Humanisme et leadership, est-ce vraiment possible ?

Par Emmanuel Toniutti

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Le courant humaniste s’est réellement structuré avec, entre autres,  des penseurs comme Boccace (1313-1375), Pétrarque (1304-1374), Ficin (1433-1499) et Pic de la Mirandole (1463-1494) en Italie et Érasme (1469-1536) aux Pays-Bas. C’est toutefois Cicéron (106-43), orateur et homme politique romain, qui semble lui avoir donné naissance, avec le concept d’Humanitas. Il influencera en ce sens toute l’histoire de la Renaissance. Pour Cicéron l’humanisme s’applique à la communauté humaine dans son ensemble. Celle-ci découle du « fait que la solidarité des hommes avec les Hommes est naturelle, car un être humain ne peut pas être étranger à un autre être humain, par le simple fait que c’est un être humain ». De cette manière, par la notion d’humanitas, Cicéron définit l’humanisme fraternel universel : ce que nous voyons et rencontrons, chaque fois que nous nous trouvons en présence d’une femme et d’un homme, c’est nous-mêmes, notre humanité. L’humanisme consiste donc à afficher, enseigner et pratiquer les valeurs fondamentales telles que le respect de la dignité et de l’intégrité de l’être humain.

Le mot « respect » (respectus) est l’action de prendre en considération une personne, d’accepter ses différences tout en reconnaissant que nous partageons la même humanité. Sa mise en pratique nécessite de bien connaître les personnes qui nous entourent. En tant que leader, la notion de respect nous interpelle sur la manière dont nous écoutons vraiment les clients, les collaborateurs, les fournisseurs et les actionnaires. Dans mon livre, Le leadership de l’amour, j’ai défini l’écoute comme « la capacité à ne pas savoir ce que nous allons dire à l’autre avant qu’il, ou elle, ait fini de parler ». Si nous savons déjà ce que nous allons répondre à l’autre avant qu’il ait fini de parler, cela signifie que nous ne l’écoutons pas, donc que nous ne « la » ou « le » respectons pas. L’écoute n’est pas une attitude d’indifférence. Elle est la reconnaissance de la parole de l’autre et de son humanité. Mais le respect consiste aussi à ne pas tout accepter de l’autre et à affirmer les convictions qui sont les nôtres quand bien même il, ou elle, ne les partagerait pas. En tant que leader responsable, nous avons le devoir de porter les autres au-delà d’eux-mêmes. L’écoute en est un levier exceptionnel. Combien de temps consacrons-nous à écouter nos clients, nos collaborateurs, nos fournisseurs, nos actionnaires pour les reconnaître dans leur humanité ?

Le mot « dignité » (dignitas) signifie le respect que mérite une personne. Pourquoi quelqu’un mériterait-il que nous lui accordions de la dignité ? Parce que cette notion se trouve directement liée à celle d’humanité. Dans le leadership, sa mise en pratique surgit de la prise de conscience que le client, le collaborateur, le fournisseur et l’actionnaire sont un autre moi-même. Chaque fois que nous nous rencontrons, que nous nous parlons et que nous échangeons pour trouver un terrain d’entente et savoir où nous voulons aller ensemble, l’autre reflète ma propre humanité. Sommes-nous bien conscients que les parties prenantes avec lesquelles nous travaillons chaque jour nous renvoient l’humanité  que nous avons en commun ? Quels moyens nous donnons-nous pour l’accepter et le reconnaître ? Comment en faisons-nous un atout de nos relations quotidiennes ?

Le mot « intégrité » (interger) signifie l’état d’être intact que constituent le corps, l’esprit et l’âme d’une personne. L’intégrité, c’est de ne pas violer ou violenter le corps, l’esprit et l’âme de ceux avec lesquels nous travaillons. La pratique de l’intégrité consiste donc avant tout en la reconnaissance que nous possédons tous (y compris nous-mêmes) une âme, un esprit et un corps. L’âme nous relie à l’infini. L’esprit nous convie à l’intelligence. Le corps permet la mise en œuvre de l’énergie qui provient de l’âme et de l’esprit. Comment faisons-nous de cette conception de l’intégrité un levier de leadership ? L’âme suppose que nous ayons à l’intérieur de nous-mêmes une énergie bien plus grande que celle que nous imaginons avoir parce qu’elle dépasse notre simple humanité. L’esprit révèle notre capacité de créativité et d’adaptation dans toutes les situations. Le corps développe la réactivité et la force nécessaires à la conduite des plans d’action que nous mettons en place. L’intégrité suppose donc de respecter l’âme, le corps et l’esprit des autres mais aussi les siens. En tant que leader responsable, sommes-nous les révélateurs de cette intégrité ? Où plaçons-nous l’âme, l’esprit et le corps dans nos discours et nos échanges avec nos pairs et nos équipes ?

 

Humanism and leadership, is it really possible ?

The humanist movement got its real structure through, among others, thinkers like Boccaccio (1313-1375), Petrarch (1304-1374), Ficino (1433-1499) and Pico della Mirandola (1463-1494) in Italy and Erasmus (1469-1536) in the Netherlands. However, it is Cicero (106-43), Roman orator and politician who seems to have given rise to this movement with the concept of Humanitas. It was in this sense that the entire history of the Renaissance was influenced. For Cicero humanism applies to the human community as a whole. This stems from the « fact that the solidarity of men with men is natural, because a human cannot be foreign to another human being, by the simple fact that it is a human being. » In this way, through the concept of humanitas, Cicero sets a universal standard of fraternal humanism: what we see and meet, whenever we find ourselves in the presence of a woman and a man, is ourselves, our humanity. Humanism is therefore to show, teach and practice the fundamental values such as respect for the dignity and integrity of the human being.

 

The word « respect » (respectus) is the action of considering a person, accepting their differences while recognizing that we share a common humanity. Its implementation requires a good knowledge of the people around us. As a leader, the notion of respect questions us on how we really listen to customers, employees, suppliers and shareholders. In my book, The leadership of love, I defined listening as « the capacity to not know what we will say to the other before he or she has finished talking ». If we already know what we will say before the other has finished speaking, this means that we are not listening, and therefore not respecting him or her. Listening is not an attitude of indifference. It is the recognition of the other’s word and of his humanity. But respect is also to not accept everything from the other and to affirm our convictions even if he or she does not share them. As a responsible leader, we have a duty to carry others beyond themselves. The ability to listen is, in that respect, an exceptional tool.  How much time do we spend listening to our customers, our employees, our suppliers, our shareholders and recognize the other in his humanity?

 

The word « dignity » (dignitas) means the due respect of a person. Why would anyone deserve that we give him dignity? Because this notion is directly linked to that of humanity. In leadership, putting this into practice arises from the realization that customer, employee, supplier and shareholder are another myself. Whenever we meet, we talk and we discuss to find common ground and to know where we want to go together, the face of the other reflects our own humanity. Are we well aware that the stakeholders with whom we work every day reflect back to us the same face we have in common? Which means do we give ourselves to accept and recognize this? How can we turn our daily relationships into an asset?

 

The word « integrity » (interger) means the state of being intact; making the body, mind and soul one person. Integrity is not to infringe or violate the body, mind and soul of those with whom we work. The practice of integrity is therefore primarily through the recognition of the fact that we all possess (ourselves included) a soul, a mind and a body. The soul connects us to infinity. The mind invites us to intelligence. The body allows the implementation of the energy that comes from the soul and mind. How can we make this conception of integrity lever leadership? The soul supposes that we have within ourselves much more energy than we think we have, as it exceeds our simple humanity. The mind reveals our capacity for creativity and adaptation in all situations. The body develops responsiveness and strength necessary to drive the action plans we put in place. Therefore, integrity presupposes the respect of the soul, body and mind of others but also one’s own. As responsible leaders, do we show this integrity? Where do we put the mind, body and soul in our words and our interactions with our peers and teams?

 

 

Umanesimo e leadership, è davvero possibile ?

 

La corrente di pensiero umanista si è realmente strutturata a partire da autori quali ad esempio Boccaccio (1313-1375), Petrarca (1304-1374), Marsilio Ficino (1433-1499) e Pico della Mirandola (1463-1494) in Italia e Erasmo da Rotterdam nei Paesi Bassi (1469-1536). Tuttavia è Cicerone (106 a.C- 43 a.C), oratore e uomo politico romano, che sembra aver dato i natali al concetto di Humanitas. Egli influenzerà in questo senso tutta la storia del Rinascimento. Per Cicerone l’umanesimo si applica alla comunità umana nel suo insieme. Ciò deriva dalla convinzione che « la solidarietà tra uomini è naturale, perché un essere umano non può essere estraneo ad un altro essere umano per il semplice fatto che è un essere umano ». In questo modo, attraverso la nozione di humanitas, Cicerone definisce l’umanesimo fraterno universale : ciò che vediamo e incontriamo, ogni volta che ci troviamo in presenza di una donna o di un uomo, non è nient’altro che noi stessi, la nostra stessa umanità. L’umanesimo consiste nell’esporre, insegnare e praticare i valori fondamentali quali il rispetto della dignità e dell’integrità dell’essere umano.

 

La parola “rispetto” (respectus da respicere) significa prendere in considerazione una persona, accettare le sue differenze riconoscendo che condividiamo la stessa umanità. La sua messa in pratica necessita di conoscere bene le persone che ci circondano. In quanto leader, la nozione del rispetto ci interpella sul modo in cui ascoltiamo veramente i clienti, i collaboratori, i fornitori e gli azionari. Nel mio libro, La leadership dell’amore, ho definito l’ascolto come “la capacità di non sapere ciò che risponderemo all’altro finché non avrà finito di parlare”. Se noi sappiamo già cosa risponderemo all’altro prima che abbia finito, non lo stiamo veramente ascoltando, di conseguenza non la o non lo rispettiamo. L’ascolto non è un comportamento legato all’indifferenza, l’ascolto è il riconoscimento della parola dell’altro e della sua umanità. Il rispetto consiste però anche nel non accettare qualunque cosa dall’altro e affermare le proprie convinzioni anche qualora non fossero condivise. In quanto leader responsabile, abbiamo il dovere di portare gli altri oltre loro stessi; l’ascolto è in questo senso uno stimolo eccezionale. Quanto tempo consacriamo ad ascoltare i nostri clienti, collaboratori, fornitori, azionisti al fine di riconoscerli nella loro umanità?

 

La parola “dignità” (dignitas da dignus) significa il rispetto che merita una persona. Perché una persona merita che noi gli riconosciamo la dignità? Perché questa nozione si trova direttamente legata a quella di umanità. Nella leadership, la sua messa in pratica emerge dalla presa di coscienza che il cliente, il collaboratore il fornitore e l’azionista sono un altro me stesso. Ogni volta che lo incontriamo, che gli parliamo e che instauriamo un qualunque tipo di relazione nel tentativo di trovare un’intesa e sapere dove vogliamo andare insieme, l’altro riflette la mia propria umanità. Siamo consapevoli che i soggetti interessati con i quali lavoriamo ogni giorno ci rinviano all’umanità che abbiamo in comune? Attraverso quali mezzi siamo in grado di accettarlo e riconoscerlo? Come ne facciamo una carta vincente nelle nostre relazioni quotidiane?

 

La parola “integrità” (integritas, da integer) significa il fatto che il nostro corpo, mente e anima sono intatti per come sono costituiti. L’integrità comprende quindi il non violare né violentare il corpo, l’intelletto e l’anima di quelli con cui lavoriamo. Mettere in pratica il valore dell’integrità consiste innanzitutto nel riconoscimento del fatto che tutti (noi compresi) possediamo un corpo, un intelletto e un’anima. L’anima ci congiunge all’infinito; l’intelletto all’intelligenza; il corpo ci permette di utilizzare e canalizzare l’energia che proviene da queste ultime. In che modo potremmo fare dell’integrità un punto di forza nella leadership? L’anima presuppone che abbiamo dentro di noi un’energia ben più potente rispetto a quella che crediamo di avere perché sorpassa la nostra “umanità” nell’accezione più semplice del termine. L’intelletto ci permette di sviluppare creatività e adattamento in ogni situazione. Il nostro corpo produce invece reattività e forza necessarie a condurre i nostri progetti ed è presupposto essenziale all’inizio di qualunque azione. L’integrità necessita dunque del rispetto di tutte queste componenti dell’altro e certamente anche di sé stessi. In quanto leader responsabili, siamo rivelatori di questa integrità? A che piano di importanza mettiamo il corpo, la mente e l’anima nei nostri discorsi e nelle relazioni con i colleghi e con i gruppi di lavoro?

3 réflexions au sujet de « Humanisme et leadership, est-ce vraiment possible ? »

  1. Becker Luc

    Depuis Erasme, la notion d’humanisme a quelque peu évolué en particulier dans les domaines -économiques et politiques-. Il est même possible de dire qu’il a été dévoyé pour permettre une utilisation « orbi » et non plus « urbi ».

    Ne peut-on pas aujourd’hui prétendre que, dans ces domaines, l’*/humanisme/* consiste à s’assurer que toute décision ne peut être prise qu’après avoir intégrer ses conséquences humaines.

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Oui et il faut intégrer deux dimensions de l’éthique en corrélation avec l’humanisme. L’éthique déontologique qui fait appel à des grands principes représentés concrètement par les valeurs et l’éthique conséquentialiste qui consiste à mesurer les conséquences de ses décisions sur l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. J’ai consacré le premier chapitre de mon livre Le leadership de l’amour à ces dimensions.
      Merci à vous

      Répondre
  2. Giuseppe Ardolino

    Caro Emmanuel,
    L’approccio umanistico che tu ci proponi si contrappone a quello contrattualista e liberista per il quale l’uomo è lupo all’uomo (Hobbes, homo homini lupus).
    Purtroppo quest’ultimo è dominante nella cultura e nelle società moderne, sopratutto nordeuropee e nordamericane che detengono l’attuale leadership e che impongono i loro modelli binari (winner – loser) contribuendo alla destrutturalizzazione dell’Occidente!
    Questa logica è conseguente al liberismo mercantilista che nel suo motto lancia il primo manifesto relativista (lassez faire). È in realtà una logica predatoria che conduce allo stato di natura che presuppone, in cui l’uomo ha l’unico scopo di sopravvivere in un mondo di totale conflitto.
    La prospettiva di Cicerone ribalta completamente questa visione, riconducendo l’uomo da una astrazione illuministica, alla sua natura sociale, peraltro già affermata da Aristotele.
    Un caro saluto

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