millions voire en centaines de millions de dollars…. Pour quelle création de valeur pour la Société ? Mystère….

    Il me semble aussi important de ne pas résumer nos malheurs autour des seuls abus de ceux qui ont perdu tout repère. De façon plus générale, la disparition des Valeurs dans pratiquement tous les registres (sociologiques, familiales, spiritualité/religions, ….allant jusqu’à la politesse la plus élémentaire) et dans toutes les classes sociales ne fait qu’accentuer le panorama et n’augure rien de très bon pour notre avenir.
    En France par ex., je suis scandalisé par le refus de certains corporatismes de voir réformer leurs statuts (nous avons beaucoup de professions « protégées », de nombreux fonctionnaires très privilégiés). Oui, la réforme du travail est une nécessité absolue. Oui, continuer à croire que l’on peut éradiquer la valeur Travail du vocabulaire de tous les Français est une honte. N’ai-je pas vu avec amusement et aussi de la peine la comparaison ironique « USA : Yes, we can ! ; France : Yes, Week-end !)

    Selon moi, au-delà de l’indispensable réforme du système financier mondial, il faut que notre civilisation accepte l’idée d’une profonde réforme de nos modes de vie (consommation, mais aussi sociétale). Nous vivons, pour beaucoup d’entre nous, dans l’opulence et trouvons encore le moyen de nous plaindre ou de jalouser le voisin. Sans retour à des fondamentaux plus sains, la catastrophe est devant nous.
    Emmanuel, avec tous mes voeux pour cette nouvelle année !
    Bien à toi, Nicolas

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Un grand merci Nicolas pour ton message et ton témoignage.
      Oui notre monde est en pleine mutation…il va falloir réaffirmer des valeurs humaines fortes pour pouvoir traverser les puissantes turbulences qui s’annoncent car les peuples ne vont pas se laisser faire par les élites. L’intelligence collective qui s’organise actuellement sur Internet est la preuve de cette mutation. Les dirigeants ne sont cependant pas préparés à gérer cette intelligence collective qui émerge. Il existe en fait une résistance cachée dans les innombrables liens qui se tissent sur la toile. De notre côté, nous devons continuer à croire dans les valeurs qui font la démocratie et préservent la liberté de conscience.
      Je te souhaite une très bonne année 2013. Bien à toi. Emmanuel

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  6. Prache Cyrille

    Merci Emmanuel pour ce message engagé ! Un ton que j’attendais de ta part, tant l’actualité (dans de multiples pays) nous montre le décalage entre les idées que tu prônes et la réalité.
    Pourtant, ce que je retiens de cette lecture, c’est l’élan d’optimisme que tu sollicites : faisons savoir que d’autres voies sont possibles, en vrai, parce qu’elles existent ! Et nous serons surpris par la quantité d’initiatives -petites et grandes, immenses parfois- qui sont portées par des leaders responsables ! Alors nous verrons que nous ne sommes pas isolés, et nous serons encouragés à perpétuer nos pratiques vertueuses, à les faire connaitre pour motiver d’autres leaders à PASSER A L’ACTE ! Nous sommes pas différents parce que nous faisons autrement ; les autres sont différents ! A nous qui croyons à un autre modèle de promouvoir le mouvement de bascule qui peut se produire.
    Je suis tout petit pour dire tout ça. Dans mon modeste rôle de consultant, je conseille des approches emplies de sens pour aider mes clients à développer leur business. Immédiatement, cela permet de replacer l’humain au coeur du sujet, et de décliner des boucles vertueuses qui peuvent aller jusqu’à « que faire du profit dégagé ? ».
    Aussi modestement que moi, en gardant une farouche détermination, il est possible de progresser vers ce mouvement de bascule que j’appelle de tous mes voeux… mais pas forcément pour 2013 !
    Bonne année à tous, avec de l’équilibre et de la sérénité. Cyrille

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Cyrille pour ton message. Tu évoques là la notion de courage : être déterminé, ne pas baisser la garde, maintenir la cohérence avec les valeurs, continuer à développer de l’énergie positive quand bien même l’environnement général est morose, continuer à donner des signes d’espérance. Et oui tu as raison, il existe beaucoup de PME qui vont dans ce sens et qui finalement, sans le savoir, peut-être organisent la résistance.
      Je me permets ici de me faire l’écho d’un entrepreneur humaniste suisse qui vient d’écrire un article qui rejoint nos idées (voir ci-dessous).
      Très bonne année 2013. Emmanuel

      Et si nous étions responsables de la crise…..
      Des milieux d’affaires commencent à affirmer que la situation économique actuelle dans le monde ne serait pas seulement la conséquence d’une crise financière. La responsabilité n’incomberait pas seulement aux banques. Chacun de nous en porterait une partie, si infime soit-elle ! N’aurions-nous pas déviés dans une ornière rapprochante en Suisse en désirant toujours plus et en vivant au-dessus de nos moyens, comme des enfants gâtés, sans se soucier d’éventuelles douloureuses conséquences si le robinet du fric venait à couler moins fort !
      L’économiste Thomas Friedman disait déjà en mars 2009 : « Cessons de rechercher les causes de la crise et d’en faire l’analyse, mais posons-nous plutôt cette question radicale : la crise de 2008 ne représente-t-elle pas quelque chose de plus fondamentale qu’une profonde dépression ? Le modèle de croissance économique que nous avons créé et développé depuis plus de cinquante ans, ne veut-il pas simplement nous dire qu’il ne peut pas économiquement et écologiquement être maintenu, que nous allons droit dans le mur ? Et que Mère Marché et Mère Nature nous disent : ça suffit ! »
      Quelle est la finalité de l’économie. Le but premier des entreprises, n’est–il pas de servir la clientèle ? Celles qui ont ce but apportent des prestations de qualité et dans la durée ; se référant à l’éthique et à l’intégrité, certes pas toujours faciles à vivre, elles recherchent à mettre dans le coup clients, fournisseurs, sous-traitants, actionnaires, syndicats et consommateurs. Afin d’être efficaces, elles tentent de travailler avec tous ces milieux. Une telle culture a des retombées d’utilité sociale, environnementale et citoyenne. Le nécessaire bénéfice n’est pas le but en soi mais la conséquence de leurs services ! Aujourd’hui cette manière d’agir peut et doit restaurer la confiance que la société attend et dont elle a toujours eu besoin!
      Dans une récente conférence à St-Maurice, Emmanuel Faber, un des principaux directeurs de la multinationale Danone, se demandait où s’arrête le business et comment sortir de cet embouteillage dans lequel nous nous sommes engagés ! Il proclamait : « Il faut vivre autrement l’économie », et démontrait qu’au-delà de la concurrence il est possible de s’en démarquer ! Pour cela, disait-il, il faut que l’homme change (ses raisons schizophréniques, ses dépendances), se contente de moins et dépasse sa peur viscérale d’oser agir autrement! Contre vents et marées, il est possible que les choses changent autour de soi! Alors l’entreprise peut donner le meilleur d’elle-même, contre toute attente ! Dans un but social, Danone a investit en Asie des sommes d’argent considérables sans rémunération et sans attendre de bénéfice immédiat pour créer des entreprises dans le secteur de l’alimentation. Etonnamment cette multinationale, parmi les premières capitalisations boursières de Paris, a trouvé les fonds nécessaires auprès d’actionnaires convaincus de son initiative audacieuse !
      Reconnaissons l’importance des valeurs universelles que les religions et notamment le christianisme ont transmis et laissé aux civilisations et aux institutions au cours des siècles et dont le système du libre marché a été marqué. Pendant ces quelques cinquante dernières années pourtant, on a cru que la finance et la science allaient régler tous les problèmes ! Nous redécouvrons aujourd’hui l’importance des racines morales et spirituelles concrétisées par des valeurs. La notion de valeurs est nécessaire pour la santé économique. Concrètement vécue malgré les erreurs humaines, elle fait toujours référence.
      Le moment n’est-il pas venu pour l’homme de concilier concrètement dans sa vie et dans ses actes le côté temporel (aspects matérialistes, structurels) avec les valeurs? Pour servir et réussir, bien que nous soyons faibles, l’un ne va pas sans l’autre ! Changer soi-même afin de sortir de l’embouteillage et faire partie d’un monde globalisé plus équitable et plus humain ? Ce rééquilibrage, n’est-il pas un défi majeur pour ce 21e siècle ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre fuite en avant éperdue et à nous contenter de moins pour partager davantage ? Ce qui n’empêche pas le progrès raisonnable !
      Il y a une chance ! Comment la saisir ? Un des moyens consiste à tout lâcher et prendre un moment de silence quotidien nous permettant de faire le point. C’est un outil pour retrouver la sérénité et la plénitude. Cet instant de recul permet de cerner certaines priorités et d’entendre souvent la voix de sa conscience. Par cette démarche, le chemin à suivre dans l’action devient plus clair. Elle permet un choix serein qui donne sens ! Sens à sa vie, un sens différent à ses activités et à l’économie! Dans cette direction, la fête de Noël peut revêtir une signification tout au long de l’année ! Cet événement nous rappelle quelques priorités : l’importance de se préoccuper de l’autre et la puissance de l’humilité!

      28 décembre 2012 Jacky Brandt, Bulle

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  7. Luc Simonet

    Quelle joie de lire cet excellent blog.
    Pour ma part, je poserais la question de savoir s’il concevable que le monde occidental continue indéfiniment à gaspiller les ressources et à détruire la planète sans se soucier de la pauvreté qui accable trois quarts de l’humanité?
    L’économie, qui jadis appartenait aux laboureurs et aux artisans et ensuite aux commerçants et aux industriels, est aujourd’hui largement aux mains des financiers. Cette situation pourrait ne pas être sans danger, parce que ce serait une illusion de croire que l’exigence de « returns on equity », sans cesse plus élevés, sera toujours compatible avec l’éthique industrielle, avec le respect des droits de l’homme et avec la sauvegarde de la planète… (http://www.youtube.com/watch?v=D0Yg14Ysjlk)
    Je pensais que les laboureurs, les artisans, les commerçants et les industriels auraient à mener une lutte difficile contre ce monde financier qui s’était drapé dans l’honorabilité et une éthique de façade, mais qui, en réalité, avait adopté le profit rapide pour unique valeur. Ce monde-là, dont nous sommes tous responsables pour avoir exigé des rendements qui ne pouvaient être supportés par une économie saine, s’est heureusement effondré comme un château de cartes et je pense que ses ruines et ses poussières sont annonciatrices d’un monde meilleur qui sera fondé sur une approche plus sacrée et plus respectueuse du monde.
    Interrogeons-nous sur la conception que nous avons de l’argent. Est-il pour nous une matière inerte que nous tentons obsessionnellement d’accumuler toujours plus pour conjurer notre angoisse par rapport à la finitude de notre vie, puisqu’enfin, l’argent est un nombre et que, par définition, un nombre est infini, ou est-il une énergie, une belle énergie avec laquelle nous souhaitons réaliser de belles choses ?
    Le temps est venu pour toutes les entreprises d’intégrer de nouvelles valeurs, de prendre davantage en compte les intérêts de la société toute entière, ainsi que ceux de la planète. Le temps est venu pour elles de parler de prospérité, plutôt que de profit, de réfléchir sur le sens de leur activité et de chercher, non plus seulement à être les meilleures du monde, mais meilleures pour le monde
    Avec toute mon amitié.
    Luc Simonet.

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    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Cher Luc, un grand merci pour ton message. Il ne fait pas de doute que la ligue des Optimistes que tu as créées en 2005 défend cette idée selon laquelle nous devons vivre une révolution spirituelle sans précédent dans le but de changer nos habitudes et nos modes de fonctionnement pour un monde plus équitable. Nous devons revisiter nos valeurs pour les faire vivre et les mettre au service de l’humain. Merci pour ton éclairage plein d’humanité et de générosité. J’invite tous les lecteurs à prendre connaissance de cette nouvelle vague optimiste qui se déploie dans le monde à travers le site internet que tu mentionnes dans ton commentaire.
      Amitiés
      Emmanuel

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  8. Rémy Mahoudeaux

    Le microscopique leader-responsable que je suis ne peut que souscrire aux accents de cet appel. Merci, donc de l’avoir écrit et publié. Il faut effectivement dire Non, au quotidien, aux multiples compromissions qu’un système erratique attends de nous. C’est usant, c’est peu gratifiant et il y a beaucoup de façons de dire non. Pour aujourd’hui, et pour rebondir avec l’un des commentateurs infra, je vous suggère de signer la pétition concernant la pseudo-scission des banques en France que vous trouverez au bout de ce lien. http://www.monadversairecestlafinance.fr/ Si vous souhaitez savoir pourquoi j’invite le plus de personnes possibles à signer cette pétition, vous trouverez le texte que j’ai commis tant sur Finyear : http://www.finyear.com/LA-finance-de-Madoff-a-Yunus_a24908.html que sur les Echos : http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/finance-marches/finances/221162944/finance-madoff-a-yunus.

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    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Rémy pour votre commentaire et le renvoi à vos articles.
      Je profite de l’occasion pour indiquer une certaine prise de conscience du World Economic Forum autour du nouveau rapport 2013 sur les risques globaux : http://www.weforum.org/reports
      Il est intéressant de souligner que les dirigeants de cette organisation, qui ont donné jusqu’à ce jour une tendance ultralibérale à leurs propos, prennent soudainement conscience des problématiques de développement à long terme de notre humanité.
      Bien à vous
      Emmanuel

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  9. Prache Cyrille

    Bonjour Emmanuel, bonjour à tous,
    J’ai déjà apporté une modeste contribution à ton post cité en objet, en décembre.
    Aujourd’hui je découvre un classement des patrons les plus efficaces, avec stupeur !
    Je vous transmets le lien :
    http://www.journaldunet.com/economie/magazine/meilleurs-patrons-2012/

    Tant que de tels classements, assis sur de tels critères, auront de l’audience, alors le nouveau paradigme que nous espérons aura du mal à s’installer.
    Il nous faut donc lutter contre ce genre d’approche « populaire », par exemple en proposant d’autres critères (ceux que détaille Emmanuel dans son livre).
    Bonne continuation, Cyrille

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