« L’obsession de la réussite »

Efficacité, compétence, succès, objectifs, perfection, beauté prospère (1), performance.
Voici les mots clés de la société dans laquelle nous évoluons au quotidien. Et cela dans tous les domaines de notre existence : travail, famille, société, sport, santé.
Autrement dit perdants, faibles, imparfaits s’abstenir.

Mais d’où nous vient donc cette obsession de la réussite en tout genre ?
Elle a une origine : l’art du mensonge, ou plus encore, l’art de se mentir à soi-même. Une société qui veut réussir dans tous les domaines est une société qui a érigé un système dans lequel la trahison et le mensonge sont les piliers de sa propre culture.

Les fondements de ce type de société reposent sur une quête incessante de reconnaissance, un besoin d’être reconnu et aimé surdimensionné. La réussite passe, pour celui ou celle qui se trouve obsédé par cette quête, par des objectifs à atteindre par n’importe quel moyen dans le but d’exister aux yeux des autres.

A contrario de ce que nous pourrions donc croire, cette société et ces individus contemporains obsédés par la réussite matérielle, mettent de côté leurs émotions. Ils laissent apparaître une faille narcissique : le manque de confiance en soi (2). Car s’ils se sentaient en paix à l’intérieur d’eux-mêmes, ils n’auraient aucune raison de « bien paraître» aux yeux des autres. Le regard des autres ne les affecterait pas. Ils ne tiendraient compte que de leur seule volonté à réaliser ce qu’ils souhaitent vraiment pour se sentir bien dans leur vie. Éloge de l’individualisme me répondrez-vous !

C’est tout le contraire. Un individu qui cherche à se faire aimer à n’importe quel coût est au fond quelqu’un de particulièrement individualiste. Il attend, de toute relation, un retour identitaire. Il développe une capacité d’adaptation hors pair pour faire croire aux autres qu’ils sont importants. Il fait de la relation une utilité sociale pour exister. Son obsession de la performance, dans tous les domaines, prouve qu’il ne s’aime pas.

Car s’aimer consiste à s’accepter et à accepter l’autre, non pas dans ce qu’il donne à voir de lui-même d’imaginaire (3), mais dans la réalité de ce qu’il est, c’est-à-dire faible. Nous sommes des êtres fragiles. Nous jouons à être forts mais nous sommes mortels. Notre société est la négation même de ce fait commun de notre humanité. Il y a déjà plus de 2500 ans Platon nous invitait à cette réflexion dans le Phédon, « philosopher, c’est apprendre à mourir », c’est-à-dire reconnaître que notre propre vie, et celle des autres, est limitée.

L’obsession croissante de la réussite m’interroge ainsi particulièrement sur les modèles de leadership que nous mettons aujourd’hui en place dans nos entreprises. La réactivité demandée, par les objectifs de plus en plus ambitieux fixés par les actionnaires, conduit à refuser notre humanité. Ne nous étonnons donc pas si nous récoltons le mensonge et la trahison de la part de nos proches collaborateurs, ce sont les seuls mécanismes de défense qui leur permettent de survivre pour réussir de manière obsessionnelle. (4)

L’obsession croissante du mensonge révèle le refus de l’échec potentiel à ne pas atteindre des objectifs que nous nous étions fixé ou, que l’on nous avait fixé, et que nous avions accepté. L’individu peut développer une capacité exceptionnelle à mentir pour se sauver de son propre échec ou refuser l’échec d’une réalité. C’est un moyen facile utilisé aujourd’hui dans tout type de relation commerciale, amicale, politique et sociale.

L’antidote ne serait-il pas la connaissance de soi, l’identification des valeurs essentielles sur lesquelles nous ne sommes pas prêts à transiger, le courage de leur mise en application concrète dans notre vie au quotidien et l’acceptation d’affronter l’échec ?

(1) Mona CHOLLET, Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, Zones, 2012.
(2) Sur ce point, je vous renvoie à deux ouvrages qui me semblent clés pour comprendre cette question du manque de confiance en soi. Christopher LASCH, La culture du narcissisme, Climats, 2000 où vous trouverez par ailleurs une postface sur la théorie du narcissisme primaire. Claude DUBAR, La crise des identités, PUF, 2000 et en particulier les chapitres 4 et 5, p. 129-218.
(3) J’emploie ici le terme « imaginaire » dans le sens d’« image ». Il faut donc noter le décalage entre l’image que l’autre souhaite donner de lui-même et la réalité de ce qu’il est vraiment.
(4) Je ne fais ici ni l’éloge de l’un (le mensonge), ni l’éloge de l’autre (la trahison), bien au contraire. Mais je suis intimement persuadé qu’en continuant à refuser de regarder notre humanité en face, nous allons fabriquer dans nos entreprises des collaborateurs qui vont ressembler à des mercenaires. Je vous invite par ailleurs à lire, sur ces sujets et de manière plus large, le dernier ouvrage paru de Roland GORI, La fabrique des imposteurs, Éditions LLL, 2013.

32 réflexions au sujet de « « L’obsession de la réussite » »

  1. Keller

    Tout à fait d’accord avec ce point de vue. J’apprécie. Intéressant et vrai ce qui tue les relations et rend le climat malsain…

    Répondre
  2. Jean MATHY

    Cher Emmanuel,
    Je lis toujours avec plaisir vos billets engagés car ils donnent à penser.
    Vos écrits me font penser à une découverte assez récente qui concerne le thème de la performance et du dopage.
    Les travaux philosophiques d’Isabelle Queval sur le sport montrent que la question du dopage a envahi la sphère sportive mais aussi la sphère quotidienne. Nous pourrions ajouter que cela se retrouve au travail aussi. En effet, à force de mettre l’accent sur la performance seule, nous passons notre temps à nous doper : petite pilule anti-stress, cachets de vitamine C en abondance, placebos personnels, etc. Le problème vient du fait que nous ne sommes plus nous-mêmes ou, pour le dire plus exactement, nous ressentons comme une injonction, comme un commandement, à être plus et mieux que nous-mêmes, constamment. On se présente alors à autrui sur la négative : « il ne faut surtout pas qu’il voit ça, qu’il me voit tel que je suis, sinon je vais être renvoyé, je vais être mal-aimé ! » se dit-on parfois avant d’aller au travail. En ce sens, je suis particulièrement sensible à votre argument concernant la blessure narcissique.
    Le mot performance signifie « faire advenir la perfection », tout un programme réjouissant pourtant ! Au fond, je veux dire que se pose bien sûr la question de transcendance : l’individu moderne veut aller au-delà de lui-même. L’individu moderne pense être libéré, débarassé de la question de Dieu mais ce n’est pas du tout le cas. Il est toujours le porteur d’une conception de Dieu-Perfection qu’il honore encore et toujours.
    De quelle perfection parlons-nous donc ? Ne plus avoir de faiblesse, ne plus avoir de faille, ne plus faire cas de notre vulnérabilité … bref, non seulement tout ce qui fait notre humanité mais aussi tout ce qui fait que nous pouvons progresser et que nous pouvons aller vers une vraie performance ! Car la perfection n’est pas de se dépasser pour ressembler à un dieu invulnérable – rien de tel n’existe à mon avis – mais d’être conscient de ses imperfections pour progresser vers soi, tout simplement ?
    Bien à vous,
    Jean Mathy

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Cher Jean, un grand merci pour votre message.
      Progresser cela signifie probablement avancer dans l’existence avec plus de sagesse pour se sentir bien avec soi-même et donc se sentir bien également avec les autres. Pour cela, reconnaître nos fragilités est un point essentiel. Bien sûr nous n’avons pas à nous focaliser sur ce point, les qualités qui sont en nous sont également à développer. Mais en ce sens, nous pouvons essayer de développer une certaine humilité qui conduit à la reconnaissance que la vie et la mort sont inséparables.
      Bien à vous
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  3. Nicolas

    Excellent article qui prend tout son sens à la lumière de l’actualité relative au stress au travail et aux BurnOut. En connaissant nos flaiblesses et en assumant nos échecs, nous connaitrons la vrai performance : celle construite sur le long terme et atteignable seulement par la coopération entre les individus (et pas seulement la compétition).

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Nicolas pour ce commentaire. Il est vrai qu’il est plus aisé de gagner une compétition ensemble, en équipe, que de faire cavalier seul. Cette dernière attitude peut fonctionner sur le court terme mais pas sur le long terme. Bien à vous
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  4. Rémy Mahoudeaux

    merci pour ces mots qui éveillent, qui bousculent et ramènent vers ce qui est essentiel. La maladie collective de la prééminence de la forme, l’image, l’apparence sur le fond, la substance est sans doute l’un des maux dont il nous faut prendre conscience et guérir le plus vite possible.

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Rémy pour ce commentaire. Je crois finalement que cette maladie ne date pas d’aujourd’hui, elle est commune à l’histoire de l’humanité. Mais maintenant nous vivons une mutation, il nous faut prendre un nouveau virage alors il faudrait effectivement guérir, mettre en place un modèle qui favorise plus d’authenticité.
      Bien à vous
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  5. Hossine OULD AKLOUCHE

    un début de commentaire
    je partage les observations formulées, et il est difficile de déterminer toutes les causalités en jeux:
    – Constat de carence de celles et ceux qui n’ont pas trouvé d’alternative plus séduisante aux promesses matérialistes ?
    – « social device » ? la possession matérielle comme outil inclusion ou au contraire support de l’altérité.
    – Fuite en avant par émulation : chacun cherche à être confirmé à travers le regard de l’autre.
    – vision tunnelisée ?
    Il faudrait ajouter à cette liste …

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Hossine pour votre commentaire. J’aime bien votre expression de vision « tunnelisée ». L’ultralibéralisme à gagner, nous sommes dans un tunnel qui nous éloigne de nous-mêmes et de la véracité de ce que nous sommes. Il nous faut paraître. Il y a toutefois des alternatives à mettre en place, elles ne dépendent que de nous. Ce sont les futurs dirigeants comme vous qui ont à prendre cela en main. Je crois que cela est possible dans les petites structures et je pense que l’avenir est à la TPE/PME, elles développeront de la richesse si nous les conduisons avec des « social model » différents.
      Bien à vous
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  6. Alexandre Engel

    A ces ingrédients qui peuvent déranger comme le mensonge, nous pouvons ajouter l’égocentrisme et la perception des autres.

    Répondre
  7. jojo

    Encore une analyse pessimiste de la société qui respire la frustration. « C’est la cause à la société si je suis malheureux et blablabla [et que nous le sommes tous – cqfd]. On ne défend pas bien des concepts telles que le courage, l’acceptation et la confiance lorsque l’on est soi-même aveuglé par ses propres échecs.

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Chère Madame ou cher Monsieur, merci pour votre commentaire. Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog, je ne crois pas avoir le plaisir de vous connaître.
      Pour ce qui concerne le pessimisme, ce n’est pas mon fort, je parlerais volontiers de réalisme. D’autre part, je suis membre du conseil d’administration de la ligue des optimistes sans frontières, on fait pire comme pessimiste. Si vous me connaissiez, vous ne vous lanceriez probablement pas dans le type de commentaire que vous rédigez à la fin de votre message. Car il doit falloir une certaine dose de courage, d’acceptation et de confiance pour aller traiter la question de l’éthique dans les affaires dans le monde entier quand la majorité des dirigeants pensent que c’est incompatible. Pourtant nous avons un grand nombre de preuves factuelles qui démontrent que cela est possible. Je vous invite à lire en ce sens mon dernier livre L’urgence éthique.
      Bien à vous
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
    2. Fabien DAROLLES

      Bonjour Madame ou Monsieur, je me permets de réagir à votre commentaire, sans aucune agressivité, mais je ne pouvais ne pas réagir. En effet, comme commente Monsieur Emmanuel TONIUTTI, il est certain que vous n’avez pas eu la chance de le rencontrer et de le connaître, sinon vous ne douteriez pas un instant de son optimisme.
      Je me permets de vous inviter à participer à un de ses nombreux séminaires ou conférences, où que vous vouliez dans le monde. Vraisemblablement, je vous le souhaite, il vous aiderait à changer votre regard sur lui, d’une part, mais aussi et surtout votre vision du monde.
      Je vous invite aussi à vous procurer, le dernier numéro hors-série du Point, consacré à NIETZSCHE, vous pourrez retrouver l’éditorial de Catherine GOLLIAU, dans lequel elle évoque : NIETZSCHE, le Philosophe de l’énergie de la pulsion et de l’instinct. « Deviens ce que tu es » proclame son Zarathoustra. Et ose penser par toi-même, sans mollesse, avec courage, avec honnêteté.
      Je pense effectivement, qu’il faut une certaine dose de courage pour faire ce que fait Emmanuel TONIUTTI, et une très grosse dose d’optimisme pour défendre des valeurs que malheureusement la société d’aujourd’hui a oublié.
      Mais comme nous sommes nombre d’optimistes, contrairement à ce que vous laissez penser dans votre commentaire, nous osons nous regarder en face, nous remettre en question et revenir à des valeurs, que je qualifierais plus humaniste. Ceci nécessite à mon sens, énergie, courage et honnêteté.
      Mais je suis certain que vous êtes tout cela, puisque vous lisez déjà, le blog d’Emmanuel TONIUTTI.
      Cordialement.

      Répondre
  8. catherine dalle mulle

    Je me joins à Rémy pour vous dire un grand merci pour cet article courageux et très clair ! Il fait réfléchir sur notre propre vécu et nos comportements et c’est très bien, et pour la RH que je suis il m’a permis de mettre des mots sur le risque que je ressens dans certaines entreprises, de tomber dans un mercenariat qui n’irait pas dans le sens de leur développement ni surtout de celui de leurs collaborateurs.

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Catherine pour votre commentaire.
      Il est vrai que le nombre de mercenaires est en augmentation mais je crois que si nous tenons « bon » sur les valeurs humaines auxquelles nous croyons nous pouvons éviter ce piège. Cela demande parfois quelques sacrifices…mais ceux-ci préservent notre liberté.
      Bien à vous
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  9. Anne Dominique Legrand

    Merci Emmanuel pour cette analyse si pertinente pour nos entreprises et profils de type 3 en enneagramme : puisses tu être très écouté !

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Anne-Dominique pour ton commentaire. Tu as bien repéré le type 3 qui pourrait flirter également avec le type 8 mais cela c’est pour le prochain article :-)
      Bien à toi
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
    2. Fabien DAROLLES

      Merci pour les types 3 & 8. Il y en a qui se soigne… :-)
      Il n’y a rien de mal que de souhaiter la réussite de son entreprise ou de ses projets, au contraire. Cela peut –être par exemple de changer le monde à son niveau, comme par exemple créer une entreprise ou chacun puissent trouver son équilibre et de ce fait réussir à son tour ? Chercher la double performance, humaine et économique.
      Pour cela, comme le préconise Emmanuel, l’antidote est sûrement une meilleure connaissance de soi, une acceptation de son côté sombre (même s’il y en a peu dans le type 3…). Enfin, ne pas transiger sur les valeurs qui nous sont essentielles et avoir le courage de leur mise en application concrète dans le quotidien, malgré les difficultés rencontré dans l’entreprise et ce monde compétitif. Accepter bien sûr l’échec, mais je dirais aussi, accepter le fait qu’un comportement qui n’écarte pas « l’humain » peut nécessiter plus de temps pour être plus performant, avoir une efficacité redoutable pour atteindre les objectifs dans un délai record, en définitive, oser la vision à long terme.
      Comme vous voyez, j’essaie de me soigner. :-)
      Je vous souhaite un bon week-end et merci Emmanuel de nous permettre ces échanges.

      Répondre
  10. Fabien DAROLLES

    Merci Emmanuel, une fois encore, tu nous invites à réfléchir sur nous-mêmes et à revenir à l’essentiel, sans se trahir, sans se mentir. La connaissance de soi est effectivement la clé de tout (nous le savons bien), de la relation avec soi-même, ne pas se mentir et ne pas transiger sur nos valeurs et nos envies réelles, pas celles que nous fabriquons pour répondre à l’image que l’on souhaite donner de soi. Mais aussi, de la relation avec notre entourage, privé ou professionnel. Apparence quand tu nous tiens… C’est toujours un plaisir de te lire ou d’échanger avec toi. MERCI

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci fabien pour ton commentaire. L’important au fond est de se sentir en paix avec soi-même. L’énergie positive qui en découle permet de transmettre à nos équipes une vision optimiste et réaliste des affaires pleine de sens pour l’avenir.
      Bien à toi
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  11. Manzanares

    Bonjour,
    Réussir pour qui, réussir pour quoi ? je me pose la question qu’elle est ce fléau qui s’est abattu de compétitivité croissante qui modèle l’individu dans un moule à « succès » sans aucune saveur. Réussir, c’est avant tout, être en harmonie avec soi même, trouver l’essence même de ce qui nous pousse à se réaliser pour Soi et non pour le regard que les autres attendent de nous. Réussir est un long travail de connaissance de Soi et pour cela il faut aller puiser à la source de son moi. Cette obsession de réussite alimentée dés la scolarité génère une peur croissante de l’échec. Et pourtant je dirais que pour réussir, il faut échouer combien de fois. Un enfant n’apprend pas à marcher s’en être tomber combien de fois …
    Salutations et Bonne route.

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Bonjour et merci pour votre commentaire.
      Le fléau vient d’une vision américaine généralisée dans laquelle le succès passe seulement par la réussite sociale et la maximisation des profits à n’importe quel prix par n’importe quels moyens. J’ai expliqué longuement cette origine dans mon livre L’urgence éthique.
      Bien à vous
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  12. Gregory

    Merci Emmanuel pour cette réflexion. Oui la performance et l’obligation de réussir sont partout et semblent être nécessaires pour exister dans notre société: « sans réussite point de salut ». Au nom de leur réussite personnelle, certains font n’importe quoi, sacrifient jusqu’à leur famille, leur proches, leurs collaborateurs. Cette réussite se traduit pour eux par la possession de bien matériels visibles et par le pouvoir. Pourtant, une nouvelle génération arrive sur le marché du travail et dans la société qui n’adhère plus à notre modèle de réussite matérielle, qui ne veut plus posséder et qui utilise de plus en plus les biens matériels en partage (colocation, co-voiturage, vélib et autolib à Paris, location de télévision) Non pas pour des raisons financières mais aussi par choix. La notion de possession évolue grâce aux nouvelles technologies et à l’internet, nous sommes propriétaire d’une licence immatérielle quelque part dans le Cloud mais plus du produit en lui-même. Cette nouvelle génération donne la priorité à sa vie personnelle, sa tribu, et arbitrera envers l’activité professionnelle en dernier ressort. Un jeune embauché me disait récemment qu’il avait refusé une promotion à l’international car cela aurait eu trop d’impact sur sa vie personnelle. Cette nouvelle donne me semble aussi avoir un impact en terme de leadership des dirigeants, les leaders brillants, visibles, extravertis ne sont plus ceux qui vont attirer prenons Jonathan Ive est une des personnes les plus charismatique du groupe Apple et une icone dans le monde du design, c’est pourtant quelqu’un qui n’est jamais sur le devant de la scène. Les nouveaux leaders seront plus proche de ceux que Jim Collins dans son livre de la performance à l’excellence définit comme des « Leader Hérisson », humble, opiniâtre, ayant le sens de « la famille » mais beaucoup moins visibles.

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Gregory pour ton message.
      Je te suis parfaitement sur l’impact à venir des nouvelles générations qui se fera probablement sentir d’ici une dizaine d’années lorsqu’ils occuperont la place des leaders actuels. La définition de Jim Collins va effectivement dans ce sens et elle me semble correspondre à une certaine réalité qui n’est pas encore advenue pleinement mais qui est en marche.
      Bien à toi
      Emmanuel TONIUTTI

      Répondre
  13. Marie-Anne Tournaire

    Avec un peu de retard, merci pour la pertinence et clarté de cette analyse, Emmanuel.
    La réaction de Jojo m’interpelle : bien sûr, je partage l’avis de tous tes blogueurs sur ta nature éminemment optimiste et constructive, et sur tes propos ;
    Au-delà de cette considération, il y a, me semble-t-il, une forme de courage et de capacité de travail parfois hors du commun des individus obsédés par la réussite ; si elle les sert à titre personnel, à n’en pas douter, elle est aussi mise au service d’une entité économique et sociale, et créé de la richesse et de la valeur ; en même temps, j’ai effectivement constaté, comme tu le dis, cette « une quête incessante de reconnaissance, un besoin d’être reconnu et aimé surdimensionné. La réussite passe, pour celui ou celle qui se trouve obsédé par cette quête, par des objectifs à atteindre par n’importe quel moyen dans le but d’exister aux yeux des autres. ».
    Au fond, il y a peut-être une forme de souffrance, dans ce type de personnalité, et de risque de grand vide et de solitude, lorsque tout s’arrête…
    En fait, nous le savons bien, rien n’est tout blanc ou tout noir…et c’est bien là la difficulté ; la vérité est sans doute entre ces 2 couleurs…
    Ce qu’il faudrait, c’est leur ouvrir les yeux sur les risques qu’ils encourent, et qu’ils font prendre à leur entourage, et ça…tu sais bien faire !
    Bon été à toi et à tes lecteurs,
    bien cordialement
    MAT

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Marie-Anne pour ton commentaire.
      Effectivement, l’obsession, quelle qu’elle soit, est une forme de souffrance. Tu as entièrement raison de dire que nous avons des objectifs à tenir et à atteindre. Pour cela, nous devons développer une énorme capacité de travail avec une grande énergie. La question de la souffrance se pose précisément quand tout s’arrête, le vide dont tu parles. Car au fond de quelle réussite s’agit-il vraiment ? Quel sens profond voulons-nous donner à notre existence ? Que souhaitons-nous vraiment partager avec les personnes qui nous entourent ? Que faisons-nous de notre vie, puisque nous sommes leaders de notre vie ? N’est-elle que poudre aux yeux ? Mensonge à soi-même ?
      Bien à toi
      Emmanuel

      Répondre
  14. Chen Alain

    Grand merci à nouveau à Emmanuel pour ces pages indispensables et qui nous remettent à chaque fois sur le rail…..(désolé pour cette image malheureusement d’actualité)…..En prolongement de la capacité à mentir pour survivre, je renvoie à la gestion de l’être et du paraître (tel le jeu du garçon de café dans l’Etre et le Néant, il me semble?), ce qui est pour moi, et par expérience en Asie pendant plus de 22 ans, un enjeu de réussite dans la vie sociale et professionnelle. C’est moins la capacité à « mentir » mais un savoir-faire social partagé (sans mauvaise intention particulière) à « faire face » pour survivre et réussir….Clés de la réussite, bien connaître sa partition!!
    Amicalement
    Alain Chen

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Merci Alain pour ton message.
      Oui l’être ou le néant, ou encore l’essence de notre être intérieur ou le paraître.
      Ton expérience en Asie t’a probablement conduit à apprendre à concilier ces deux éléments en tension qui paraissent au premier abord inconciliables.
      Il me semble que la voie du juste milieu nous enseigne précisément à appréhender ce que l’Occident considère depuis Socrate comme impossible à réaliser.
      Amicalement
      Emmanuel

      Répondre
  15. Piquer

    We can only be agree with what you say. Emotions, feelings are the elements that make life interesting. Without them no creativity, no intuition, no innovation, no relief. As leaders we should use more our emotions and feelings to make the big difference… Emotions and feelings are the colors of life and make us so unique. Beatrice

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s