Archives de l’auteur : Emmanuel Toniutti

A propos Emmanuel Toniutti

Président fondateur de l'International Ethics Consulting Group. Docteur (Ph.D.) en théologie de l'Université Laval de Québec (Canada). Entraîneur de Conseil d'Administration et de Comités Exécutifs. Spécialiste de l'éthique et des comportements de leadership, d'entrepreneurship et de gestions de crises. @EToniutti

Qu’est-ce que l’éthique protestante ?

Le protestantisme est né avec Martin Luther en 1517 et les 95 thèses de Wittemberg. Ce mouvement s’appellera celui de la Réforme dont nous fêtons les 500 ans cette année. Luther proteste contre la vente des indulgences qui consistaient à payer une somme d’argent pour racheter l’âme des défunts. Sa protestation conduira à exprimer plusieurs principes fondamentaux du protestantisme. Sola Fide : seulement la foi compte. Sola Scriptura : seulement les Ecritures comptent. Sola Gratia : seulement la grâce de Dieu compte. C’est la notion du salut qui est en jeu ici. Celle-ci devient individuelle et non plus collective comme c’était le cas avec l’Eglise catholique. J’ai développé toutes ces mentions dans mon livre L’urgence éthique ou l’éthique appliquée au monde des affaires.

L’éthique est l’art de savoir se comporter en société de manière juste. Elle est la mise en pratique concrète des vertus, ce que ne cesse de rappeler Aristote dans son Ethique à Nicomaque.  Appliquée au christianisme, l’éthique est concrètement la mise en pratique de la vertu de l’agapè c’est-à-dire de l’amour divin ou de l’amour inconditionnel. L’exemple même de cet amour s’incarne dans un juif nommé Jésus qui donnera tout son sens à la valeur de fraternité : « Pour autant que vous l’avez fait à l’un de mes moindres frères que voilà, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40). J’ai largement développé toutes ces notions dans mon livre Le leadership de l’amour ou l’amour appliqué au monde des affaires.

L’éthique protestante est donc la capacité que nous avons, en tant qu’individu, à mettre en œuvre l’amour dans notre comportement quotidien. L’exemple de cet amour est celui de Jésus-Christ. Appliqué au monde des affaires et de la politique, elle souligne combien les leaders doivent être au service de leurs parties prenantes et de leurs citoyens. Elle mentionne que l’argent n’est pas l’objectif premier mais qu’il est la conséquence de la relation que nous entretenons avec les autres. Si le protestantisme constitue un certain mouvement de réveil aujourd’hui, c’est parce qu’il est à l’origine du capitalisme contemporain. Mais il existe plusieurs variantes d’éthique protestante entre celle luthérienne, l’autre calviniste ou encore puritaine calviniste…Celle qui se trouve à l’origine du capitalisme est puritaine calviniste. J’ai longuement expliqué ces mentions dans mon livre L’urgence éthique.

La valeur de fraternité est le cœur de l’éthique protestante. Elle est la juste combinaison de la philosophie de Cicéron et de la théologie de l’amour de Jésus. Là encore, j’ai expliqué ces mentions dans ma conférence TEDx « Humanisme et entrepreneurship ».

Si vous voulez allez vraiment aller plus loin dans les fondements de l’éthique protestante, je vous conseille deux livres : Le courage d’être de Paul Tillich et L’instant d’un geste de Jean-Daniel Causse.

 

L’empathie, un levier de management ? Empathy? Empatia?

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L’empathie, un levier de management ?

Développer votre empathie ! Voilà le mot magique à la mode dans l’entreprise qui devrait révolutionner votre leadership ou votre management. Facile à dire mais difficile à mettre en pratique.

Le mot « empathie » vient du grec ἐν (en) qui signifie « à l’intérieur » et de πάθoς (pathos), la « souffrance ». Il caractérise la capacité à s’identifier à autrui, à éprouver ce qu’il ressent à l’intérieur de lui-même, à comprendre ses sentiments et ses émotions. Même si nous savons, de par les neurosciences, que notre cerveau a une capacité naturelle à s’identifier aux autres, nous savons également de par la psychologie des profondeurs comment nos croyances, liées aux différents inconscients collectifs, familiaux, individuels et religieux qui nous constituent, sont des freins à nous mettre à la place de l’autre. En effet, ces inconscients ont formé en nous des croyances dont il n’est pas si facile de sortir. Il nous faut d’abord les reconnaître puis les accepter pour apprendre à vivre avec elles et nous en distancier. L’empathie, au sens où elle le fait de « ressentir la souffrance de l’autre à l’intérieur de son propre corps », ne peut donc pas relever d’une décision rationnelle ou d’une volonté personnelle.

Pour nous mettre en chemin vers l’empathie, il nous faut ainsi d’abord écouter. Se mettre à l’écoute de nous-mêmes dans un premier temps, puis nous mettre à l’écoute de l’autre. Dans mon livre, le leadership de l’amour, j’ai défini l’écoute comme la capacité à « ne pas savoir ce que nous allons dire à l’autre avant qu’il n’ait fini de parler ». En effet, nous ne pouvons pas prétendre à comprendre l’autre et à nous mettre à sa place, si nous ne respectons pas d’abord sa parole et ses différences. L’écoute nous invite à nous méfier de nous-mêmes et de nos jugements trop hâtifs. Elle nous interpelle sur la manière impulsive que nous avons de réagir inconsciemment selon nos croyances. L’être humain est un être de langage et comme le dit si bien Maurice Bellet : « Le langage – au sens fort – juge d’avance. Qui ne parle pas ma langue, je ne le connais pas comme humain ! On va bien plus vite qu’on ne croit à cette limite terrible ». Nous ne pouvons donc pas décider d’être empathique. Au mieux, il s’agit d’un processus chimique qui s’active en nous par un écho mimétique devant une souffrance inacceptable nous rappelant nos propres blessures, ou d’un moment de grâce qui nous est donné et que nous ne comprenons pas forcément rationnellement.

L’écoute nous invite ainsi à la vigilance. Elle intègre le fait positif que dans toute relation nous partageons ensemble notre humanité ; elle nous ouvre à l’humilité d’accepter que les différences individuelles et culturelles qui nous habitent nous empêchent très concrètement de nous mettre à la place de l’autre. Tout simplement parce que nous ne sommes pas lui ou elle, et que nous ne serons jamais lui ou elle. L’écoute, dans le management, nous appelle ainsi à l’amour Philia : la capacité que nous avons à accueillir la différence de l’autre, à la respecter et à l’accompagner sans que notre langage personnel vienne parasiter celui de la personne qui nous parle. Sans jugement, sans condamnation. Elle ne se leurre pas sur une éventuelle possibilité à comprendre vraiment l’autre car, comme conclut Bellet « chacun a sa zone d’ombre impénétrable, sa région faussement claire, son travail de vérité, sa part lumineuse » qui échappe non seulement à l’autre mais aussi à soi-même.

Cet article est paru dans le magazine Courrier Cadres de avril-mai 2017

 

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Empathy, a management tool?

Develop your empathy! This is the magic buzz word going around companies at the moment, a means to revolutionize your leadership or management. Easy to say but not so easy to put into practice.

The word « empathy » comes from the Greek ἐν (en) which means « within » and from πάθoς (pathos), « suffering ». It characterizes the ability to identify with others, to experience what they feel inside themselves, to understand their feelings and emotions. Even though we know from neuroscience that our brain has a natural ability to identify with others.  We also know from indepth psychology how our beliefs, linked to the collective, family, individual and religious unconscious differences that makes us, hold us back from putting ourselves in the place of the other. Indeed, this unconscious has formed within us beliefs which are not so easy to push out. We must first recognize them and then accept them to learn to live with them and distance ourselves from them. Empathy, in the sense that it makes one « feel the suffering of the other within one’s own body », cannot therefore be the result of a rational decision or a personal will.

To put us on the road to empathy, we must first listen. To listen to ourselves at first, then to listen to the other. In my book The Leadership of Love, I defined listening as the ability to « not know what we’re going to say to the other before he’s finished speaking. » Indeed, we cannot pretend to understand the other and put ourselves in his place, if we do not first respect his word and his differences. Listening invites us to distrust ourselves and our too hasty judgments. It challenges us on how impulsively we react unconsciously according to our beliefs. The human being is a being of language and, as Maurice BELLET says so well: « Language, in the true sense of the word, judges beforehand. He who does not speak my language, I do not recognize as human! We reach this terrible conclusion all too quickly. » We cannot therefore decide to be empathetic. At best, it is a chemical process that is activated in us by a mimetic echo before an unacceptable suffering that reminds us of our own wounds, or a moment of grace that is given to us and that we do not necessarily  rationally understand.

Listening therefore leads us to vigilance. It integrates the positive fact that in every relationship we share our humanity together; it opens us up to the humility of accepting that the individual and cultural differences that inhabit us prevent us very concretely from putting ourselves in the place of the other. Simply because we are not the other and never will be.  Listening in management thus calls us to Philia love: the capacity we have to welcome the others differences, to respect and accompany him without our personal language interrupting or hindering his discourse. Without judgment, without condemnation. It does not delude itself about a potential possibility of truly understanding the other because, as BELLET concludes, « everyone has his zone of impenetrable shadow, his region falsely clear, his work of truth, his luminous self » unclear not only to the other but also to oneself.

This article was published in the magazine Courrier Cadres of April-May 2017

 

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L’empatia, un impulso per la gestione aziendale?

Sviluppate la vostra empatia! Ecco la parola magica, molto di moda nel mondo delle imprese, che dovrebbe rivoluzionare la vostra leadership o la vostra gestione aziendale. Facile a dirsi, ma piuttosto difficile da mettere in pratica.

La parola “empatia” deriva dal greco ἐν (en) significa “in, all’interno, dentro” e πάθoς (pathos), la “sofferenza, il patimento”. Ci si riferisce alla capacità di identificarsi all’altro, è la capacità di provare ciò che sente l’altro, comprendere i suoi sentimenti e le sue emozioni. Anche se noi sappiamo, dalle neuroscienze, che il cervello ha una naturale capacità di identificarsi agli altri, sappiamo anche dalla psicologia come le nostre credenze, legate a differenti incoscienti, (collettivo, familiare, individuale e religioso) che ci costituiscono, sono talvolta dei freni rispetto al metterci nei panni dell’altro. Questi incoscienti infatti, costituiscono in noi dei pregiudizi da cui non è così semplice prescindere. Bisogna innanzitutto riconoscerli, poi accettarli per imparare a convivere con essi e prenderne infine un po’ di distanza. L’empatia, nel senso di “sentire la sofferenza dell’altro dentro il nostro corpo”, non può dipendere da una decisione razionale o dalla propria volontà.

Per metterci in cammino, per così dire, verso l’empatia, è necessario prima di tutto ascoltare. Ascoltare noi stessi principalmente, poi metterci all’ascolto dell’altro. Nel mio libro La leadership dell’amore, ho definito l’ascolto come la capacità di “non sapere cosa diremo all’altro prima che abbia finito di parlare”. Non possiamo infatti pretendere di capire il prossimo e metterci al suo posto, se non rispettiamo le sue parole e le differenze di cui è portatore. L’ascolto ci invita a diffidare di noi stessi e dei nostri giudizi troppo precipitosi. Reagiamo molto spesso in modo impulsivo spinti inconsciamente dalle nostre credenze. Per l’essere umano il linguaggio è espressione maggiore e fondamentale del suo avanzato pensiero simbolico, e come ci dice Maurice Bellet: «il linguaggio, in senso stretto, giudica in anticipo. Chi non parla la mia lingua, non è da me riconosciuto come essere umano! Possiamo raggiungere questo limite terribile molto più velocemente di quanto non si creda». Non possiamo quindi decidere di essere empatici. Nella migliore delle ipotesi si tratta di un processo chimico che si attiva in noi come un eco mimetico di fronte ad una sofferenza inaccettabile che ci ricorda le nostre ferite; oppure di un momento di grazia che ci è dato e che non per forza riusciamo a comprendere razionalmente.

L’ascolto ci invita in questo senso ad essere vigili. Ci indica positivamente che in ogni relazione condividiamo la nostra umanità; ci porta verso l’umiltà di accettare che le differenze individuali e culturali che ci costituiscono possono impedirci concretamente di metterci al posto dell’altro. Semplicemente perché non siamo quell’uomo o quella donna, e non lo saremo mai. L’ascolto, nella gestione aziendale, fa appello in questo senso all’amore Philia: la capacità che abbiamo di accogliere la differenza dell’altro, rispettarla e accompagnarla senza che il nostro linguaggio personale venga a inquinare il linguaggio di chi ci parla. Senza giudizio, senza condanna. L’ascolto non ci permette di illuderci di aver profondamente capito l’altro; perché, come conclude sempre Bellet: «ognuno ha la sua zona d’ombra impenetrabile, una sua regione falsamente chiara,il suo lavoro di verità, la sua parte luminosa» che sfugge non solo all’altro, ma persino a se stessi.

Questo articolo è apparso su Courrier Cadres nel mese di aprile/maggio 2017

Entrepreneurship, leadership, management ?

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Le mélange des mots

Le vocabulaire utilisé à l’heure actuelle dans les entreprises se résume très souvent aux mots suivants : agilité, flexibilité, innovation, créativité, empathie…De jolis mots certes ! Cependant, ils ne sont absolument pas faciles à mettre en œuvre au quotidien dans la conduite des équipes et des affaires. Et dans un environnement où la croissance est difficile, la pression et le stress augmentant, il est difficile de maintenir l’énergie positive nécessaire pour favoriser l’adhésion et le sentiment d’appartenance de toutes et de tous à l’entreprise, sa stratégie et ses objectifs. D’autre part, il n’est pas du tout certain que nous ayons toutes et tous les compétences requises pour mettre ces mots à la mode en pratique. Afin d’intégrer la nécessité de leur mise en œuvre il faut définir, au préalable, trois grands concepts qui s’enchevêtrent mais qui ne se superposent pas toujours : l’entrepreneurship, le leadership et le management.

L’entrepreneurship consiste en la capacité à prendre sa vie en main : « entre » – « prendre ». Il invite à créer et innover quelque chose à partir de rien, il repose sur le talent à avoir et à donner une vision claire du futur dans un environnement incertain. Il nécessite un niveau de sécurité personnelle faible et de confiance en soi élevé car il requiert de se projeter dans un avenir dont l’entrepreneur, femme ou homme, n’a aucune certitude. Elle ou il croit en ce qu’il fait, parfois même envers et contre tous.

Le leadership est le fait de « mener », de « conduire ». Il est la capacité à donner du sens et à faire adhérer les équipes à la vision, la mission et la stratégie de l’entreprise. Le leadership demande à développer de l’influence pour être suivi. Une ou un « meneur » se reconnaît précisément au fait qu’elle ou qu’il est suivi. Pour cela, il doit s’adapter en permanence aux situations et aux autres, tout en maintenant le cap à atteindre.

Le management est le fait de « gérer » un projet, une équipe, une organisation. Il ne requiert pas la capacité à définir une vision et/ou une stratégie mais plutôt à ordonner des process et des équipes pour atteindre les objectifs en cohérence avec la stratégie et la vision.

Toutefois, ces trois notions ont un point commun essentiel. Elles se font avec les femmes et les hommes qui composent l’organisation. L’entrepreneur, le leader et le manager ont, tous trois, à développer des qualités relationnelles élevées car, dans une entreprise ou une organisation, le plus compliqué n’est pas tant de définir une stratégie et des process mais de les conduire avec les personnes concernées. Le management a donc énormément évolué de nos jours. Les compétences demandées à travers l’agilité, la flexibilité, la créativité, l’innovation et l’empathie sont des qualités liées à la bonne connaissance de soi et de l’autre, la bonne relation à soi et à l’autre. Cela demande impérativement une modification des parcours de formation et de perfectionnement habituels.

Cet article est paru dans le magazine Courrier Cadres de février-mars 2017

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The mix-up of words

The vocabulary used companies today is very often summed up with such words as: agility, flexibility, innovation, creativity, empathy … Beautiful words for sure! However, they are absolutely not easy to implement within the daily running of teams and business. Especially in an environment where growth is difficult and pressure and stress increase, it is difficult to maintain the positive energy needed to foster a  sense of belonging, for each and everyone to the company, its strategy and its objectives. On the other hand, it is not at all certain that we each and all have the skills required to put these fashionable words into practice. In order to integrate the need for their implementation, we must first define three major concepts that are intertwined but not always overlapping: entrepreneurship, leadership and management.

Entrepreneurship is the ability to take control of one’s life. It is an invitation to create and innovate, starting from scratch, it relies on the talent of having and giving a clear vision of the future in an uncertain environment. It requires a low level of personal security and high self-confidence because it requires projecting oneself itself into a future for which the entrepreneur, woman or man, has no certainty. He or she believes in what he or she is doing, sometimes even for all and against all.

Leadership is about « leading », « driving ». It is the ability to make sense and to make the teams adhere to and buy into the vision, the mission and the strategy of the company. Leadership needs to develop influence in order to be followed. A « leader » sees himself or herself as such by being followed. To do this, one must constantly adapt to situations and to others, while maintaining the heading to be reached.

Management is about managing a project, a team, an organization. It does not require the ability to define a vision and / or strategy but rather to order processes and teams to reach objectives in line with a strategy and vision.

However, these three notions have one essential commonality. They all come into play with the women and men who make up the organization. The entrepreneur, the leader and the manager have, all three, to develop high relational qualities because, in a company or organization, the most complicated is not so much to define a strategy and a process but to lead them with all those concerned. Management has evolved enormously nowadays. The skills required through agility, flexibility, creativity, innovation and empathy are qualities linked to a good knowledge of self and others, a good relationship with oneself and others. This necessitates a change from the usual training and development paths.

This article was published in Courrier Cadres magazine.  Edition:  February-March 2017

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Mescolanza di parole

Ultimamente nelle aziende il vocabolario utilizzato si concentra spesso su queste parole: agilità, flessibilità, innovazione, creatività, empatia…

Certo, belle parole! Tuttavia, non è per niente semplice metterle in pratica nel quotidiano nella condotta dei gruppi e degli affari. In un ambiente dove la crescita è già molto difficile, la pressione e lo stress aumentano, è complicato mantenere l’energia positiva necessaria per favorire l’adesione e il sentimento di appartenenza all’azienda, alla strategia adottata e ai suoi obiettivi. D’altra parte, non è scontato che tutti abbiano le competenze necessarie per mettere in pratica queste definizioni. Per permettere a tutti di integrare il fatto che è necessario realizzare il senso di queste parole, è necessario definire prima di tutto, tre grandi concetti che si accavallano ma non sempre si sovrappongono: l’imprenditorialità, la leadership e il management.

L’imprenditorialità consiste nella capacità di prendere la propria vita in mano. È un invito a creare e innovare qualcosa a partire dal niente, riposa sul talento nel dare una visione chiara del futuro in un contesto incerto. Necessita un livello di sicurezza personale debole e un`elevata sicurezza in sé poiché richiede di progettarsi verso un avvenire di cui l’uomo o la donna non ha alcuna certezza. L’imprenditore crede in ciò che fa, talvolta contro tutti. La leadership comporta il “condurre”, il “portare”.  Implica la capacità a dare il senso e far aderire i gruppi alla visione, alla missione e alla strategia d’impresa. La leadership richiede la capacità di sviluppare l’influenza per poter essere seguiti. Un o una leader si riconosce precisamente dal fatto che è seguito o seguita. Per questo, deve adattarsi di continuo alle situazioni e agli altri, mantenendo però chiaro l’obiettivo da raggiungere.

Il management è l’atto di gestire, di condurre un progetto, un gruppo, un’organizzazione. Non implica la capacità di definire una visione o una strategia quanto piuttosto ordinare dei processi per raggiungere degli obiettivi in coerenza con la strategia e la visione.

Tuttavia, queste tre nozioni hanno un punto in comune essenziale. Si realizzano grazie al lavoro di donne e uomini che compongono l’organizzazione. L’imprenditore, il leader e il manager devono tutti potenziare le loro capacità relazionali poiché, in un’azienda, la cosa più complicata non è definire una strategia o un processo ma condurre tutto questo con le persone implicate. Il management si è dunque notevolmente evoluto. Le competenze richieste attraverso l’agilità, la flessibilità, la creatività, l’innovazione e l’empatia sono delle qualità legate alla buona conoscenza di sé e dell’altro. Questo necessita imperativamente una modifica dei percorsi di formazione e di perfezionamento abituali.

Questo articolo è apparso sul giornale Courrier Cadres di febbraio-marzo 2017

2017 : un tournant historique – a historical turning point – una svolta storica

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2017 : un tournant historique 

Il y a quelques jours, le président de la Chine Xi Jinping, au forum de Davos 2017, s’est prononcé officiellement pour le libre-échange et la mondialisation. Cela m’a rappelé un épisode que j’ai vécu il y a exactement dix ans lorsque je donnais mon premier cours à l’université de Fudan à Shanghai. L’un des dirigeants chinois de l’EMBA m’avait interpellé au cours du dîner : « avez-vous bien compris ce que nous avons commencé à faire ? ». Comme je n’avais pas vraiment perçu l’enjeu de la question, je lui avais répondu de manière directe, comme un occidental : « non, je ne sais pas ». Et alors d’une voix tranquille, il m’avait confié : « nous allons vous coloniser ! N’ayez pas peur, il ne s’agit pas d’une colonisation militaire mais financière, nous allons racheter toutes vos entreprises ». Nous étions en 2007. Lorsque je suis rentré en Europe, puis en France, j’ai transmis l’information à tous les dirigeants que j’ai rencontrés. Je peux témoigner que la majorité d’entre eux n’a accordé aucun crédit à ce retour d’expérience, ils en ont même rigolé. Étant allé régulièrement en Chine tous les ans à partir de cette date, et travaillant chaque fois avec des dirigeants chinois, j’ai pu continuer quant à moi à mesurer la planification minutieuse de cette colonisation, toute structurée autour des principes de l’art de la guerre.

Voilà nous y sommes. À Davos, Xi Jinping a officiellement annoncé la colonisation financière de l’Occident par la Chine. Il va continuer à le faire, mais cette fois avec le support des États-Unis à travers la mise en place d’une double gouvernance mondiale sino-américaine qui aura pour objectif de rallier le Royaume Uni et la Russie à sa cause néolibérale. D’ailleurs, cela est en préparation depuis longtemps et est passé totalement inaperçu aux yeux des occidentaux. Au cours du mois de juillet 2014, les pays du BRIC ont créé une banque de développement ayant pour objectif de soutenir leurs projets de croissance. J’ai annoncé et dénoncé cette stratégie purement néolibérale au cours des Vèmes Assises nationales de la recherche stratégique qui se sont tenues en novembre 2014 à l’école militaire à Paris et dont j’avais en charge la synthèse des tables rondes : en voici la vidéo.

Nous voici donc, la France et l’Union européenne, confrontés à une très dure réalité opérationnelle. Ou bien nous avons l’agilité de définir et de mettre en œuvre un positionnement stratégique en rupture reposant sur nos valeurs humanistes, cela n’empêchant aucunement la performance économique ; ou bien nous allons devenir les esclaves de la Chine et des États-Unis. Ces derniers ont réussi à développer leurs propres réseaux d’influence à travers les GAFA et la Chine avec les BATX. 2017 constitue donc un tournant historique : ou bien nous redéfinissons notre leadership afin de retrouver une capacité d’influence différente dans un monde qui nous échappe ; ou bien nous allons perdre nos avantages compétitifs commerciaux, notre identité et notre code génétique. Même si je ne partage pas 100% de leurs analyses deux livres expriment, entre autres, parfaitement cette idée : Jacques Attali dans Le destin de l’Occident et le Comité Orwell dénonçant cette vague néolibérale fulgurante dans son collectif Le triomphe du soft totalitarisme.

Mon expérience de terrain me démontre chaque jour que très peu de nos dirigeants politiques français et européens ont intégré ces dimensions stratégiques pour nous proposer la vision d’un autre modèle de société cohérent avec nos valeurs. Autrement dit, qu’on se le dise très clairement, point de leaders à l’horizon pour nous guider et nous conduire vers une rupture porteuse de sens qui permettrait de développer nos propres outils d’influence, de défense et de conquête. Il est donc grand temps que nous passions à l’entrepreneurship. L’heure est venue pour nous, chacun où nous sommes, de prendre notre destin en main. C’est la nouvelle donne qui commence : 2017, bienvenue dans le meilleur des mondes.

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2017: a historical turning point 

A few days ago at the Davos 2017 forum, the President of China Xi Jinping, made an official declaration for free trade and globalization. It reminded me of an episode that I experienced exactly ten years ago when I was giving my first course at Fudan University in Shanghai. During dinner, one of the Chinese leaders of the university asked me: « Have you understand what we have started to do? ». Since I had not really perceived the issue at stake, I answered him directly, like a Westerner: « no, I do not ». And then, in a quiet voice, he had confided in me: « We are going to colonize you! Do not be afraid, it is not a military colonization but financial, we will buy up all your businesses. » That was back in 2007.

On returning to Europe, then to France, I passed on this information to all the leaders I came across. I can testify that the majority of them gave no credit to this feedback, they even laughed. Having gone regularly to China every year from that date, and working each time with Chinese leaders, I have been able to continue to measure the meticulous planning of this colonization, all structured around the principles of the art of the war.  And here we are, in Davos, with Xi Jinping officially announcing the financial colonization of the West by China.

He will go on to do so, but this time with the support of the United States through the establishment of a dual Sino-American world governance that will aim at rallying the United Kingdom and Russia to its neoliberal cause. Moreover, this has been in preparation for a long time now and has gone completely unnoticed by Westerners. Back in July 2014 in Shanghai, the BRIC countries set up a development bank to support their growth projects. I announced and denounced this purely neoliberal strategy during the 5th National Conference on Strategic Research held in November 2014 at the military school in Paris, where I was in charge of the synthesis of the round tables: see video.

We are now, France and European Union, facing a very hard operational reality. Either we have the agility to define and implement a strategic positioning in rupture based on our humanistic values, this would not prevent our economic performance; or we will enslave ourselves to China and the United States. The latter have succeeded in developing their own influential networks through the GAFA and China with the BATX.

2017 is thus a historic turning point: either we redefine our leadership in order to regain a capacity for a different influence in a world that we make no sense of; or we will gradually lose our competitive commercial advantages, our identity and our genetic code. Even though I do not share 100% of their analysis two books express, among others, perfectly this idea: Jacques Attali in The destiny of the West and the Orwell Committee denouncing this flashing neoliberal wave in his collective work The triumph of soft totalitarianism.

My experience in the field shows me, every day, that very few of our French and European political leaders have integrated these strategic dimensions to offer us the vision of another model of society that is consistent with our values. In other words, let’s be very clear here, there are no leaders on the horizon to guide us and lead us to a meaningful rupture that would allow us to develop our own tools of influence, defense and conquest. So it’s about time we moved on to a model of entrepreneurship. The time has come for us, wherever we are, to take our destiny into our own hands. It is the new deal that begins: 2017, welcome to the best of worlds.

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2017: una svolta storica 

 Alcuni giorni fa, il presidente della Cina Xi Jinping, al forum di Davos, si è pronunciato ufficialmente a favore del libero scambio e della mondializzazione. Questo mi ha ricordato un episodio che ho vissuto esattamente dieci anni fa, in occasione del mio primo corso presso l’università di Fudan, a Shangai. Uno dei dirigenti cinesi di questa università, durante la cena mi aveva fatto una domanda che in quel momento reputai piuttosto strana: “Voi avete capito cosa stiamo facendo?”. Non avendo veramente colto il significato della questione, gli risposi in modo diretto, potrei dire, da “occidentale”: “No, non lo so”. Lui quindi, con voce pacata proseguì: “Vi stiamo colonizzando! Non abbiate paura, non si tratta certo di una colonizzazione militare, ma finanziaria, infatti compreremo tutte le vostre imprese”. Eravamo nel 2007. Una volta rientrato in Europa, e poi in Francia, raccontai e trasmisi questa informazione a tutti i dirigenti che incontravo. La maggioranza di loro rideva, non dava assolutamente alcun credito a questa mia esperienza. A partire da quella data però, continuando a recarmi periodicamente in Cina e lavorando sempre con dirigenti cinesi, ho potuto rendermi conto di cosa stesse succedendo, ho avuto modo di misurare sul campo la pianificazione minuziosa di questa particolare colonizzazione, strutturata sui principi stessi dell’arte della guerra.

Eccoci qui, ora ci siamo. A Davos, Xi Jinping ha annunciato ufficialmente la colonizzazione finanziaria dell’Occidente da parte della Cina. Questa volta però, con il supporto degli Stati Uniti, attraverso la messa in pratica di una doppia governanza mondiale sino-americana che avrà come obiettivo quello di far aderire anche il Regno Unito e la Russia alla causa neoliberale. D’altra parte, questo piano era in preparazione da molto tempo, solo che è passato totalmente inosservato agli occhi degli occidentali. Nel luglio 2014, proprio a Shangai, i paesi del BRIC hanno creato una banca di sviluppo il cui obiettivo è quello di sostenere i loro progetti di crescita. Ho già più volte annunciato e denunciato questa strategia puramente neoliberale, in particolare in occasione del V Congresso Nazionale della ricerca strategica che si è tenuto nel novembre 2014 presso la scuola militare di Parigi; ero incaricato in quel frangente di concludere le tavole rotonde con una sintesi: ecco il video.

Francia ed Unione Europea sono quindi ormai confrontate ad una durissima e concreta realtà. A questo punto, o avremo la capacità e l’agilità di definire e di mettere in pratica un posizionamento strategico che direi di rottura con questo trend e che poggia saldamente sui nostri valori umanisti, (cosa che non impedirebbe in alcun modo un soddisfacente risultato anche sul piano economico); oppure, conviene dirlo, diventeremo con grande probabilità schiavi di Cina e Stati Uniti. Questi ultimi sono riusciti a sviluppare le loro reti di influenza attraverso GAFA e BATX. Il 2017 rappresenta dunque a mio avviso una vera svolta storica. È necessario che ridefiniamo la nostra leadership per ritrovare un’efficiente capacità di influenza in questo mondo che ci sta sfuggendo di mano; diversamente, ritengo che perderemo poco a poco, ogni vantaggio competitivo commerciale, e ciò che è peggio, la nostra stessa identità e il nostro codice genetico.

Pur non condividendo al 100% le analisi contenute nei libri che sto per citarvi, ci troverete certo ottime considerazioni a proposito dell’argomento qui da me trattato: sono Le Destin de l’Occident di Jacques Attali e Le triomphe du soft totalitarisme del comitato Orwell, il quale denuncia l’onda neoliberale.

La mia esperienza sul campo mi conferma ogni giorno che pochissimi tra i dirigenti e politici francesi e europei, dimostrano di aver integrato queste dimensioni strategiche, proponendoci la visione di un nuovo modello di società, coerente con i nostri valori. In altre parole, diciamocelo con grande chiarezza, nessun leader all’orizzonte che possa guidarci e condurci verso una rottura portatrice di senso, rottura che ci permetterebbe di ampliare e migliorare i nostri strumenti di influenza, di difesa e di conquista. È tempo per noi di passare all’imprenditorialità. Ciascuno di noi, in base alle proprie possibilità e alla propria situazione, prenda la propria vita in mano. Un nuovo equilibrio sta iniziando: 2017, benvenuto nel migliore dei mondi.

 

État d’urgence

par Emmanuel Toniutti

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Depuis la dérégulation des marchés initiée au début des années 1980, accentuée par le consensus de Washington, nous vivons dans un monde dit ultralibéral. Cet ultralibéralisme a naturellement conduit à mettre en place, dans le processus de mondialisation et de globalisation, un modèle : celui de la création de valeur actionnariale. Ainsi la majorité des dirigeants politiques et des grandes entreprises, dans le monde entier, prennent des décisions qui favorisent ce modèle dont l’idéologie consiste à croire qu’il existe une main invisible qui régule naturellement le marché. Ce modèle privilégie la finance sur l’économie réelle, c’est-à-dire à toujours plus rémunérer les actionnaires sur le court terme. La crise des subprimes de 2008 en a été le triste résultat.
Dans un exemplum remarquable, lors de la remise des diplômes de HEC en juin 2016, le directeur général de Danone, Emmanuel Faber, a dénoncé ce système : « Après toutes ces décennies de croissance, l’enjeu de l’économie, de la globalisation, c’est la justice sociale. Sans justice sociale, il n’y aura plus d’économie…Il n’y aura pas non plus de justice climatique sans justice sociale…Après vingt-cinq ans d’expérience, ce que je sais, c’est qu’il n’y a pas de main invisible ».
Chez les ultralibéraux, cette main invisible, n’est autre que la Providence. Or nous sommes effectivement certains que depuis que G.W. Bush a été obligé de faire voter par le congrès américain, en 2008, un plan de sauvetage de l’économie américaine de 700 milliards de dollars, la Providence n’intervient pas sur le marché. L’ultralibéralisme est une théorie économique appliquée pour favoriser l’enrichissement des riches au détriment des classes moyennes et des plus pauvres.
L’élection de Donald Trump va exactement dans ce sens, le modèle qu’il prône se situe entre le protectionnisme, l’interventionnisme militaire et le libre-échange.

Nous sommes en état d’urgence mais nous avons encore la possibilité de changer de modèle. Cela ne dépend que de notre capacité à prendre notre vie en main pour aller vers la création de valeur partenariale. Celle-ci signifie que les actionnaires, les clients, les employés, les fournisseurs, les institutions, les citoyens sont des parties prenantes égales entre elles. Ce modèle favorise la solidarité contre l’individualisme, la fraternité contre l’égoïsme, il s’imprègne de la justice sociale pour mettre l’être humain au cœur des préoccupations du futur. Il permet de revenir aux fondamentaux mêmes de l’humanisme : « la solidarité vient du fait qu’un être humain ne peut pas être étranger à un autre être humain du fait qu’il est un être humain. » Tout ce que nous faisons, tout ce que nous créons est le résultat de forces humaines mises en commun pour servir l’humanité à laquelle nous appartenons.
Comme se plait à le dire le sociologue Edgar Morin, nous vivons une mutation de civilisation nécessitant un nouveau modèle qui ne favorise pas un petit nombre au détriment de la majorité et dont la justice sociale soit le fer de lance. La situation du temps présent montre que nous traversons une crise politique, sociale, économique et culturelle qui appelle à un changement nouveau. Si nous ne le faisons pas, nous devrons faire face, dans le futur, à des mouvements de révolte de toutes tendances nourries par une colère humaine exprimant la lassitude et le désespoir devant les privilèges indécents d’un petit nombre d’élus et de dirigeants.
Il est urgent de mettre en cohérence toutes nos stratégies de développement avec les valeurs qui fondent notre démocratie : la dignité, le respect, la liberté, l’égalité et la fraternité. Autant de valeurs dont nous nous sommes éloignés pour laisser se développer l’ultralibéralisme dont les seuls fondements défendus sont l’argent, l’apparence, l’hyper-individualisme et l’égoïsme immédiat. Ce que je crois personnellement, après ces quinze dernières années à avoir accompagner des entreprises à se développer pour créer de la croissance, dans des environnements politiques et multiculturels complexes, c’est que le futur s’enracine dans l’humanisme et la fraternité alors que le passé se perd dans l’ultralibéralisme et l’individualisme.

Emergency state

 Since the deregulation of markets originally set up in the early 1980s, accentuated by the Washington consensus, we now live in a so-called ultra-liberal world. In the process of globalization, this ultraliberalism has naturally led to establishing a model: the creation of shareholder value. In such instance the majority of political leaders and corporations around the world make decisions that favor this model whose ideology consists in believing that there is an invisible hand that naturally regulates the market. This model favors finance over the real economy, that is to say, increasing the remuneration of shareholders over the short term. The subprime crisis of 2008 was the sad result.
As a remarkable exemplum, on the HEC graduation day of June 2016, Danone’s CEO, Emmanuel Faber, denounced this system: « After all these decades of growth, economic stakes and globalization, it is social justice that matters. Without social justice, there would be no economy, neither would there be climatic justice without social justice … after twenty-five years of experience, what I know is that there is no invisible hand « .
Among the ultraliberals, this invisible hand is none other than Providence. But we are sure that since GW Bush in 2008 was forced to pass a vote by US Congress for a bailout plan for the US economy of $ 700 billion, Providence did not intervene in the market. Ultraliberalism is an applied economic theory to favor the enrichment of the rich to the detriment of the middle classes down to the poorest.
The election of Donald Trump goes exactly in this direction, the model he advocates falls somewhere between protectionism, military interventionism and free trade.
We are in a state of emergency but we still have the opportunity to change the model. It depends only on our ability to take charge of our lives and move towards partner value creation. This means that shareholders, customers, employees, suppliers, institutions and citizens are equal stakeholders. This model fosters solidarity against individualism, fraternity against egoism, it imbues itself with social justice to put the human being at the heart of the concerns of the future. It takes us back to the very fundamentals of humanism: « Solidarity comes from the fact that a human being can not be alien to another human being because he himself is a human being ». Everything we do, everything we create is the result of human forces put together to serve the humanity to which we belong.
As sociologist Edgar Morin puts it, we are experiencing a mutation of civilization requiring a new model that does not favor a small number to the detriment of the majority and whose social justice is the spearhead. The present situation shows that we are going through a political, social, economic and cultural crisis that calls for a new change. If we do not, in the future, we will have to face revolt movements of all tendencies nourished by human anger expressing lassitude and despair at the indecent privileges of a small number of elected officials and leaders.
There is an urgent need to align all our development strategies with the values that are the very foundation of our democracy: dignity, respect, freedom, equality and fraternity. So many values that we have moved away from to allow the development of ultra-liberalism whose sole foundations are money, appearance, hyper-individualism and immediate egoism. What I personally believe after the last fifteen years of accompanying companies to create growth in complex political and multicultural environments is that the future is rooted in humanism and fraternity and that the past will be lost to ultra-liberalism and individualism.

Stato d’urgenza

A partire dalla deregolamentazione dei mercati, iniziata all’inizio degli anni ’80, favorita dal Consenso di Washington, viviamo in un mondo detto ultraliberale. Questo ultraliberismo ha naturalmente portato a mettere in atto, nel processo di mondializzazione e globalizzazione, un modello: quello della creazione di valore azionario. Così, la maggioranza dei dirigenti politici e delle grandi imprese in tutto il mondo, prendono decisioni che favoriscono questo modello di cui l’ideologia consiste nel credere che esista una mano invisibile che regoli naturalmente il mercato. Questo modello privilegia la finanza all’economia reale, cioè è focalizzato principalmente sul remunerare gli azionisti a corto termine. La crisi dei subprimes del 2008 ne è stato il triste risultato.
Un exemplum considerevole è rappresentato da una dichiarazione, avvenuta durante la coleonsegna dei diplomi HEC nel giugno 2016, da parte del direttore generale della Danone, Emmanuel Faber, il quale ha denunciato questo sistema in questo modo: “Dopo tutti questi decenni di crescita, la posta in gioco dell’economia e della globalizzazione, è la giustizia sociale. Senza giustizia sociale, non ci sarà più economia…e nemmeno una giustizia climatica senza giustizia sociale…dopo venticinque anni di esperienza, quello che so, è che non c’è nessuna mano invisibile…”.
Per gli ultraliberali, questa mano invisibile, non è nient’altro che la Provvidenza. Siamo tuttavia certi che la Provvidenza, da quando nel 2008 G.W. Bush è stato obbligato a far votare dal Congresso un piano di salvataggio dell’economia americana per l’importo di 700 miliardi di dollari, non interviene sul mercato. L’ultraliberismo è una teoria economica applicata per favorire sempre più l’arricchimento di coloro che sono già ricchi, a discapito delle classi medie e povere.
L’elezione di Donald Trump va esattamente in questo senso, il modello che esalta si situa tra il protezionismo, l’interventismo militare e il libero scambio.
Siamo ora in un vero e proprio stato d’urgenza, eppure non abbiamo ancora la possibilità di cambiare questo modello. Ciò non dipende che dalla nostra capacità di prendere la nostra vita in mano e dirigerci verso la creazione di valore partenariale. Questo significa che gli azionisti, i clienti, gli impiegati, i fornitori, le istituzioni e i cittadini sono parti integranti del sistema e hanno la stessa importanza. Questo modello favorisce la solidarietà contro l’individualismo, la fratellanza contro l’egoismo. È un modello intriso di giustizia sociale e mette l’essere umano al centro di ogni preoccupazione per il futuro. Permette di tornare verso i fondamenti stessi dell’umanesimo: “la solidarietà viene dal fatto che un essere umano non può essere estraneo ad un altro essere umano, per il fatto che è un essere umano”. Tutto ciò che facciamo, che creiamo, è il risultato di forze umane messe in comune per servire l’umanità a cui apparteniamo.
Come ricorda spesso il sociologo Edgar Morin, viviamo un mutamento di civilizzazione che necessita un nuovo modello che non favorisca solo un piccolo numero di persone a svantaggio della maggioranza, e di cui la giustizia sociale sia la punta di diamante. La situazione in cui ci troviamo oggi mostra che attraversiamo una crisi politica, sociale, economica e culturale che fa appello ad un nuovo importante cambiamento. Se non lo metteremo in pratica, dovremo fare i conti, in un futuro molto vicino, con movimenti di rivolta di qualunque tendenza, nutriti da una rabbia che esprime la disperazione e la stanchezza di fronte ai privilegi indecenti di cui ancora beneficiano un piccolo numero di eletti e dirigenti.
È dunque necessario mettere in coerenza tutte le nostre strategie di sviluppo con i valori che fondano la nostra democrazia: dignità, rispetto, libertà, uguaglianza e fratellanza. Valori da cui ci siamo allontanati per lasciare campo libero all’ultraliberismo che difende invece il denaro, l’apparenza, l’iper-individualismo e l’egoismo immediato. Ciò che credo personalmente, dopo questi quindici anni in cui ho accompagnato diverse imprese a svilupparsi e a crescere in contesti politici e multiculturali spesso molto complessi, è che il futuro affondi le sue radici nell’umanesimo e nella fratellanza, mentre il passato si è perso nell’ultraliberismo e nell’individualismo.

Un temps de sabbat estival

Par Emmanuel Toniutti

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Ce matin, à l’aube, je me suis engagé sur un chemin inconnu. Ma marche était lente, anormalement lente, par rapport à ma vitesse habituelle. J’avais décidé d’aller là où ce sentier me conduirait. Au bout d’un peu plus d’une heure, sans n’avoir rencontré personne, j’ai entendu le son des cloches d’une église. Ce son rendait joyeux, il était plein de vie. Je me suis retrouvé rapidement au milieu d’une cinquantaine de personnes qui venaient assister à ce qui semblait être l’office des lectures. Cette église était absolument magnifique, toute simple, de style roman, du neuvième siècle. Je n’aurais jamais pu imaginer la trouver là.

Je n’avais aucunement envie de participer à l’office, m’étant depuis longtemps désolidarisé du rite ecclésial. La beauté de l’église, du lieu et le sourire des personnes qui se trouvaient autour de moi m’y poussa néanmoins naturellement comme un flux d’énergie indomptable. Je pris soin de m’installer au dernier rang pour pouvoir m’en aller dès après en avoir contemplé l’intérieur. C’est alors qu’un moine entra par la petite porte de derrière. Sans officier, il s’installa confortablement sur la chaise située au centre du chœur, il y lut clairement un passage de l’Évangile dont les mots furent très courts : « la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise ». Puis…plus rien…le silence.

Je mis un certain temps à comprendre qu’il s’agissait d’une lecture contemplative. Alors je me suis plongé dans le silence et le temps s’est suspendu, je dirai même qu’il s’est arrêté. J’ai fermé les yeux et je ne sais pas combien cela a duré. Un sentiment de paix a envahi mon cœur, mon corps s’est détendu et je me suis entendu me dire tout au fond de moi-même : « voilà, c’est cela vie ! Il ne peut pas y avoir de lumière sans ténèbres, qui n’accepte pas les ténèbres ne peut pas se laisser envahir par la lumière ».

Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’étais seul dans l’église. Je suis sorti. Toutes les personnes qui avaient assisté à la lecture contemplative étaient là, elles discutaient entre elles, elles m’ont salué, elles m’ont offert un verre d’eau, elles ne m’ont posé aucune question. Un homme s’est approché vers moi et m’a dit : « merci d’avoir partagé ce moment avec nous ». Puis, avec une rapidité extraordinaire, toutes ces personnes ont disparu aussi vite que je les avais vues arriver à l’église.

Le sabbat indique la cessation, le temps du repos. L’été nous invite à prendre un autre rythme, à nous détacher de nos habitudes pour nous ressourcer, nous retrouver avec nous-mêmes, avec nos proches, avec nos amis, à rencontrer des inconnus pleins d’humanité. Ce fut un moment d’exception.

A summer Sabbath time

This morning at dawn, I set out on an unknown path. My progress was slow, unusually slow compared to my usual speed. I decided to go where that path would lead me. A little after an hour, having met no one, I heard the sound of church bells. It was a joyful sound, full of life. I quickly found myself in the middle of a crowd of fifty people who came to attend what appeared to be the Office of Readings. This church was absolutely beautiful, simple, Romanesque of the ninth century. I would never have imagined to find it there.

I had no desire to participate in the service, myself being long separated from the church rite. The beauty of the church, the place and the smiles of the people who were around me nevertheless pushed me naturally as an indomitable flow of energy. I sat myself down on the last row to be able to leave soon after having looked inside. Then a monk came through a little back door. Without office, he settled comfortably down on the chair in the centre of the choir, from where he read clearly a passage from the Gospel whose words were very short: «The light shines in the darkness and the darkness has not comprehended». Then … nothing … silence.

I took me a while to understand that this was a contemplative reading. So I immersed myself in the silence and the time hung for a moment, I would even say that it had stopped. I closed my eyes though I cannot say for how long. A sense of peace invaded my heart, my body relaxed and I heard myself tell myself deep inside, « Here, this is life! There cannot be light without darkness, he who does not accept the darkness cannot be invaded by the light.  »

When I opened my eyes I was alone in the church. I left. All who had attended the contemplative reading were there, they talked among themselves, they welcomed me, they offered me a glass of water, they did not ask me any questions. A man came to me and said, «thank you for sharing this moment with us». Then with extraordinary speed, they all disappeared just as quickly as when they had arrived.

The Sabbath indicates an ending, a termination, a time of rest. The summer invites us to take a different pace, to detach ourselves from our habits to rejuvenate, to find ourselves within ourselves, with our families, with our friends, to encounter others unknown to ourselves, full of humanity. It was an exceptional moment.

Un tempo sabbatico estivo

Questa mattina, all’alba, mi sono imbattuto in un cammino sconosciuto. Il mio passo era lento, stranamente lento se paragonato al mio ritmo abituale. Avevo deciso di andare ovunque mi conducesse il sentiero. Dopo poco più di un’ora, senza aver incontrato nessuno, ho sentito il suono delle campane di una chiesa. Questo suono mi rendeva gioioso, era pieno di vita. Rapidamente mi sono trovato in mezzo ad una cinquantina di persone che venivano ad assistere probabilmente ad un ufficio delle letture. Questa piccola chiesetta era bellissima, semplice, in stile romanico, del IX secolo. Non avrei mai potuto immaginare di trovarla qui.

Non avevo nessuna intenzione di partecipare alla funzione, essendomi allontanato da molto tempo dal rito ecclesiastico. Tuttavia, la bellezza di questa chiesa, del luogo in cui mi trovavo e il sorriso delle persone che si trovavano intorno a me, mi spinsero naturalmente a partecipare, come in preda ad un flusso di energia indomabile.  Mi sedetti nell’ultima fila, confidando di andarmene subito dopo aver contemplato l’interno.

In questo momento un frate entrò da una piccola porta posteriore, senza celebrare la messa, si sedette comodamente sulla sedia al centro del coro, lesse un passaggio del Vangelo con poche parole “la luce brilla nelle tenebre, ma le tenebre non l’hanno accolta”. Poi, più nulla, il silenzio.

Mi ci è voluto molto prima di capire che si trattasse di una lettura contemplativa. A quel punto, immerso nel mio silenzio, mi accorsi che il tempo sembrava come sospeso, sembrava si fosse fermato. Ho chiuso gli occhi ma non saprei dire per quanto. Un sentimento di pace invadeva il mio cuore, il mio corpo era rilassato e all’improvviso sentii queste parole risuonare in me, “ecco, è questa la vita, non ci può essere luce senza tenebre, chi non accetta le tenebre non potrà essere invaso dalla luce”.  Quando riaprii gli occhi, ero solo nella chiesa. Uscii. Tutte le persone che avevano assistito alla lettura contemplativa erano lì, discutevano tra di loro, mi salutarono, mi offrirono un bicchiere d’acqua, ma non mi chiesero nulla. Un uomo si avvicinò a me e mi disse “grazie di aver condiviso con noi questo momento”. Poi, con una straordinaria rapidità, tutte queste persone sparirono alla stessa velocità con cui le vidi arrivare.

Il momento sabbatico indica la sospensione, il tempo di riposo. L’estate ci invita a prendere un altro ritmo, a distoglierci dalle nostre abitudini per ricaricarci, per ritrovarci con noi stessi, con chi ci sta accanto, con i nostri amici, o con degli sconosciuti che incontriamo, pieni di umanità.  È stato un momento straordinario.