2016 : prenons notre vie en main

Par Emmanuel Toniutti

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Pour vous souhaiter une bonne année 2016, je vous propose une réflexion sur la conduite de notre existence. Celle-ci se dessine comme une suite logique à mes précédents articles sur mon blog depuis 2011. Elle s’inspire plus particulièrement de la dynamique de celui que j’ai rédigé au début du mois de septembre 2015 Où sont nos leaders ? J’y ai dressé un constat de la situation de notre temps sur le plan politique, économique, social, géopolitique, religieux et environnemental. J’ai également proposé, à partir de certains champs d’opportunités s’offrant à nous, une manière d’aborder le futur pour pouvoir lui donner un sens sur le plan macro organisationnel. Ne voyant à ce jour aucun leader se dresser pour changer le mode de fonctionnement dans lequel nous évoluons quotidiennement, je recentre ici mon approche sur nous-mêmes, en tant qu’individus, et nos possibilités d’actions dans des contextes sans cesse mouvants et pas toujours contrôlables.
Je crois profondément que le système ultralibéral dans lequel nous vivons a atteint, du point de vue de l’éthique, ses limites humaines. En imposant la performance à outrance, il pousse l’être humain dans l’expression de ses faiblesses les plus profondes : l’égoïsme, le manque de générosité, l’injustice, la violence et la vanité. Il est la caricature de choix que nous faisons pour réussir notre vie sur le plan social, professionnel et personnel, pour briller pour nous-mêmes et aux yeux des autres. Nous ne sommes pas naturellement éduqués afin de découvrir le sens de notre existence. Nous suivons des études pour trouver un travail qui rapporte de l’argent. Toute l’éducation que nous recevons alors nous laisse croire que ce chemin nous conduira naturellement au bonheur. En règle générale, l’inverse se produit et induit une situation d’anxiété dans lequel notre stress est le résultat de la projection négative que nous nous faisons d’un futur qui n’existe pas encore. Nous cherchons le maximum de sécurité dans un monde qui évolue en permanence et requiert une adaptation quotidienne.
Ce faisant, nous nous écartons sensiblement des besoins de notre âme, nous prenons une distance malsaine avec le souffle de vie qui anime notre corps et notre esprit, nous nous éloignons de nous-mêmes. Il ne faut pas entendre ici le mot « âme » comme une expression essentiellement liée à la religion : à titre d’exemple, André Comte-Sponville dans son livre L’esprit de l’athéisme utilise le mot âme pour définir une spiritualité sans Dieu. Comment se manifestent donc, à l’intérieur de nous, les signes de la séparation entre nos décisions et notre âme ? L’angoisse, la souffrance, la désillusion, la douleur dans le corps, la peur, la tristesse, la colère, la jalousie, la vengeance, la haine. Tout cela est le résultat de choix biaisés dont nous faisons tous l’expérience. Très souvent lorsque nous allons mal, nous incriminons les autres. Nous les voyons comme des ennemis ou bien comme ceux qui génèrent, par leurs actes, les sentiments qui nous animent. Mais nous n’avons jamais de problèmes avec les autres, ceux-ci ne sont que le reflet de nos propres difficultés à mettre en cohérence nos choix de vie avec notre âme, avec ce que nous sommes profondément à l’intérieur de nous-mêmes.
Prendre notre vie en main requiert beaucoup de courage. Cela nécessite de savoir ce que nous sommes prêts à accepter mais aussi ce à quoi nous sommes prêts à renoncer. La conduite de notre existence nous questionne sur les choix et les décisions que nous prenons pour nous mettre en paix avec nous-mêmes, pour faire taire le tumulte de l’anxiété et de la peur qui se manifestent en nous lorsque nous ne sommes pas cohérents avec la vie intérieure que nous devrions avoir. Ce décalage vient de ce que nous n’avons pas pris le temps d’écouter les sons colorés de notre âme à travers notre corps et nos émotions. Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion d’intervenir auprès d’un parterre de décideurs sociaux, entrepreneurs, politiques de tous horizons. J’ai pu ressentir fortement à la fois leur agressivité et leur mal être. C’est toujours étonnant pour moi (même si je le sais de par mon expérience) de constater que certaines personnes occupant, dans leur vie quotidienne, des fonctions à responsabilités petites ou grandes, peuvent être fondamentalement agressives, jalouses, égocentriques et finalement profondément malheureuses. Ces personnes se sont éloignées de leur âme. Et au fond d’elles-mêmes, leurs âmes pleurent. Elles ne s’en rendent pas compte. Elles ne savent même pas qu’elles les font vivre.

Chaque fois que nous faisons des choix incohérents avec la profondeur de notre être, nos âmes pleurent et manifestent leurs désarrois dans notre corps. Prendre notre vie en main, c’est nous donner le temps d’écouter ses larmes qui nous rongent alors que nous nous laissons croire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Prendre notre vie en main, c’est prendre conscience que notre corps et notre esprit manifestent le bien être ou le mal être de notre âme. Pour cette nouvelle année, je nous souhaite à toutes et à tous de l’entendre.

 

2016: Taking our lives in hand

To wish you well for the new year ahead, I would like to suggest some thought over the conduct of our existence. This emerges as a logical extension of my previous blog articles since 2011. It is particularly inspired by the dynamics of the one I’d written back in the beginning of September 2015 entitled Where are our leaders? In which, I had made a statement on the political, economic, social, geopolitical, religious and environmental situation at that time. I also suggested, based on certain opportunities on offer a way to face the future in order to make some sense in terms of macro organization. Seeing as so far no leader has stood up to change the way in which we live on a daily basis, I have refocused my approach here regarding ourselves, as individuals, and our possibilities for action in these endlessly changing and uncontrollable contexts.
I deeply believe that the ultra-liberal system in which we live has reached, from an ethical point of view, its human limitations. By imposing excessive performance, it pushes the human being to express his deepest weaknesses: selfishness, lack of generosity, injustice, violence and vanity. It is a caricature of the choices we make for our lives to succeed socially, professionally and personally to shine for ourselves and to others. We are not naturally educated in order to discover the meaning of our existence. We follow studies to find a job that pays in return. All the education we receive then leads us to believe that this path will naturally lead us to happiness. Generally, the opposite occurs and induces a state of anxiety in which our stress is the result of a negative projection that we have of a future that does not yet exist. We seek the maximum safety in a world that is constantly evolving and requires daily adaptation.
In doing so, we wander away from the needs of our soul, we maintain a unhealthy distance with the breath of life that animates our body and our mind, we stray from our very selves. The word « soul »  should not be understood here as a term essentially related to religion: for example, in André Comte-Sponville’s book The spirit of atheism he uses the word soul to define a spirituality without God. How, within us, does the separation between our desicions and our soul manifest itself? Anguish, suffering, disappointment, bodily pain, fear, sadness, anger, jealousy, revenge, hatred. All this is the result of biased choices which we all experience. Very often when things are not going so well or wrong we blame others. We see them as enemies or as those who generate, through their actions, feelings that drive us and make us react. But we never have problems with others, they are simply a reflection of our own difficulties to bring coherence to our life choices with our soul, with what we really are deep down inside ourselves.
 Taking your life in hand requires a lot of courage. This requires knowing what we are willing to accept but also what we are willing to give. The conduct of our life questions us on the choices and decisions we make to bring us at peace with ourselves, to silence the tumult of anxiety and fear manifested in us when we are not consistent with the inner life that we should have. This shift or gap comes about when we have not taken the time to listen to, the colorful sounds of our soul, through our body and our emotions. Just a few weeks ago I had the opportunity to speak to an audience of social policy makers, entrepreneurs and politicians from all backgrounds. I strongly felt both their aggression and unease. It always astounds me (despite the knowledge of my own experience) to find that certain who hold, in their daily lives, positions of responsibility whether large or small, may be fundamentally aggressive, jealous, self-centered and ultimately deeply unhappy . These people have strayed away from their souls. And at the bottom of themselves, their souls are crying. They do not realize it. They are not even aware their very soul keeps them alive.

 Whenever we make inconsistent choices, within the depths of our being, our souls cry and show their confusion in our body. Taking our lives in hand, means giving oneself the time to listen to ones soul and the tears that plague it whilst we allowing ourselves to believe that all is well in the best of worlds. Taking our lives in hand, means realizing that our body and mind manifest the well- or ill-being of our soul. For this new year, I wish to each and everyone of us to listen and hear.

 

 

2016: prendiamo la nostra vita in mano

Per augurarvi un buon anno 2016, vi propongo una riflessione sulla condotta della nostra esistenza. Questo augurio si inquadra perfettamente tra i miei scritti, è una conseguenza logica dei miei precedenti articoli a partire dal 2011. Più precisamente mi sono ispirato a quello redatto all’inizio del mese di settembre 2015 Dove sono i nostri leaders? Qui esponevo una constatazione della situazione in atto sul piano politico, economico, sociale, geopolitico, religioso e ambientale. Ho anche proposto, partendo da alcune opportunità che ci vengono offerte, un modo di approcciarsi al futuro per potergli dare un senso sul piano della macro organizzazione. Non vedendo ad oggi alcun leader adoperarsi per cambiare questo modo di funzionamento nel quale ci troviamo quotidianamente, ritengo opportuno ora tornare a trattare le tematiche legate a noi stessi, in quanto individui, e considerare quali siano le nostre possibilità d’azione all’interno dei contesti senza sosta e spesso incontrollabili in cui viviamo.
Credo profondamente che il sistema ultraliberale nel quale viviamo abbia raggiunto, dal punto di vista etico, i propri limiti umani. Imponendo il massimo della prestazione ad oltranza, conduce l’essere umano verso le sue debolezze più profonde: l’egoismo, la mancanza di generosità, l’ingiustizia, la violenza e la vanità. Questo sistema è la caricatura delle scelte che facciamo per riuscire nella nostra vita sul piano sociale, professionale e personale per metterci in mostra agli occhi degli altri e anche per avere un’immagine vincente di noi stessi. Non siamo solitamente educati a scoprire il senso della nostra esistenza. Seguiamo degli studi per trovare un lavoro che ci permetta prima di tutto di guadagnare denaro. L’educazione che riceviamo ci fa credere che questo cammino ci condurrà naturalmente alla felicità. In linea generale, accade l’inverso, ci dirigiamo verso una situazione ansiosa nella quale il nostro stress è il risultato della proiezione negativa che facciamo di un futuro che non esiste ancora. Cerchiamo il massimo di sicurezza in un mondo che si evolve perennemente.
Facendo questo, allontaniamo sensibilmente i bisogni reali della nostra anima, prendiamo una distanza malsana con il soffio di vita che anima il nostro corpo e il nostro spirito, ci allontaniamo da noi stessi. La parola anima qui non è da intendere come espressione essenzialmente legata alla religione: ad esempio André Comte-Sponville nel suo libro Lo spirito dell’ateismo utilizza la parola anima per definire una spiritualità senza Dio. Come si manifestano dunque, in noi, i segni della separazione tra le nostre decisioni e la nostra anima? L’angoscia, la sofferenza, la disillusione, il dolore nel corpo, la paura, la tristezza, la rabbia, la gelosia, la vendetta, l’odio. Tutto questo è il risultato delle scelte distorte di cui facciamo tutti esperienza in qualche modo. Molto spesso, quando stiamo male, incolpiamo gli altri. Li vediamo come nemici o come coloro che generano, attraverso le loro azioni, i sentimenti che proviamo. Ma la verità è che non abbiamo mai problemi con gli altri, questi non sono altro che il riflesso delle nostre proprie difficoltà a mettere in coerenza le nostre scelte di vita e la nostra vera natura, chi siamo profondamente.
Prendere la propria vita in mano richiede molto coraggio. Questo necessita di sapere ciò che siamo pronti ad accettare ma anche ciò a cui siamo disposti a rinunciare. La condotta della nostra esistenza ci interroga sulle scelte e le decisioni che prendiamo per essere in pace con noi stessi, per fare tacere quel tumulto di ansia e paura che si manifesta in noi nel momento in cui non siamo coerenti con la vita interiore che dovremmo avere. Questo divario si crea poiché non restiamo all’ascolto dei suoni colorati della nostra anima, attraverso il nostro corpo e le nostre emozioni. In queste ultime settimane, ho avuto l’occasione di intervenire presso platee di dirigenti che svolgono la loro professione in ambito sociale, imprenditori o politici con orizzonti differenti. Ho potuto percepire la loro aggressività, il loro malessere. Da parte mia è sempre sorprendente (benché ne faccia esperienza ogni giorno nel mio lavoro), constatare che alcune persone, occupando nella loro vita quotidiana delle funzioni di responsabilità, siano esse piccole o grandi, possono essere fondamentalmente aggressive, gelose, egocentriche e infine profondamente infelici. Queste persone si sono allontanate dalla loro anima, è come se le loro anime piangessero. Loro non se ne rendono nemmeno conto. Non sanno nemmeno che sono proprie le loro anime a permettergli di vivere.

Ogni volta che facciamo delle scelte incoerenti con la profondità del nostro essere, le nostre anime soffrono e manifestano il loro disagio attraverso il nostro corpo. Prendere la nostra vita in mano, significa darci il tempo di ascoltare le lacrime che sgorgano da dentro quando fingiamo di credere che tutto vada nel migliore dei modi. Prendere la nostra vita in mano, significa prendere coscienza che il nostro corpo e il nostro spirito ci comunicano il benessere o il malessere dell’anima. Per questo nuovo anno, auguro a tutte e a tutti di ascoltarla.

 

11 réflexions au sujet de « 2016 : prenons notre vie en main »

    1. Yvon Brousseau

      …Nous cherchons le maximum de sécurité dans un monde qui évolue en permanence et requiert une adaptation quotidienne…

      En réalité la sagesse et la compassion sont les ailes de notre liberté d’action par lesquelles nous élevons notre conscience au-dessus du besoin de sécurité.

      L’omnipotence de notre âme à propulser l’amour nous garantit tout le courage nécessaire.

      Puissions-nous au cours de 2016, percevoir les couleurs et d’entendre les harmoniques de notre âme afin de goûter les mots de l’impensé, de toucher les cœurs, d’inspirer le souffle de vie et d’expirer la sérénité.

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  1. Yvon Brousseau

    …Nous cherchons le maximum de sécurité dans un monde qui évolue en permanence et requiert une adaptation quotidienne…

    En réalité la sagesse et la compassion sont les ailes de notre liberté d’action par lesquelles nous élevons notre conscience au-dessus du besoin de sécurité.

    L’omnipotence de notre âme à propulser l’amour nous garantit tout le courage nécessaire.

    Puissions-nous au cours de 2016, percevoir les couleurs et d’entendre les harmoniques de notre âme afin de goûter les mots de l’impensé, de toucher les cœurs, d’inspirer le souffle de vie et d’expirer la sérénité.

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  2. Natali

    “Prends pour te connaître Le temps qu’il faudra… Rien qu’à te connaître Tu voyageras”
    Gilles Vigneault De Gilles Vigneault / Je viens d’écrire une lettre

    Bonne Année 2016

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  3. Johann THEVENARD

    Je trouve que cela fait écho à un très beau passage de 2084. Le bien ne s’éprouve que parce que le mal existe. Notre monde ultra libéral exacerbe nos relents d’égoïsme. Alors oui, allons vers l’intérieur pour extérioriser le meilleur de nous même. C’est relativement difficile à titre individuel. Ce l’est incroyablement plus à titre collectif et ne peut se faire que si un minimum de valeurs sont inscrites en nous et partagées par le groupe.
    Très bonnes recherches intérieure 2016, quelles soient le terreau de belles actions.
    Johann

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  4. Claire Farrugia-Auffray

    Merci pour cet article qui laisse le champ libre à nos améliorations.
    Très belle année 2016.
    Bien cordialement
    Claire

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  5. guglielmo

    Merci pour cet article et merci aussi d’être resté ce que vous étiez quand je vous ai vu la 1ère fois en 2005 (au démarrage de votre activité) ! vous mettez des mots sur des ressentis qui vont un peu à l’encontre de ce qui se dit dans le « grand » public … c’est un article courageux !! merci et bonne année 2016

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