Un temps de sabbat estival

Par Emmanuel Toniutti

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Ce matin, à l’aube, je me suis engagé sur un chemin inconnu. Ma marche était lente, anormalement lente, par rapport à ma vitesse habituelle. J’avais décidé d’aller là où ce sentier me conduirait. Au bout d’un peu plus d’une heure, sans n’avoir rencontré personne, j’ai entendu le son des cloches d’une église. Ce son rendait joyeux, il était plein de vie. Je me suis retrouvé rapidement au milieu d’une cinquantaine de personnes qui venaient assister à ce qui semblait être l’office des lectures. Cette église était absolument magnifique, toute simple, de style roman, du neuvième siècle. Je n’aurais jamais pu imaginer la trouver là.

Je n’avais aucunement envie de participer à l’office, m’étant depuis longtemps désolidarisé du rite ecclésial. La beauté de l’église, du lieu et le sourire des personnes qui se trouvaient autour de moi m’y poussa néanmoins naturellement comme un flux d’énergie indomptable. Je pris soin de m’installer au dernier rang pour pouvoir m’en aller dès après en avoir contemplé l’intérieur. C’est alors qu’un moine entra par la petite porte de derrière. Sans officier, il s’installa confortablement sur la chaise située au centre du chœur, il y lut clairement un passage de l’Évangile dont les mots furent très courts : « la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise ». Puis…plus rien…le silence.

Je mis un certain temps à comprendre qu’il s’agissait d’une lecture contemplative. Alors je me suis plongé dans le silence et le temps s’est suspendu, je dirai même qu’il s’est arrêté. J’ai fermé les yeux et je ne sais pas combien cela a duré. Un sentiment de paix a envahi mon cœur, mon corps s’est détendu et je me suis entendu me dire tout au fond de moi-même : « voilà, c’est cela vie ! Il ne peut pas y avoir de lumière sans ténèbres, qui n’accepte pas les ténèbres ne peut pas se laisser envahir par la lumière ».

Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’étais seul dans l’église. Je suis sorti. Toutes les personnes qui avaient assisté à la lecture contemplative étaient là, elles discutaient entre elles, elles m’ont salué, elles m’ont offert un verre d’eau, elles ne m’ont posé aucune question. Un homme s’est approché vers moi et m’a dit : « merci d’avoir partagé ce moment avec nous ». Puis, avec une rapidité extraordinaire, toutes ces personnes ont disparu aussi vite que je les avais vues arriver à l’église.

Le sabbat indique la cessation, le temps du repos. L’été nous invite à prendre un autre rythme, à nous détacher de nos habitudes pour nous ressourcer, nous retrouver avec nous-mêmes, avec nos proches, avec nos amis, à rencontrer des inconnus pleins d’humanité. Ce fut un moment d’exception.

A summer Sabbath time

This morning at dawn, I set out on an unknown path. My progress was slow, unusually slow compared to my usual speed. I decided to go where that path would lead me. A little after an hour, having met no one, I heard the sound of church bells. It was a joyful sound, full of life. I quickly found myself in the middle of a crowd of fifty people who came to attend what appeared to be the Office of Readings. This church was absolutely beautiful, simple, Romanesque of the ninth century. I would never have imagined to find it there.

I had no desire to participate in the service, myself being long separated from the church rite. The beauty of the church, the place and the smiles of the people who were around me nevertheless pushed me naturally as an indomitable flow of energy. I sat myself down on the last row to be able to leave soon after having looked inside. Then a monk came through a little back door. Without office, he settled comfortably down on the chair in the centre of the choir, from where he read clearly a passage from the Gospel whose words were very short: «The light shines in the darkness and the darkness has not comprehended». Then … nothing … silence.

I took me a while to understand that this was a contemplative reading. So I immersed myself in the silence and the time hung for a moment, I would even say that it had stopped. I closed my eyes though I cannot say for how long. A sense of peace invaded my heart, my body relaxed and I heard myself tell myself deep inside, « Here, this is life! There cannot be light without darkness, he who does not accept the darkness cannot be invaded by the light.  »

When I opened my eyes I was alone in the church. I left. All who had attended the contemplative reading were there, they talked among themselves, they welcomed me, they offered me a glass of water, they did not ask me any questions. A man came to me and said, «thank you for sharing this moment with us». Then with extraordinary speed, they all disappeared just as quickly as when they had arrived.

The Sabbath indicates an ending, a termination, a time of rest. The summer invites us to take a different pace, to detach ourselves from our habits to rejuvenate, to find ourselves within ourselves, with our families, with our friends, to encounter others unknown to ourselves, full of humanity. It was an exceptional moment.

Un tempo sabbatico estivo

Questa mattina, all’alba, mi sono imbattuto in un cammino sconosciuto. Il mio passo era lento, stranamente lento se paragonato al mio ritmo abituale. Avevo deciso di andare ovunque mi conducesse il sentiero. Dopo poco più di un’ora, senza aver incontrato nessuno, ho sentito il suono delle campane di una chiesa. Questo suono mi rendeva gioioso, era pieno di vita. Rapidamente mi sono trovato in mezzo ad una cinquantina di persone che venivano ad assistere probabilmente ad un ufficio delle letture. Questa piccola chiesetta era bellissima, semplice, in stile romanico, del IX secolo. Non avrei mai potuto immaginare di trovarla qui.

Non avevo nessuna intenzione di partecipare alla funzione, essendomi allontanato da molto tempo dal rito ecclesiastico. Tuttavia, la bellezza di questa chiesa, del luogo in cui mi trovavo e il sorriso delle persone che si trovavano intorno a me, mi spinsero naturalmente a partecipare, come in preda ad un flusso di energia indomabile.  Mi sedetti nell’ultima fila, confidando di andarmene subito dopo aver contemplato l’interno.

In questo momento un frate entrò da una piccola porta posteriore, senza celebrare la messa, si sedette comodamente sulla sedia al centro del coro, lesse un passaggio del Vangelo con poche parole “la luce brilla nelle tenebre, ma le tenebre non l’hanno accolta”. Poi, più nulla, il silenzio.

Mi ci è voluto molto prima di capire che si trattasse di una lettura contemplativa. A quel punto, immerso nel mio silenzio, mi accorsi che il tempo sembrava come sospeso, sembrava si fosse fermato. Ho chiuso gli occhi ma non saprei dire per quanto. Un sentimento di pace invadeva il mio cuore, il mio corpo era rilassato e all’improvviso sentii queste parole risuonare in me, “ecco, è questa la vita, non ci può essere luce senza tenebre, chi non accetta le tenebre non potrà essere invaso dalla luce”.  Quando riaprii gli occhi, ero solo nella chiesa. Uscii. Tutte le persone che avevano assistito alla lettura contemplativa erano lì, discutevano tra di loro, mi salutarono, mi offrirono un bicchiere d’acqua, ma non mi chiesero nulla. Un uomo si avvicinò a me e mi disse “grazie di aver condiviso con noi questo momento”. Poi, con una straordinaria rapidità, tutte queste persone sparirono alla stessa velocità con cui le vidi arrivare.

Il momento sabbatico indica la sospensione, il tempo di riposo. L’estate ci invita a prendere un altro ritmo, a distoglierci dalle nostre abitudini per ricaricarci, per ritrovarci con noi stessi, con chi ci sta accanto, con i nostri amici, o con degli sconosciuti che incontriamo, pieni di umanità.  È stato un momento straordinario.

15 réflexions au sujet de « Un temps de sabbat estival »

  1. Nadine

    Ce matin j’ai pris le train a 5h pour rejoindre Paris et l’ambassade d’Iran ou je venais chercher un visa. 3 longues heures d’attente avant que n’arrive le tour de ma 53eme place . Dans de telles situations, les gens tres occupés que nous sommes gèrent leurs mails, appellent tous les contacts en retard, téléchargent les dossiers en souffrance. En ce lieu, rien de possible. La salle consulaire de l’ambassade est un bunker. Zéro réseau. Alors j’ai profité de l’occasion pour méditer. Au milieu de 60 autres personnes affairées à survérifier leurs papiers dans un silence absolu, celui que l’on entend dans une salle d’attente médicale ou le couloir d’un tribunal. Sabbat dis tu ?

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      C’est bien parce que nous vivons ce genre d’expériences que tu décris Nadine que nous devons absolument trouver notre propre temps de sabbat. Cele ne dépend que de nous-mêmes de nous accorder ces temps de pause.

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  2. Armand Broder

    « la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise »
    L’idée de « la lumière brille dans les ténèbres  » est bien belle et ne nécessite pas la seconde partie qui est au mieux une redondance et au pire une exclusion de ceux qui n’adhérent pas à la doctrine du Christ.
    Avec cette seconde partie ce sont les juifs qui représentent les ténèbres et comme ils n’ont rien compris, le testament N°2 est venu les éclairer…et à posteriori justifier de leur souffrances pour ne pas avoir accepté la nouvelle vision.
    Dommage mon cher Emmanuel de ne pas stigmatiser cette manière d’exclure, alors que si je ne m’abuse tu souhaitais faire passer exactement le message inverse…
    Je te souhaite un bel été de lumière.
    Bien amicalement,

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Je suis bien désolé mon cher Armand mais ton interprétation est on ne peut plus étonnante.
      Dans la passage de l’évangile de Jean, les ténèbres ne visent absolument pas les juifs…mais le non-être, l’absurde, le néant, le non-sens de l’existence. Il s’agit du premier chapitre qui renvoie au Verbe, le logos. Le Christ vient bien après même s’il incarnera l’une des formes du logos pour le christianisme. Je rappelle que sur le plan théologique, les interprétations littérales sont dangereuses. On ne peut pas extraire un texte de son contexte, c’est ce que l’on appelle l’éxégèse. Tous les problèmes d’incompréhension entre les juifs, les chrétiens et les musulmans viennent de ces interpértations littérales qui polluent la fraternité.
      D’autre part, dans mon expérience, ce jour-là, c’est ce texte qui a été lu, il se peut bien qu’un autre jour ce sera un passage de la Torah ou du Coran ou bien des Upanishads ou de Confucius ou de textes spirituels athées et agnostiques.
      Voilà comment nous pouvons lire ce passage sur un autre mode. La lumière, c’est Dieu, c’est l’Être…les ténèbres, c’est le non-être. Le non-être n’a pas reconnu lÊtre et la puissance de l’être. Comment peut-on assimiler le non-être aux juifs ? Je suis indigné d’une telle interprétation.
      Je te souhaite un bel été
      Amicalement
      Emmanuel

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  3. Armand Broder

    Cher Emmanuel,
    Je suis heureux de ton indignation mais si tu examines les choses de plus près, tu constateras que l’évangile de Jean a permis bien des horreurs sur base de ce petit bout de phrase qui n’est pas anodin sous la plume et dans l’esprit de Jean.
    Je suis très heureux que cette pensée ne t’a pas effleurée mais si tu lis les commentateurs du berceau de l’antisémitisme tu retrouveras cette même pensée…autant le savoir.
    N’oublie jamais que les pères de l’église ont permis l’avènement d’une nouvelle croyance et donc d’un nouveau groupe…qui pour exister devait exclure les autres…
    Il en va ainsi de tous les groupes…et Jean l’avait parfaitement saisi…lui !
    Bien amicalement,

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      L’histoire humaine a été marquée par des atrocités inaccepatbles pour notre humanité qui ont été le fait d’interprétations littérales. Et d’ailleurs cela continue car nous ne cessons d’exclure et d’opposer. Je crois qu’il est grand temps de promouvoir une vision positive humaniste et fraternelle qui est possible si nous croyons en l’humanisme. Cela dépend de nous. Cela pour ne pas répéter les erreurs du passé. Bien amicalement

      Répondre
  4. Emmanuel

    Un jour par semaine je met mon réveil à 5h30, je part à l’église et relayer celui qui adore avant moi. Pendant une heure, alors que toute la ville dort, j’ai l’église pour moi. Je suis devant l’ostensoir, « Jésus eucharistie ». En tête à tête. Pour contempler la lumière qui brille.

    Je peux savourer le temps qui s’écoule. Un genre de « mini sabbat ». J’y vais avec mes questions, mes doutes, parfois ma colère. J’en suis déjà revenu transformé par une lecture, une idée qui à jaillit là. Et toujours apaisé.

    Pour ceux que l’expérience tente, voici une carte des lieux ou l’adoration se pratique de manière plus ou moins perpétuelle : http://www.adoperp.fr/index.php/ou.html
    Il est intéressant de voir que ceux qui pratiquent l’adoration viennent de tous horizons, on y trouve des « grenouilles de bénitiers » aussi bien que des personnes qui n’assistent jamais à une messe. C’est la force de l’adoration, et c’est aussi la force de ce que vous avez vécut dans cette jolie chapelle du neuvième siècle : ce n’est pas de la religion, c’est une rencontre.

    Répondre
    1. Emmanuel Toniutti Auteur de l’article

      Un grand merci pour votre message.
      L’ostentoir « Jésus eucharistie » n’est pas vraiment ma motivation même si « j’ai été rencontré » il y a plus de 35 ans.
      Vous avez raison il ne s’agit pas de religion mais de rencontre, donc de spiritualité, donc de « sacré ».
      J’aime l’expérpience selon laquelle cette rencontre est donnée dans toute spiritualité qu’elle soit juive, chrétienne, musulmane, bouddhiste…autres, voire athée. C’est alors la rencontre de l’inconditionné qui se donne c’est-à-dire le puvoir des origines que nous appleons Dieu, ou l’Être ou le principe des origines ou le grand architecte de l’univers… J’ai longuement décrit cette dimension dans le premier chapitre de mon livre « Le leadership de l’amour ».
      Merci pour votre témoignage.

      Répondre
  5. Marielle BRADEL

    Cher Emmanuel,
    Parfois, dans notre vie les ténèbres nous envahissent… et nous nous refermons sur nous mêmes….sans voir que quelque part, une lumière brille… un sourire.. une main tendue… enfermés dans nos ténèbres nous ne voyons pas cette lumière… parfois, hélas, nous refusons même de la voir, de la reconnaître…
    Parfois, au contraire, nos pas nous conduisent, sans que nous le voulions vraiment, vers quelque chose ou quelqu’un qui se révélera être une petite lumière pour nous… et quelque chose bouge en nous.
    Je te remercie pour cette expérience que tu as vécue : se laisser porter par ses pas, sans savoir ce que l’on va trouver… oser dépasser sa première hésitation et découvrir un espace de paix, dans lequel on peut se plonger et se ressourcer…
    Il me semble que cette période est propice à se laisser, enfin, porter par ce qui se présente à nous, sans à priori et sans attente particulière ! Lâcher nos emplois du temps surchargés pour accueillir ce qui vient… OSER
    MERCI et… bonnes vacances à toi.
    Marielle

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  6. Marie Pascale CHAGUE

    Merci Emmanuel de rappeler que la période estivale permet un retour à l’essentiel pour chacun d’entre nous.
    Pour ma part la pratique du Miracle Morning tous les matins est une piqure de rappel quotidienne des joies du jour qui se présente.

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  7. Alain TARDAN

    « la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise ».
    La lumière est partout mais notre esprit très compliqué, attaché à l’idée d’un soi, nous empêche de la laisser venir nous éclairer un petit peu…Pourtant que l’on agisse dans la lumière ou bien dans les ténèbres, elle est toujours là !
    Bien à vous toutes et tous !

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