Archives pour la catégorie Leadership responsable

L’empathie, un levier de management ? Empathy? Empatia?

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L’empathie, un levier de management ?

Développer votre empathie ! Voilà le mot magique à la mode dans l’entreprise qui devrait révolutionner votre leadership ou votre management. Facile à dire mais difficile à mettre en pratique.

Le mot « empathie » vient du grec ἐν (en) qui signifie « à l’intérieur » et de πάθoς (pathos), la « souffrance ». Il caractérise la capacité à s’identifier à autrui, à éprouver ce qu’il ressent à l’intérieur de lui-même, à comprendre ses sentiments et ses émotions. Même si nous savons, de par les neurosciences, que notre cerveau a une capacité naturelle à s’identifier aux autres, nous savons également de par la psychologie des profondeurs comment nos croyances, liées aux différents inconscients collectifs, familiaux, individuels et religieux qui nous constituent, sont des freins à nous mettre à la place de l’autre. En effet, ces inconscients ont formé en nous des croyances dont il n’est pas si facile de sortir. Il nous faut d’abord les reconnaître puis les accepter pour apprendre à vivre avec elles et nous en distancier. L’empathie, au sens où elle le fait de « ressentir la souffrance de l’autre à l’intérieur de son propre corps », ne peut donc pas relever d’une décision rationnelle ou d’une volonté personnelle.

Pour nous mettre en chemin vers l’empathie, il nous faut ainsi d’abord écouter. Se mettre à l’écoute de nous-mêmes dans un premier temps, puis nous mettre à l’écoute de l’autre. Dans mon livre, le leadership de l’amour, j’ai défini l’écoute comme la capacité à « ne pas savoir ce que nous allons dire à l’autre avant qu’il n’ait fini de parler ». En effet, nous ne pouvons pas prétendre à comprendre l’autre et à nous mettre à sa place, si nous ne respectons pas d’abord sa parole et ses différences. L’écoute nous invite à nous méfier de nous-mêmes et de nos jugements trop hâtifs. Elle nous interpelle sur la manière impulsive que nous avons de réagir inconsciemment selon nos croyances. L’être humain est un être de langage et comme le dit si bien Maurice Bellet : « Le langage – au sens fort – juge d’avance. Qui ne parle pas ma langue, je ne le connais pas comme humain ! On va bien plus vite qu’on ne croit à cette limite terrible ». Nous ne pouvons donc pas décider d’être empathique. Au mieux, il s’agit d’un processus chimique qui s’active en nous par un écho mimétique devant une souffrance inacceptable nous rappelant nos propres blessures, ou d’un moment de grâce qui nous est donné et que nous ne comprenons pas forcément rationnellement.

L’écoute nous invite ainsi à la vigilance. Elle intègre le fait positif que dans toute relation nous partageons ensemble notre humanité ; elle nous ouvre à l’humilité d’accepter que les différences individuelles et culturelles qui nous habitent nous empêchent très concrètement de nous mettre à la place de l’autre. Tout simplement parce que nous ne sommes pas lui ou elle, et que nous ne serons jamais lui ou elle. L’écoute, dans le management, nous appelle ainsi à l’amour Philia : la capacité que nous avons à accueillir la différence de l’autre, à la respecter et à l’accompagner sans que notre langage personnel vienne parasiter celui de la personne qui nous parle. Sans jugement, sans condamnation. Elle ne se leurre pas sur une éventuelle possibilité à comprendre vraiment l’autre car, comme conclut Bellet « chacun a sa zone d’ombre impénétrable, sa région faussement claire, son travail de vérité, sa part lumineuse » qui échappe non seulement à l’autre mais aussi à soi-même.

Cet article est paru dans le magazine Courrier Cadres de avril-mai 2017

 

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Empathy, a management tool?

Develop your empathy! This is the magic buzz word going around companies at the moment, a means to revolutionize your leadership or management. Easy to say but not so easy to put into practice.

The word « empathy » comes from the Greek ἐν (en) which means « within » and from πάθoς (pathos), « suffering ». It characterizes the ability to identify with others, to experience what they feel inside themselves, to understand their feelings and emotions. Even though we know from neuroscience that our brain has a natural ability to identify with others.  We also know from indepth psychology how our beliefs, linked to the collective, family, individual and religious unconscious differences that makes us, hold us back from putting ourselves in the place of the other. Indeed, this unconscious has formed within us beliefs which are not so easy to push out. We must first recognize them and then accept them to learn to live with them and distance ourselves from them. Empathy, in the sense that it makes one « feel the suffering of the other within one’s own body », cannot therefore be the result of a rational decision or a personal will.

To put us on the road to empathy, we must first listen. To listen to ourselves at first, then to listen to the other. In my book The Leadership of Love, I defined listening as the ability to « not know what we’re going to say to the other before he’s finished speaking. » Indeed, we cannot pretend to understand the other and put ourselves in his place, if we do not first respect his word and his differences. Listening invites us to distrust ourselves and our too hasty judgments. It challenges us on how impulsively we react unconsciously according to our beliefs. The human being is a being of language and, as Maurice BELLET says so well: « Language, in the true sense of the word, judges beforehand. He who does not speak my language, I do not recognize as human! We reach this terrible conclusion all too quickly. » We cannot therefore decide to be empathetic. At best, it is a chemical process that is activated in us by a mimetic echo before an unacceptable suffering that reminds us of our own wounds, or a moment of grace that is given to us and that we do not necessarily  rationally understand.

Listening therefore leads us to vigilance. It integrates the positive fact that in every relationship we share our humanity together; it opens us up to the humility of accepting that the individual and cultural differences that inhabit us prevent us very concretely from putting ourselves in the place of the other. Simply because we are not the other and never will be.  Listening in management thus calls us to Philia love: the capacity we have to welcome the others differences, to respect and accompany him without our personal language interrupting or hindering his discourse. Without judgment, without condemnation. It does not delude itself about a potential possibility of truly understanding the other because, as BELLET concludes, « everyone has his zone of impenetrable shadow, his region falsely clear, his work of truth, his luminous self » unclear not only to the other but also to oneself.

This article was published in the magazine Courrier Cadres of April-May 2017

 

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L’empatia, un impulso per la gestione aziendale?

Sviluppate la vostra empatia! Ecco la parola magica, molto di moda nel mondo delle imprese, che dovrebbe rivoluzionare la vostra leadership o la vostra gestione aziendale. Facile a dirsi, ma piuttosto difficile da mettere in pratica.

La parola “empatia” deriva dal greco ἐν (en) significa “in, all’interno, dentro” e πάθoς (pathos), la “sofferenza, il patimento”. Ci si riferisce alla capacità di identificarsi all’altro, è la capacità di provare ciò che sente l’altro, comprendere i suoi sentimenti e le sue emozioni. Anche se noi sappiamo, dalle neuroscienze, che il cervello ha una naturale capacità di identificarsi agli altri, sappiamo anche dalla psicologia come le nostre credenze, legate a differenti incoscienti, (collettivo, familiare, individuale e religioso) che ci costituiscono, sono talvolta dei freni rispetto al metterci nei panni dell’altro. Questi incoscienti infatti, costituiscono in noi dei pregiudizi da cui non è così semplice prescindere. Bisogna innanzitutto riconoscerli, poi accettarli per imparare a convivere con essi e prenderne infine un po’ di distanza. L’empatia, nel senso di “sentire la sofferenza dell’altro dentro il nostro corpo”, non può dipendere da una decisione razionale o dalla propria volontà.

Per metterci in cammino, per così dire, verso l’empatia, è necessario prima di tutto ascoltare. Ascoltare noi stessi principalmente, poi metterci all’ascolto dell’altro. Nel mio libro La leadership dell’amore, ho definito l’ascolto come la capacità di “non sapere cosa diremo all’altro prima che abbia finito di parlare”. Non possiamo infatti pretendere di capire il prossimo e metterci al suo posto, se non rispettiamo le sue parole e le differenze di cui è portatore. L’ascolto ci invita a diffidare di noi stessi e dei nostri giudizi troppo precipitosi. Reagiamo molto spesso in modo impulsivo spinti inconsciamente dalle nostre credenze. Per l’essere umano il linguaggio è espressione maggiore e fondamentale del suo avanzato pensiero simbolico, e come ci dice Maurice Bellet: «il linguaggio, in senso stretto, giudica in anticipo. Chi non parla la mia lingua, non è da me riconosciuto come essere umano! Possiamo raggiungere questo limite terribile molto più velocemente di quanto non si creda». Non possiamo quindi decidere di essere empatici. Nella migliore delle ipotesi si tratta di un processo chimico che si attiva in noi come un eco mimetico di fronte ad una sofferenza inaccettabile che ci ricorda le nostre ferite; oppure di un momento di grazia che ci è dato e che non per forza riusciamo a comprendere razionalmente.

L’ascolto ci invita in questo senso ad essere vigili. Ci indica positivamente che in ogni relazione condividiamo la nostra umanità; ci porta verso l’umiltà di accettare che le differenze individuali e culturali che ci costituiscono possono impedirci concretamente di metterci al posto dell’altro. Semplicemente perché non siamo quell’uomo o quella donna, e non lo saremo mai. L’ascolto, nella gestione aziendale, fa appello in questo senso all’amore Philia: la capacità che abbiamo di accogliere la differenza dell’altro, rispettarla e accompagnarla senza che il nostro linguaggio personale venga a inquinare il linguaggio di chi ci parla. Senza giudizio, senza condanna. L’ascolto non ci permette di illuderci di aver profondamente capito l’altro; perché, come conclude sempre Bellet: «ognuno ha la sua zona d’ombra impenetrabile, una sua regione falsamente chiara,il suo lavoro di verità, la sua parte luminosa» che sfugge non solo all’altro, ma persino a se stessi.

Questo articolo è apparso su Courrier Cadres nel mese di aprile/maggio 2017

2017 : un tournant historique – a historical turning point – una svolta storica

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2017 : un tournant historique 

Il y a quelques jours, le président de la Chine Xi Jinping, au forum de Davos 2017, s’est prononcé officiellement pour le libre-échange et la mondialisation. Cela m’a rappelé un épisode que j’ai vécu il y a exactement dix ans lorsque je donnais mon premier cours à l’université de Fudan à Shanghai. L’un des dirigeants chinois de l’EMBA m’avait interpellé au cours du dîner : « avez-vous bien compris ce que nous avons commencé à faire ? ». Comme je n’avais pas vraiment perçu l’enjeu de la question, je lui avais répondu de manière directe, comme un occidental : « non, je ne sais pas ». Et alors d’une voix tranquille, il m’avait confié : « nous allons vous coloniser ! N’ayez pas peur, il ne s’agit pas d’une colonisation militaire mais financière, nous allons racheter toutes vos entreprises ». Nous étions en 2007. Lorsque je suis rentré en Europe, puis en France, j’ai transmis l’information à tous les dirigeants que j’ai rencontrés. Je peux témoigner que la majorité d’entre eux n’a accordé aucun crédit à ce retour d’expérience, ils en ont même rigolé. Étant allé régulièrement en Chine tous les ans à partir de cette date, et travaillant chaque fois avec des dirigeants chinois, j’ai pu continuer quant à moi à mesurer la planification minutieuse de cette colonisation, toute structurée autour des principes de l’art de la guerre.

Voilà nous y sommes. À Davos, Xi Jinping a officiellement annoncé la colonisation financière de l’Occident par la Chine. Il va continuer à le faire, mais cette fois avec le support des États-Unis à travers la mise en place d’une double gouvernance mondiale sino-américaine qui aura pour objectif de rallier le Royaume Uni et la Russie à sa cause néolibérale. D’ailleurs, cela est en préparation depuis longtemps et est passé totalement inaperçu aux yeux des occidentaux. Au cours du mois de juillet 2014, les pays du BRIC ont créé une banque de développement ayant pour objectif de soutenir leurs projets de croissance. J’ai annoncé et dénoncé cette stratégie purement néolibérale au cours des Vèmes Assises nationales de la recherche stratégique qui se sont tenues en novembre 2014 à l’école militaire à Paris et dont j’avais en charge la synthèse des tables rondes : en voici la vidéo.

Nous voici donc, la France et l’Union européenne, confrontés à une très dure réalité opérationnelle. Ou bien nous avons l’agilité de définir et de mettre en œuvre un positionnement stratégique en rupture reposant sur nos valeurs humanistes, cela n’empêchant aucunement la performance économique ; ou bien nous allons devenir les esclaves de la Chine et des États-Unis. Ces derniers ont réussi à développer leurs propres réseaux d’influence à travers les GAFA et la Chine avec les BATX. 2017 constitue donc un tournant historique : ou bien nous redéfinissons notre leadership afin de retrouver une capacité d’influence différente dans un monde qui nous échappe ; ou bien nous allons perdre nos avantages compétitifs commerciaux, notre identité et notre code génétique. Même si je ne partage pas 100% de leurs analyses deux livres expriment, entre autres, parfaitement cette idée : Jacques Attali dans Le destin de l’Occident et le Comité Orwell dénonçant cette vague néolibérale fulgurante dans son collectif Le triomphe du soft totalitarisme.

Mon expérience de terrain me démontre chaque jour que très peu de nos dirigeants politiques français et européens ont intégré ces dimensions stratégiques pour nous proposer la vision d’un autre modèle de société cohérent avec nos valeurs. Autrement dit, qu’on se le dise très clairement, point de leaders à l’horizon pour nous guider et nous conduire vers une rupture porteuse de sens qui permettrait de développer nos propres outils d’influence, de défense et de conquête. Il est donc grand temps que nous passions à l’entrepreneurship. L’heure est venue pour nous, chacun où nous sommes, de prendre notre destin en main. C’est la nouvelle donne qui commence : 2017, bienvenue dans le meilleur des mondes.

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2017: a historical turning point 

A few days ago at the Davos 2017 forum, the President of China Xi Jinping, made an official declaration for free trade and globalization. It reminded me of an episode that I experienced exactly ten years ago when I was giving my first course at Fudan University in Shanghai. During dinner, one of the Chinese leaders of the university asked me: « Have you understand what we have started to do? ». Since I had not really perceived the issue at stake, I answered him directly, like a Westerner: « no, I do not ». And then, in a quiet voice, he had confided in me: « We are going to colonize you! Do not be afraid, it is not a military colonization but financial, we will buy up all your businesses. » That was back in 2007.

On returning to Europe, then to France, I passed on this information to all the leaders I came across. I can testify that the majority of them gave no credit to this feedback, they even laughed. Having gone regularly to China every year from that date, and working each time with Chinese leaders, I have been able to continue to measure the meticulous planning of this colonization, all structured around the principles of the art of the war.  And here we are, in Davos, with Xi Jinping officially announcing the financial colonization of the West by China.

He will go on to do so, but this time with the support of the United States through the establishment of a dual Sino-American world governance that will aim at rallying the United Kingdom and Russia to its neoliberal cause. Moreover, this has been in preparation for a long time now and has gone completely unnoticed by Westerners. Back in July 2014 in Shanghai, the BRIC countries set up a development bank to support their growth projects. I announced and denounced this purely neoliberal strategy during the 5th National Conference on Strategic Research held in November 2014 at the military school in Paris, where I was in charge of the synthesis of the round tables: see video.

We are now, France and European Union, facing a very hard operational reality. Either we have the agility to define and implement a strategic positioning in rupture based on our humanistic values, this would not prevent our economic performance; or we will enslave ourselves to China and the United States. The latter have succeeded in developing their own influential networks through the GAFA and China with the BATX.

2017 is thus a historic turning point: either we redefine our leadership in order to regain a capacity for a different influence in a world that we make no sense of; or we will gradually lose our competitive commercial advantages, our identity and our genetic code. Even though I do not share 100% of their analysis two books express, among others, perfectly this idea: Jacques Attali in The destiny of the West and the Orwell Committee denouncing this flashing neoliberal wave in his collective work The triumph of soft totalitarianism.

My experience in the field shows me, every day, that very few of our French and European political leaders have integrated these strategic dimensions to offer us the vision of another model of society that is consistent with our values. In other words, let’s be very clear here, there are no leaders on the horizon to guide us and lead us to a meaningful rupture that would allow us to develop our own tools of influence, defense and conquest. So it’s about time we moved on to a model of entrepreneurship. The time has come for us, wherever we are, to take our destiny into our own hands. It is the new deal that begins: 2017, welcome to the best of worlds.

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2017: una svolta storica 

 Alcuni giorni fa, il presidente della Cina Xi Jinping, al forum di Davos, si è pronunciato ufficialmente a favore del libero scambio e della mondializzazione. Questo mi ha ricordato un episodio che ho vissuto esattamente dieci anni fa, in occasione del mio primo corso presso l’università di Fudan, a Shangai. Uno dei dirigenti cinesi di questa università, durante la cena mi aveva fatto una domanda che in quel momento reputai piuttosto strana: “Voi avete capito cosa stiamo facendo?”. Non avendo veramente colto il significato della questione, gli risposi in modo diretto, potrei dire, da “occidentale”: “No, non lo so”. Lui quindi, con voce pacata proseguì: “Vi stiamo colonizzando! Non abbiate paura, non si tratta certo di una colonizzazione militare, ma finanziaria, infatti compreremo tutte le vostre imprese”. Eravamo nel 2007. Una volta rientrato in Europa, e poi in Francia, raccontai e trasmisi questa informazione a tutti i dirigenti che incontravo. La maggioranza di loro rideva, non dava assolutamente alcun credito a questa mia esperienza. A partire da quella data però, continuando a recarmi periodicamente in Cina e lavorando sempre con dirigenti cinesi, ho potuto rendermi conto di cosa stesse succedendo, ho avuto modo di misurare sul campo la pianificazione minuziosa di questa particolare colonizzazione, strutturata sui principi stessi dell’arte della guerra.

Eccoci qui, ora ci siamo. A Davos, Xi Jinping ha annunciato ufficialmente la colonizzazione finanziaria dell’Occidente da parte della Cina. Questa volta però, con il supporto degli Stati Uniti, attraverso la messa in pratica di una doppia governanza mondiale sino-americana che avrà come obiettivo quello di far aderire anche il Regno Unito e la Russia alla causa neoliberale. D’altra parte, questo piano era in preparazione da molto tempo, solo che è passato totalmente inosservato agli occhi degli occidentali. Nel luglio 2014, proprio a Shangai, i paesi del BRIC hanno creato una banca di sviluppo il cui obiettivo è quello di sostenere i loro progetti di crescita. Ho già più volte annunciato e denunciato questa strategia puramente neoliberale, in particolare in occasione del V Congresso Nazionale della ricerca strategica che si è tenuto nel novembre 2014 presso la scuola militare di Parigi; ero incaricato in quel frangente di concludere le tavole rotonde con una sintesi: ecco il video.

Francia ed Unione Europea sono quindi ormai confrontate ad una durissima e concreta realtà. A questo punto, o avremo la capacità e l’agilità di definire e di mettere in pratica un posizionamento strategico che direi di rottura con questo trend e che poggia saldamente sui nostri valori umanisti, (cosa che non impedirebbe in alcun modo un soddisfacente risultato anche sul piano economico); oppure, conviene dirlo, diventeremo con grande probabilità schiavi di Cina e Stati Uniti. Questi ultimi sono riusciti a sviluppare le loro reti di influenza attraverso GAFA e BATX. Il 2017 rappresenta dunque a mio avviso una vera svolta storica. È necessario che ridefiniamo la nostra leadership per ritrovare un’efficiente capacità di influenza in questo mondo che ci sta sfuggendo di mano; diversamente, ritengo che perderemo poco a poco, ogni vantaggio competitivo commerciale, e ciò che è peggio, la nostra stessa identità e il nostro codice genetico.

Pur non condividendo al 100% le analisi contenute nei libri che sto per citarvi, ci troverete certo ottime considerazioni a proposito dell’argomento qui da me trattato: sono Le Destin de l’Occident di Jacques Attali e Le triomphe du soft totalitarisme del comitato Orwell, il quale denuncia l’onda neoliberale.

La mia esperienza sul campo mi conferma ogni giorno che pochissimi tra i dirigenti e politici francesi e europei, dimostrano di aver integrato queste dimensioni strategiche, proponendoci la visione di un nuovo modello di società, coerente con i nostri valori. In altre parole, diciamocelo con grande chiarezza, nessun leader all’orizzonte che possa guidarci e condurci verso una rottura portatrice di senso, rottura che ci permetterebbe di ampliare e migliorare i nostri strumenti di influenza, di difesa e di conquista. È tempo per noi di passare all’imprenditorialità. Ciascuno di noi, in base alle proprie possibilità e alla propria situazione, prenda la propria vita in mano. Un nuovo equilibrio sta iniziando: 2017, benvenuto nel migliore dei mondi.

 

France : où sont tes valeurs ?

J’accompagne depuis quinze ans les comités exécutifs à mettre en cohérence leurs décisions stratégiques et leurs plans d’actions avec les valeurs humanistes. Cela m’a naturellement conduit à m’intéresser très tôt à la signification du mot valeur. Celui-ci tient son origine du bas latin valor et du latin classique valere voulant dire « être fort ». Il engendre de fait la notion de valeureux qui évoque naturellement la vertu du courage, du combat et de la vaillance guerrière : porter une valeur consiste ainsi à avoir le courage de la mettre en pratique, de la défendre contre quiconque ou quoi que ce soit qui voudrait l’anéantir. En ce sens, être valeureux consiste à se rendre estimable. En latin Aestimare définit le sentiment humain qui attache de l’importance à quelqu’un ou quelque chose. Il renvoie concrètement à la manière dont une personne est estimée pour son mérite et ses qualités.

En 1789, la révolution française a donné naissance à trois valeurs gravées dans le marbre des frontispices de toutes les mairies de France : liberté, égalité, fraternité. Sur certaines d’entre elles, nous pouvons y lire encore la maxime entière oubliée : « Liberté – Égalité – Fraternité où la mort ». Dans la France d’aujourd’hui l’économie, la sécurité, l’éducation et la laïcité sont, de manière générale, en danger. Le moment est venu, dans l’histoire, de réaffirmer nos valeurs comme le socle inébranlable de toutes visions et stratégies à définir pour le futur. Nous vivons un changement de civilisation nécessitant de nous recentrer avant tout autre chose sur le sens de nos valeurs. La fraternité devrait nous permettre de retrouver un équilibre entre les individus. Elle est le socle à partir duquel peuvent se mettre concrètement en pratique la liberté et l’égalité. Car c’est la prise de conscience de la fraternité, c’est-à-dire du fait que nous provenons tous du même fondement, qui permettra l’exercice de la liberté et de l’égalité de façon nouvelle dans le futur.

Le mot « fraternité » vient de fraternus dérivant de frater : fraternel, frère, communauté désignant les liens entre les membres d’une même famille, en l’occurrence la famille « France » ; et de manière plus élargie encore la famille « humaine ». Le respect des personnes est un élément indissociable de la fraternité. Le mot « respect » (respectus) est l’action de prendre en considération une personne, d’accepter ses différences tout en reconnaissant que nous partageons la même humanité. Cela nous appelle à un humanisme fraternel dont Cicéron a défini les contours de la manière suivante : « un être humain ne peut pas être étranger à un autre être humain du fait qu’il est un être humain ».

Le mot « liberté » vient de libertas dérivant de liber : « homme libre ». Elle définit la possibilité de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui. Elle nécessite le respect des lois et des personnes. Elle intègre le fait que les individus ont des droits nécessitant en contrepartie des devoirs envers la République.  La liberté individuelle n’est possible qu’à partir du moment où elle ne contredit pas les règles collectives.

Le mot « égalité » vient de aequalitas. Il souligne la relation entre deux choses, deux personnes sans aucune différence de grandeur, de qualité. Autrement dit, les personnes doivent être traitées avec la même dignité, toutes possèdent les mêmes droits et sont soumises aux mêmes devoirs. L’égalité entre les êtres humains est une volonté politique dans un monde qui par nature n’est pas égal.

La mise en pratique des valeurs de la République nécessite donc au préalable d’avoir le courage de croire en l’humanisme fraternel. Celui-ci consiste à afficher, enseigner et pratiquer les valeurs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité dans tous les domaines de la vie économique, politique, sociale et environnementale. Le fait que plus de 78% de la population française ne croient plus dans la classe dirigeante politique actuelle montre que la France a perdu le sens de ces valeurs. À ce jour, aucun homme ni aucune femme politiques nous font la démonstration qu’ils croient profondément en l’humanisme fraternel. Ils définissent des tactiques pour être réélus et profiter des privilèges du pouvoir. Ce temps est terminé. Quand un grand pays ne sait plus où il veut aller, il doit nécessairement regarder d’où il vient. En ce sens, le futur de la France, c’est un Homme d’État responsable qui saura construire une vision et une volonté politiques reposant sur le sens profond de la fraternité.

Le fanatisme à l’épreuve de Dieu

Par Emmanuel Toniutti

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Les nouveaux attentats, survenus ces derniers jours à Paris, interpellent sur le terrorisme et le fanatisme contemporains. Pour mieux comprendre son élaboration, il est intéressant de revenir sur l’étymologie des mots. « Terrorisme » dérive du latin « terror » : le terroriste agit donc pour terroriser et faire peur. « Fanatisme » provient, quant à lui, de fanaticus. Il renvoie directement au temple fanum. Il signifie littéralement « être possédé » ou encore « en délire ». La notion de temple nous ramène ici à celle du sacré qui signifie « ce qui est initié pour le rite » en sanskrit et « rendre inviolable et interdit » en latin sancio (sacer).  À partir de cette étymologie, je peux donc formuler une définition plus claire. Le fanatique est un individu en délire, possédé par une puissance sacrée qui le rend inviolable, auquel il a été initié par un rite dans un lieu interdit aux profanes. Cette initiation lui confère un pouvoir, celui de parler et d’agir au nom du sacré. Dans le langage religieux, le sacré est Dieu. Il existe cependant deux types de sacré. Je l’ai longuement expliqué dans mon livre Paul Tillich et l’art expressionniste et dans le chapitre consacré au leadership dans mon dernier ouvrage Le leadership de l’amour.

Pour bien comprendre l’expression de Dieu, il faut revenir sur la distinction entre la croyance et la foi. La croyance consiste à croire que Dieu existe. Elle investit le croyant d’une mission dans laquelle celui-ci croit détenir la vérité puisqu’il la reçoit directement de Dieu. Au contraire, la foi consiste à croire que Dieu donne la vie ; elle renvoie l’homme à son humanité première. Elle le soumet au principe originel selon lequel, provenant de la poussière, il retournera à l’heure de sa mort à la poussière. Nous pouvons donc distinguer deux types de sacré : le sacré démonique (croyance) et le sacré (foi). Ainsi, lorsque le croyant fanatique tue au nom de Dieu, il développe une forme de violence démonique niant l’humanité à laquelle il appartient en se pensant au-dessus des autres individus de la communauté humaine. Il se fait l’égal de Dieu. Il appartient à un groupe de privilégiés en relation directe avec Dieu. La foi, quant à elle, engendre un sentiment d’humilité provenant de la prise de conscience même de la petitesse de l’Homme vis-à-vis de Dieu. Il est inférieur et soumis à Dieu. L’Homme de foi a pleinement conscience qu’il appartient à une même communauté humaine dans laquelle toutes et tous sont sœurs et frères en humanité. La foi ne peut pas engendrer le fanatisme mais l’acceptation et la reconnaissance que nous appartenons tous à un même fondement sacré qui nous unit : le pouvoir des origines, le principe originel, l’inconditionné, le grand architecte…ce que nous appelons Dieu. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le Coran signifie littéralement « récitation » et « soumission » (aslama).

Les attentats de Paris en date du 13 novembre 2015 revendiqués par Daesh sont le résultat horrible et malheureux de terroristes djihadistes et fanatiques musulmans. Tout d’abord, il s’agit d’un tout petit nombre de croyants appartenant à un islam radical. Il ne faudrait donc pas laisser croire aux occidentaux que l’ensemble de la communauté musulmane s’identifie à ce fanatisme. Ensuite, certes Daesh s’est constitué en 2006 pour combattre au nom d’Allah et réhabiliter un islam confessionnel et non laïc au sein des pays arabo-musulmans. Mais il y a deux autres raisons dont les occidentaux se gardent bien de rappeler les fondements : la lutte contre l’expansionnisme néolibéral occidental issu du processus de colonisation dont Daesh refuse le modèle de par sa filiation avec Al-Qaïda ; et le combat contre un Occident imposant ses règles géopolitiques dans cette région depuis plus de 150 ans pour profiter des avantages liés au pétrole. Cela nous démontre que la religion ne détient pas le monopole de la croyance. Toutes les croyances politico-socio-économiques (nazisme, marxisme et néolibéralisme à titre d’exemple), athée, agnostique et religieuses laissant supposer à leurs adeptes qu’ils détiennent la vérité sont fanatiques et dangereuses pour l’humanité. Lorsque l’Occident déclare la guerre à d’autres civilisations pour des raisons démocratique et économique, il le fait au nom de sa vérité. Il faut donc bien comprendre que l’expansionnisme et le néolibéralisme apparaissent aux membres de Daesh comme un fanatisme inacceptable. Le fanatisme, et le terrorisme qui l’accompagne, est donc le résultat de communautés qui croient recevoir la vérité d’un dieu qu’ils imaginent, idéalisent et idolâtrent. Ils prétendent parler au nom de ce dieu qui n’existe pas.

La seule vérité qui soit est que nous sommes toutes et tous mortels. C’est l’angoisse de cette mort qui terrorise le fanatisme et le fait agir de manière si violente. La foi consiste à accepter cette mort. Elle nous invite à reconnaître que  nous provenons tous d’un même fondement originel au-delà de nos différences culturelles. Elle naît donc d’une prise de conscience que nous sommes tous, dans le monde entier, sœurs et frères en humanité. Son contraire est l’ignorance : se permettre de juger en croyant tout savoir de la réalité d’une situation et être convaincu que nous avons raison. Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2015, la France a répondu au terrorisme et au fanatisme de Daesh en bombardant l’une de ses bases stratégiques en Syrie. Etait-ce la bonne réponse sachant que l’Occident porte une partie importante de la responsabilité de ce qui se déroule au Proche-Orient ? C’était, en tout cas, une réponse de démonstration de force pour montrer que la France n’avait aucune intention de se laisser faire en acceptant, sans agir, le fanatisme de Daesh dans son pays. Le 16 novembre, François Hollande réunissant le Congrès a officiellement déclaré la guerre au terrorisme djihadiste. Une nouvelle guerre sournoise commence. La réponse à la violence par la violence conduit à la violence. Bienvenue aux générations futures dans un monde où l’histoire de l’humanité démontre, de manière déplorable, que l’être humain est incapable de générer la paix sur le moyen – long terme. L’histoire humaine est une succession de guerres. Et malheureusement, cela ne va pas s’arranger, je vois mal comment nous pourrions modifier un comportement compulsif et répétitif de 5000 ans d’histoire.

 

 God puts fanaticism to the test

New attacks have occurred in recent days in Paris, a challenge of terrorism and contempory fanaticism. To better understand its development, we need to go back to the etymology of words. « Terrorism » is derived from the Latin word « terror »: the terrorist therefore terrorizes and sows fear. « Fanaticism » meanwhile, comes from fanaticus. It refers directly to the fanum temple. It literally means « to be possessed » or « delirious ». The concept of temple here leads us back to the meaning of the sacred « that which is initiated to the rite » in Sanskrit and « to make inviolable and prohibit » in Latin Sancio (sacer). From this etymology, I can therefore formulate a clearer definition. The fanatic is a delerious individual, possessed by a sacred power that makes him inviolable, to which has been initiated by a rite in a place forbidden to the profane. This initiation bestows unto him a power, the power to speak and act on behalf of the sacred. In religious language, the sacred is God. However, there are two types of sacred. I explained this at length in my book Paul Tillich et l’art expressionniste and in the section on leadership in my latest book The leadership of love.

To understand the expression of God, we need to go back to the distinction between belief and faith. Belief is to believe that God exists. It invests the believer with a mission in which he believes he holds the truth as he receives it directly from God. On the other hand, faith is believing that God gives life; taking man back to the very beginnings of humanity. It submits him to the original principle that he comes from dust and at the time of his death he will return to dust. So we can distinguish two kinds of sacred: the demonic sacred (belief) and the sacred (faith). Thus, when the fanatical believer kills in God’s name, he develops a demonic form of violence denying humanity to which he belongs by thinking himself above the other individuals of the human community. He is equal to God. He belongs to a group of privileged ones having a direct relationship with God. Faith, on the other hand, creates a sense of humility from being aware of the smallness of man in front of God. He is inferior and subjected to God. The man of faith is fully aware that he belongs to the same human community in which each and everyone are brothers and sisters in humanity. Faith cannot generate fanaticism but acceptance and recognition that we all belong to the same sacred foundation that unites us: the power of the origins, the original principle, the unconditioned, the great architect … he that we call God. Incidently, it is not for nothing that the Koran literally means « recitation » and « submission » (aslama).

The attacks in Paris dated 13 November 2015 claimed by Daesh (ISIS) are a horrible and unfortunate result of jihadi terrorists and Muslim fanatics. First of all, it is about a very small number of believers belonging to radical Islam. So we should not allow ourselves to believe that the entire Western Muslim community identifies itself with this fanaticism. Then, Daesh was formed in 2006 to fight in the name of Allah and rehabilitate a religious and non-secular Islam in Arab-Muslim countries. But there are two other reasons which Westerners should be careful to remind themselves regarding its foundations: the fight against the Western neoliberal expansionism from the colonization process which refuses the Daesh model by its affiliation with al-Qaeda; and the battle against a West which has been imposing its geopolitical rules in this area for over 150 years to take advantage of oil-related benefits. This shows us that religion does not have the monopoly of belief. All political and socio-economic beliefs (Nazism, Marxism and neo-liberalism as an example), atheist, agnostic and religious which let their followers suppose they hold the truth are fanatical and dangerous for mankind. When the West declares war on other civilizations for democratic and economic reasons, it does so on behalf of its truth. We must therefore understand that expansionism and neo-liberalism appears to members of Daesh as unacceptable fanaticism. Fanaticism and terrorism that accompanies it, is therefore the result of communities who believe they receive the truth of a God they imagine, idealize and idolize. They claim to speak in the name of a god that does not exist.

The only truth is that we are all mortal, one and all. It is the fear of death that terrorizes fanaticism and makes it act in such a violent manner. Faith is to accept death. It makes us see and recognize that beyond our cultural differences we all come from the same original foundation. From there which is born an awareness that we are all, all around the world, sisters and brothers in humanity. Its opposite is ignorance: to allow onself to judge, believing to be all knowing of the reality of a situation and being convinced that one is right. On the night of November 15 to 16 2015, France responded to Daesh terrorism and fanaticism by bombing one of its strategic bases in Syria. Was that the right answer knowing that the West bears a large part of the responsibility for what is happening in the Middle East? It was, anyway, a demonstration of force in response to show that France had no intention to let it go by accepting, without action, the fanaticism of Daesh in its own country. On November 16, François Hollande attended the Congress and officially declared war on jihadist terrorism. A new sneaky war begins. The answer to violence with violence leads to violence. So welcome to future generations in a world where history demonstrates, deplorably, that the human being is unable to generate peace in the medium – long term. Human history is a succession of wars. And unfortunately, this will not sort itself out, I cannot see how we could change a compulsive and repetitive behavior that has been going on in 5000 years of history.

 

Il fanatismo a prova di Dio

I nuovi attentati, avvenuti in questi ultimi giorni a Parigi, interpellano sul fanatismo e sul terrorismo contemporanei. Per comprendere meglio come si producono, è interessante dare uno sguardo all’etimologia delle parole. Terrorismo deriva dal latino terror: il terrorista agisce quindi per terrorizzare e per fare paura. Fanatismo deriva invece dal latino fanaticus. Rinvia direttamente al sostantivo fanum: il tempio. Essere fanatico significa letteralmente “essere posseduto”, o ancora “delirante”. La nozione di tempio ci porta a quella di sacro che significa “iniziato attraverso il rito” in sanscrito e “rendere inviolabile e proibito”, in latino sancio (sacer). Partendo da questa etimologia, posso tentare di formulare una definizione più chiara. Il fanatico è un individuo delirante, posseduto da una potenza sacra che lo rende inviolabile, alla quale è stato iniziato attraverso un rito in un luogo proibito ai profani. Questa iniziazione gli conferisce un potere, parlare e agire in nome del sacro. Nel linguaggio religioso, il sacro è Dio. Esistono due tipi di sacro…ho a lungo spiegato queste differenze nel mio libro Paul Tillich e l’arte espressionista e nel capitolo consacrato alla leadership nella mia ultima opera La leadership dell’amore.

 Per capire meglio la definizione di Dio, è necessario distinguere credenza e fede. La credenza consiste nel credere che Dio esista, ciò investe il credente di una missione nella quale egli è convinto di detenere la verità poiché l’ha ricevuta direttamente da Dio. Al contrario la fede implica la certezza che Dio doni la vita; si rifà all’uomo e alla sua umanità atavica. Lo sottomette al principio originale secondo cui, provenendo l’uomo dalla polvere, egli ritornerà polvere nell’ora della sua morte. Possiamo perciò distinguere due tipi di sacro: il sacro demonico (la credenza) e il sacro (fede). Quando il credente fanatico uccide in nome di Dio, manifesta quindi una forma di violenza demonica che nega l’umanità di cui è membro, pensando al di sopra degli altri individui della comunità. Agisce come se fosse al pari di Dio, appartiene ad un gruppo di privilegiati che immagina di essere in relazione diretta con Lui. La fede, al contrario, genera un sentimento di umiltà che proviene proprio dalla presa di coscienza della propria limitatezza rispetto a Dio. L’uomo di fede è inferiore e sottomesso a Dio. L’uomo di fede è consapevole di fare parte di un’unica comunità umana nella quale siamo tutti fratelli e sorelle. La fede non può generare il fanatismo ma l’accettazione e il riconoscimento che siamo tutti legati dal medesimo imprescindibile fondamento sacro: il potere delle origini, il principio originale, l’incondizionato, il grande architetto…colui che chiamiamo Dio. D’altra parte, non è per nulla che la parola Corano significa letteralmente “recitazione liturgica, lettura ad alta voce” e “sottomissione” (aslama).

Gli attentati di Parigi del 13 novembre 2015 rivendicati dallo Stato Islamico sono il risultato orribile e nefasto del terrorismo jihadista e fanatico musulmano. Prima di tutto, si tratta di un piccolo numero di credenti appartenenti ad un islam radicale. Non si dovrebbe quindi far credere agli occidentali che la comunità musulmana si identifichi in questo fanatismo. Secondariamente, lo Stato Islamico si è costituito nel 2006 per combattere in nome di Allah e riabilitare un islam confessionale e non laico in seno ai paesi arabo-musulmani. Ci sono però altre due ragioni che l’Occidente si guarda bene dal ricordare: la lotta contro l’espansionismo neoliberale occidentale, che affonda le sue radici nel processo di colonizzazione portatore di un modello che lo Stato Islamico rifiuta in quanto affiliato ad Al-Qaïda; e il combattimento contro un Occidente che impone le sue regole geopolitiche in questa regione da oltre 150 anni per approfittare dei vantaggi legati al petrolio. Questo ci dimostra che la religione non detiene il monopolio della credenza. Ogni credenza politica, sociale, o economica che sia, (nazismo, marxismo o neoliberalismo a titolo d’esempio), atea, agnostica o religiosa, lasciando supporre agli adepti di essere detentori della verità, è comunque potenzialmente fanatica e pericolosa per l’umanità. Nel momento in cui l’Occidente dichiara guerra ad altre civiltà per delle ragioni democratiche ed economiche, lo fa in nome della sua verità. Sarebbe dunque importante capacitarsi del fatto che l’espansionismo e il neoliberismo sono a loro volta percepiti dai membri dello Stato Islamico come un fanatismo inaccettabile. Il fanatismo e il terrorismo sono il risultato scaturito dalla credenza di ricevere una verità da un dio che viene immaginato, idealizzato e idolatrato. Si ha la pretesa di parlare in nome di questo dio che non esiste.

La sola verità indiscutibile è che siamo tutti e tutte mortali. È l’angoscia di questa morte che terrorizza il fanatismo e lo fa agire in maniera così violenta. La fede consiste nell’accettare questa morte. Ci invita a riconoscere che proveniamo tutti da uno stesso fondamento originale al di là delle nostre differenze culturali. Nasce da una presa di coscienza che siamo fratelli e sorelle nella nostra umanità. Il suo contrario è l’ignoranza: essa si permette di giudicare credendo di sapere tutto della realtà di una situazione, l’ignoranza scaturisce dalla convinzione di avere ragione. Nella notte tra il 15 e il 16 novembre 2015, la Francia ha risposto al terrorismo e al fanatismo dello Stato islamico bombardando una delle sue basi strategiche in Siria. Era la giusta risposta sapendo che l’Occidente ha una parte importante di responsabilità di quanto avviene in Medio-Oriente? In ogni caso, era una risposta mirata a dimostrare che la Francia non ha alcuna intenzione di lasciarsi intimorire accettando senza agire il fanatismo dello Stato Islamico nel proprio territorio. Il 16 novembre Francois Hollande riunendo il Congresso ha ufficialmente dichiarato guerra al terrorismo jihadista. Una nuova guerra ipocrita comincia. La risposta alla violenza con la violenza conduce ad altra violenza. Siano benvenute le generazioni future nel mondo dove la storia dell’umanità prova in maniera deplorevole, che l’essere umano è incapace di mantenere la pace a medio-lungo termine. Le vicende umane sono un susseguirsi di guerre. Sfortunatamente, sembra non esserci alcun rimedio, stento a prevedere una trasformazione di questo comportamento compulsivo e ripetitivo che ha 5.000 anni di storia.

 

 

Où sont nos leaders ?

Par Emmanuel Toniutti

English version below
Versione italiana sotto

 Le leadership nécessite avant tout de croire en soi et à ce que nous entreprenons. Comment donner du sens, affronter les crises, conduire les conflits et s’adapter au changement si ce n’est par la confiance que nous avons en nous-mêmes ? La confiance ne se décrète pas, elle se construit. Elle est le résultat de la capacité personnelle à accepter ses faiblesses, à assumer ses forces et à savoir intégrer ses propres doutes. À partir de là, nous pouvons bâtir une équipe solide avec laquelle nous allons, en commun, partager des valeurs humaines fortes, identifier une vision du futur réaliste et ambitieuse, définir des objectifs stratégiques clairs à atteindre sur un temps défini, mettre en place des règles de fonctionnement simples et efficaces mais aussi évoquer les doutes qui nous traversent. Ces conditions réunies, nous serons en mesure de transmettre du sens, traverser ensemble les difficultés auxquelles nous serons confrontés et prendre les décisions qui s’imposent en face des situations délicates. La réalité est cependant loin de la théorie. Où sont nos leaders ? Nos meneurs ? Nos chefs de meute ? Ils sont malheureusement souvent très loin du terrain, très éloignés des problématiques que leurs managers et leurs collaborateurs ont à gérer au quotidien, satellisés dans les sphères du pouvoir et de l’argent.

En règle générale, toutes cultures confondues, l’absence des leaders sur le terrain peut essentiellement provenir de trois facteurs : soit ils manquent cruellement de réalisme, soit ils n’osent pas dire la vérité par lâcheté ou bien par peur du résultat de l’effet de cette vérité sur les personnes, soient ils sont impuissants. Comme nous le rappelle Aristote dans son Éthique à Eudème, le courage est le juste équilibre entre la lâcheté et la témérité. Il existe beaucoup de lâches, de nombreux téméraires et peu de courageux. Le courage n’est pas naturel à l’être humain. Il se construit, il demande entraînement, accompagnement, confrontation à ce que nous n’aimons pas de nous-mêmes et des autres. Bien que chacun de nous puisse être courageux, la lâcheté et la témérité sont souvent le résultat d’un manque de réalisme. Afin de comprendre pourquoi nous manquons cruellement de leaders aujourd’hui, il nous faut donc regarder la réalité de l’environnement mondial dans lequel ils évoluent quotidiennement.

Sur le plan politique, les États sont soumis au pouvoir de la finance, des banques et des fonds d’investissement. Ce sont le Fonds Monétaire International et la Banque Centrale Européenne pour ce qui concerne l’Occident qui, à titre d’exemple, décident pour les États européens. Et ceux-ci, plongés dans une situation complexe difficile, gèrent leurs finances sans être en mesure de réduire leurs déficits. La question leur est posée de partager équitablement les ressources. Les déficits étatiques sont le résultat du gaspillage et des acquisitions inutiles qui servent le pouvoir et la réélection de certains à défaut de servir, comme il se devrait, le citoyen.

Sur le plan économique, les entreprises sont soumises à la dictature de la finance ultralibérale d’origine américaine et des grands groupes financiers et industriels qui fonctionnent sous forme de monopoles, imposant leurs règles de fonctionnement à leurs fournisseurs et à leurs clients. Le retour sur investissement à deux chiffres est devenu une obsession, voire une quête mythique. Nos dirigeants osent nous parler de reprise de la croissance. Mais la vérité est que la croissance, telle que nous l’avons connue jusqu’à aujourd’hui en Occident, est terminée. Nous avons atteint le maximum de nos possibilités de développement actuel. Il va falloir nous orienter différemment pour le futur. La vérité est que nous avons privilégié de manière généralisée le modèle de création de valeur pour l’actionnaire en oubliant que toute entreprise et organisation se constituent d’abord pour créer de la valeur pour le client. Nous avons détruit nombre de nos potentialités créatrices. En ce sens, la crise des subprimes de 2008, bien qu’il fût enseigné dans toutes les Grandes Écoles que la crise systémique était impossible, nous a montré les limites d’un système valorisant essentiellement le critère de réussite de l’argent.

Sur le plan social, nous voyons se dessiner un fossé grandissant entre les populations de classes riches et celles moyennes et pauvres. Cette situation est le terreau de la colère et du désespoir. Ces sentiments ne peuvent avoir que deux issues : renoncer au combat pour la vie ou se révolter. Le « printemps arabe » dans les pays arabo-musulmans, le courant des « indignés » en Europe, « Occupy Wall Street » à New York et « Occupy Central » à Hong Kong  ont été, à titre d’exemple, l’une des formes de cette révolte laissée jusqu’ici inachevée. Dans un autre registre, toujours dans le domaine social et même si cela aura des conséquences de bien-être probable pour le futur, la révolution digitale impose une accélération du rythme de vie considérable sur lequel les entreprises ont du mal à bâtir des nouveaux modèles de management qui permettent de maintenir un certain équilibre entre la performance économique et le respect de l’être humain. L’augmentation du stress fait croître le nombre potentiel de dépressions.

Sur le plan géopolitique, la Chine a définitivement pris le chemin du leadership mondial, détenant plus de 30% des bons du trésor américain. Même si la Chine sera traversée par les turbulences d’un pays dont la croissance va commencer à diminuer, elle a réussi à convaincre il y a un an ses partenaires russe, indien et brésilien de créer la Nouvelle Banque de Développement pour concurrencer stratégiquement le Fonds Monétaire International. Elle va désormais poursuivre et finaliser sa colonisation financière de l’Occident, savamment ébauchée depuis l’ouverture de la Chine au capitalisme au début des années 1990 selon les règles précises de l’art de la guerre. Toutefois, le ralentissement de son économie démontre qu’il n’y a pas, du point de vue du leadership mondial, de héros invulnérable.

Sur le plan de la religion, la montée en puissance des extrémismes radicaux en tout genre souligne le retour du sacré sous sa forme violente et démonique indiquant une recherche de sens désespérée de l’être humain du point de vue spirituel. L’Occident a pour sa part fait d’un courant de l’Islam son bouc émissaire. La chute des tours du World Trade Center à New-York en 2001 a précipité l’entrée dans un conflit violent latent depuis des siècles. La constitution d’un État islamique pourrait être interprétée comme le résultat de la prétention américaine à vouloir à tout prix instaurer une démocratie inspirée du christianisme puritain calviniste totalitaire. Dans le domaine de la religion, les inconscients collectifs qui se réveillent aujourd’hui sous la forme du radicalisme sont le résultat de l’histoire. La négation des différences culturelles, à travers la mise en place d’un modèle religieux universel appelé mondialisation, conduit nécessairement à la révolte identitaire. Le système de la mondialisation est en effet le résultat de la mise en œuvre de la croyance selon laquelle les États-Unis ont pour mission, selon le plan de Dieu sur l’humanité, de sauver le monde. Il s’agit d’une croyance combinant religion et capitalisme néolibéral qui a pour objectif de convaincre les États qu’elle est le remède à tous les maux, sans distinction sur le plan culturel.

Sur le plan de la défense, les américains surveillent l’ensemble de la planète à travers leur programme de la NSA et leurs outils de médias sociaux dédiés à envahir le marché du village mondial. Il y a là un enjeu militaire, économique et d’opportunités d’affaires dont seuls les chinois ont bien compris les tenants et les aboutissants en créant leurs propres outils numériques et digitaux sociaux de surveillance. Les russes se sont concrètement ralliés à leur pouvoir. De leur côté, les Européens rêvent doucement, voire béatement, d’un traité transatlantique qui réglerait le problème de la cyberdéfense et de la croissance. De ce point de vue, l’Europe est devenu l’otage des américains. Cela pose la question du respect du droit et des règles à la concurrence dont le marché sait bien qu’il est régulièrement bafoué par tout un chacun.

Enfin, sur le plan environnemental, nos industries qui n’ont cessé de fabriquer des produits et services dont les départements de marketing se sont saisis pour mieux nous vendre tout ce dont nous n’avions pas besoin, ont pollué la planète et nos cerveaux. Aucun accord de mise en œuvre réelle d’une politique mondiale qui consisterait à réduire les effets négatifs de nos modes de fonctionnement sur la planète n’a été concrètement mis en pratique à ce jour. À titre d’exemple, la conférence sur le climat (COP 21) qui aura lieu en France en fin d’année 2015 constitue une chance extraordinaire pour les leaders de démontrer qu’ils ont le courage nécessaire de changer le monde.

Et pourtant, au-delà de ce tableau noir de la réalité, il existe partout sur le terrain des potentialités créatrices de développement émergeant de personnes et de petites communautés exceptionnelles. Les nouvelles générations s’adaptent différemment, elles ne manquent pas d’idées et fonctionnent déjà sous un mode de rejet tribal de la société de globalisation. Les réseaux sociaux démultiplient les possibilités d’expansion du savoir culturel, ils mobilisent une intelligence collective, des modèles d’économie collaborative, sociale et solidaire. Certaines entreprises créent de nouveaux modèles de leadership éthique et responsable respectueux de la nature et de l’être humain. Plusieurs ont déjà, avec urgence, envisagé une croissance différente intégrant une économie revue et corrigée misant sur les technologies vertes, sur l’imposition d’un prix sur le carbone et sur l’entrepreneuriat social. Une partie de l’humanité croit en l’humanité. Mais la majorité de nos leaders actuels ne croient pas en l’humanité. Ils croient en leur réussite, en leur réélection, en leur performance. Ils croient aux cours de bourse. Ils se laissent dicter le chemin de l’avenir par la finance.

Un vrai leader ne se laisse rien imposer. Il écoute, il invente, il crée, il oriente, il prend conscience que son rôle est au service du destin de l’humanité. Il dessine un plan de bataille révolutionnaire dont la source émerge de lui-même, de son entourage et d’une énergie créatrice qui lui est donnée pour servir ses citoyens, ses employés, ses semblables. Le leadership ne s’improvise pas, il s’élabore pas à pas, dans la confrontation à soi, aux autres et au monde. La mauvaise connaissance de soi est l’un des échecs majeurs du leadership. Comment nos leaders se préparent-ils à affronter les temps de changement et de mutation qui viennent ? Combien de temps nos leaders consacrent-ils à la conduite de leurs peurs et de leurs angoisses existentielles ? Une tendance générale consiste à croire que le leadership s’exerce à travers la maîtrise de la communication. La meilleure communication qui soit, pour un leader, est de dire la vérité. Leurs conseillers en communication ne vont pas en ce sens. La croissance telle que nous l’avons connue n’est plus possible, la réalité est que nous devons changer nos habitudes de pays riches, habitués à consommer et à gaspiller sans compter, achetant des objets inutiles. Comment redonner le sens commun aux autres si nous ne l’avons pas déjà pour nous-mêmes ? Comment être au service de quelque chose de plus grand que soi, si nous nous centrons sur notre réussite individuelle ? Comment mettre en pratique la solidarité et la loyauté si nous ne développons pas des modèles de leadership participatif et collaboratif ? L’Europe est un bon exemple à ce sujet.

Les institutions européennes coûtent très chères, l’Europe a été construite autour d’un traité économique qui n’a jamais consisté à intégrer les différences culturelles des pays constitutifs comme une richesse, donc l’Europe ne réglera pas le problème des États. L’Europe ne détient pas le leadership sur le monde, ce sont les banques d’affaires, les chinois et les américains. Alors que faire ? Inventer de nouveaux modèles de leadership qui permettent de contrer la puissance des américains et des chinois. Comment ? D’abord, en redéfinissant des valeurs qui s’inspirent de la relecture de nos mythes fondateurs : les spiritualités égyptienne, grecque, latine, chrétienne, celles de la Renaissance, des Lumières et de notre monde moderne, les uns ne devant absolument pas exclure les autres. Puis, en bâtissant des stratégies qui reprennent le chemin délaissé de la création de valeur partenariale dont le modèle s’inscrit dans la relation intime et étroite de service pour le client. Ensuite, en utilisant tous les nos nouveaux moyens de communication nécessaires à la mise en place d’une organisation qui permette de mettre en œuvre ces nouvelles stratégies. Enfin, et c’est là le point crucial manquant du leadership aujourd’hui, en travaillant tant sur le plan individuel que collectif à développer des comportements vertueux cohérents avec nos valeurs. Ces comportements devront être détachés de l’obsession de l’argent, ils devront renouer avec la volonté de remettre le client comme unique source de création de valeur de nos organisations. La performance économique qui en découlera devra être comprise comme une conséquence et non un but.

Le temps n’est plus, ni aux propositions, ni aux négociations, mais à l’action. Le leadership n’est pas une proposition mais une révolte contre l’optimisme irréaliste. Un vrai leader a la capacité à rassembler ceux qui sont prêts à le suivre pour envisager une nouvelle vision pour le monde, pour la mettre en œuvre et redonner ainsi confiance à l’humanité, et ici en l’occurrence à l’Occident. Et là pour le moment, à ce sujet, sur le terrain, très peu de leaders de ce type se font jour. Bergson disait : « le futur ce n’est pas ce qui va se passer mais ce que l’on va faire », je pose la question : qu’allons-nous faire ? Qui va le faire ?

 

Where are our leaders?

 Leadership requires above all to believe in oneself and what one does. How can one make sense, confront crisis, lead conflicts and adapt to change without inner-self confidence? Confidence is not decreed, it is built. It is the result of ones ability to accept ones own weaknesses, to assume ones strengths and to know how to integrate ones own doubts. From therein, we can build a strong team with which, together, we share strong human values, identify a realistic and ambitious vision of the future, set clear strategic objectives over a set time, set up simple and effective rules of operation but also raise any doubts that may come to us. With all these conditions put together, we will be able to convey meaning, through all the challenges we face and take necessary decisions when faced with difficult situations. Reality is far from theory. Where are our leaders? Our leaders? Our pack leaders? Unfortunately they are often very far from the ground, far removed from the issues that their managers and their employees have to deal with on a daily basis. They are in orbit, in the spheres of power and money.

Generally and considering all cultures, the lack of leaders in the field can come primarily from three factors: either they are desperately short of realism, either they do not dare to tell the truth out of cowardice or fear of the consequence of this truth on people or their own person, or they are powerless. As Aristotle reminds us in his Eudemian Ethics, courage is the right balance between cowardice and rashness. There are many cowards, numerous fearless but of courageous only a few. Courage is not natural to the human being. It is built, it requires training, guidance and support, as well as confronting that we do not love in ourselves and others. Although each of us can be courageous, cowardice and recklessness often result from a lack of realism. To understand why we are desperately short of leaders today, we need to look at the reality of the global environment in which they live on a daily basis.

Politically, the States are subject to the power of finance, banking and investment funds. These being the International Monetary Fund and the European Central Bank regarding the West which, for example, decide for the European states. And these, whilst immersed in a difficult and complex situation, manage their finances without being able to reduce their deficits. They are asked to share resources equitably. State deficits are the result of wasteful and needless acquisitions that serve the power and re-election of some whilst failing to serve, as should be the case, the citizen.

On the economic front, companies are subject to ultra-liberal financial dictatorship of US origin and large financial and industrial groups that operate as monopolies, imposing their operating rules on their suppliers and their customers. The double-digit return on investment has become an obsession or even a mythical quest. Our leaders dare talk about growth recovery. But the truth is that growth as we have known up until today in the West is over. We’ve reached the maximum of our possibilities of current development. We’ll have to orient ourselves differently in the future. The truth is that we focused on a widespread value creation model for the shareholder forgetting that every company and organization exists in the first place to create value for the customer. We have destroyed much of our creative potential. In this sense, the subprime crisis of 2008, as was taught in all great schools as being impossible, showed us the limits of a system whose essentially valuing criteria was financial success.

On a social level, we now see a widening gap between the rich, the middle-classes and the poor. This makes a breeding ground for anger and despair. These feelings can have only two outcomes: give up the fight for life or revolt. The « Arab Spring » in the Arab-Muslim countries and the event of  « indignant » in Europe, « Occupy Wall Street » in New York and « Occupy Central » in Hong Kong were, for example, one form of revolt so far left unfinished. On another level, though still in the social field and even if there may be consequences regarding wellbeing for the future, the digital revolution demands an ever quickening speedy pace of life on which companies are struggling to build new models of management that keep the balance between economic performance and respect for the human being. Increased stress is increasing the potential number of depressions.

In geopolitical terms, China has definitely taken the path of global leadership, holding more than 30% of the US Treasury bonds. While China will go through the turmoil of a country whose growth will start to decrease, it nevertheless managed to convince a year ago its Russian, Indian and Brazilian partners to create a New Development Bank to strategically compete with the international Monetary Fund. It will now go on and finalize its financial occupation of the West, so cleverly etched out since the opening of China to capitalism in the early 1990s according to precise rules of warfare. However, its economic slowdown demonstrates that there is no, regarding global leadership, invulnerable hero.

In terms of religion, the rise of radical extremism of all kinds marks the return of the sacred in its violent and demonic form indicating a desperate search for meaning for the human being from a spiritual point of view. The West has made a part of Islam its scapegoat. The fall of the World Trade Center in New York in 2001 precipitated the entry into a violent conflict having being latent for centuries. The establishment of an Islamic state could be interpreted as the result of the US claim to want at all costs to establish a totalitarian democracy inspired by Puritan Calvinist Christianity. In the field of religion, unconscious groups awakening today in the form of radicalism are the result of history. The denial of cultural differences, through the establishment of a universal religious model called globalization unavoidably leads to a revolt of identity. The system of globalization is indeed the result of the implementation of the belief of the US; that their mission according to the plan of God for humanity is to save the world. It is a belief and combining religion with neoliberal capitalism which aims at convincing the States that it is the cure for all ills, indiscriminately, on a cultural level.

Regarding defense, the US monitor the entire planet through their NSA program and their social media tools dedicated to invade the global village market. There are military, economic and business stakes here which only the Chinese have understood the ins and outs of in creating their own digital tools and social digital surveillance. The Russians have in fact rallied to their power. For their part, Europeans quietly or blissfully dreaming, hope for a transatlantic treaty that would solve the problem of cyber defense and growth. From this point of view, Europe has become a hostage of the Americans. This raises the question of respect for law and the rules of competition in which the market is known to be regularly flouted by everyone.

Finally, in environmental terms, our industries that have continued to produce products and services that marketing departments have seized to better sell us what is needless and have polluted the planet and our brains. No actual implementation of a global political agreement that would be to reduce the negative effects of our operating modes on the planet has actually been put into practice so far. For example, the climate conference (COP 21) to be held in France in late 2015 is an extraordinary opportunity for leaders to show that they have the courage to change the world.

Yet beyond this dark picture of reality, there exists everywhere in the field a potential creative development emerging from exceptional individuals and small communities. The new generations are adapting differently, they do not lack ideas and are already operating in a mode of tribal rejection of the globalization of society. Social networks multiply the possibilities of expansion of cultural knowledge, they mobilize collective intelligence of collaborative economic models of social solidarity. Some companies are creating new ethical and responsible leadership models respectful of nature and the human being. Many already have, with urgency, envisaged a different growth economy including revised and corrected focusing on green technologies, on imposing a price on the carbon footprint and on social entrepreneurship. A portion of humanity believes in humanity. But the majority of our current leaders do not believe in humanity. They believe in their success, in re-election and their performance. They believe in the share price. They allow their futures to be dictated by finance.

A true leader never lets anything to be forced upon him. He listens, he invents, he creates, he directs, he realizes that his role is to serve the fate of humanity. He designs a revolutionary battle plan, which comes from himself, those around him and a creative energy that is given to him to serve his citizens, his employees and his equals. Leadership does not just happen, it is about taking the step to confront yourself, others and the world. Poor self-knowledge is one of the major failures of leadership. How do our leaders prepare themselves for the change of time and transfer to come? How long will our leaders spend driving their fears and angst? A general tendency is to believe that leadership is exercised through control of communication. The best communication, for a leader, is to tell the truth. Their communication advisors do not take this direction. Growth as we have known it is no longer possible, the reality is that we must now change our habits of rich nations, accustomed to consume and waste freely and in buying needless items. How to restore common sense to others if we have not already for ourselves? How can one serve something greater than ourselves, if we focus on our individual success? How can one practice solidarity and loyalty if we do not develop participatory and collaborative leadership models? Europe is a good example of this.

The European institutions are very expensive. Europe was built around an economic treaty that has never been able to integrate cultural differences as a richness for the countries that make it, so Europe will not solve the problem of States. Europe does not have the leadership in the world, it is the commercial banks, the Chinese and the Americans. So what can we do? Invent new leadership models to counter the power of the Americans and Chinese. How? First, by redefining the values ​​that are based on the reading of our founding myths: the Egyptian, Greek, Latin, Christian spirituality, those of the Renaissance, the Enlightenment and the modern world, one must definitely not to exclude other. Then, by building strategies that take up the abandoned path by the creation of stakeholder value whose model is based on an intimate and close relationship with the customer in order to better serve. Then by using all our new means of communication to set up and implement these new strategies. Finally, and this is the crucial point missing in leadership today, by working both individually and collectively to develop virtuous behaviors consistent with our values. These behaviors must be detached from the obsession with money, they will reconnect with the will of putting the customer first as the sole source of value creation of our organizations. Which will result in the economic performance being understood as a consequence and not a goal.

It is no longer time to propose or negotiate but to act. Leadership is not a proposal but a revolt against unrealistic optimism. A true leader has the ability to bring together those who are willing to follow him to consider a new vision for the world, to implement and thus restore trust in humanity and in this case here in the West. And here for the moment, on this point, on the ground, very few leaders of this type arise. Bergson said, « the future is not what will happen but what we will do with it, » I raise the question: what will we do? Who will do it?

 

 Dove sono i nostri leaders?

La leadership comporta prima di tutto credere in sé e in ciò che intraprendiamo. Come dare il senso, affrontare le crisi, gestire i conflitti e adattarsi al cambiamento senza passare attraverso la fiducia in noi stessi? La fiducia non si impone, si costruisce. È il risultato della capacità personale di accettare le proprie debolezze, di prendere in carico le proprie forze e saper integrare le proprie incertezze. A partire da qui, possiamo costruire un gruppo solido con il quale condividere dei valori umani forti, con il quale identificare una visione del futuro realista e ambiziosa, definire degli obiettivi strategici chiari, da raggiungere in un tempo stabilito, mettere in opera un regolamento semplice eppure efficace, ma anche evocare le perplessità che ci attraversano. Posto che si verifichino tutte queste condizioni, saremo allora in grado di trasmettere del senso, attraversare insieme le difficoltà con cui saremo confrontati e prenderemo delle decisioni che si imporranno in risposta a situazioni delicate. La realtà è tuttavia piuttosto lontana dalla teoria. Dove sono i nostri leaders? I nostri capibranco? Sfortunatamente sono spesso molto lontani dal campo, troppo distanti dalle problematiche che i loro managers e i loro collaboratori devono gestire quotidianamente, segregati come sono nelle loro gabbie dorate del potere e del denaro.

In linea di massima, trovando un comune denominatore tra le varie culture, l’assenza dei leaders sul campo proviene essenzialmente da tre fattori: hanno una spietata mancanza di realismo, non osano dire la verità per vigliaccheria o per paura del risultato, cioè dell’effetto di questa verità sulle persone, oppure sono impotenti. Come ci ricorda Aristotele nella sua opera Etica Eudemia: «il coraggio è il giusto equilibrio tra la viltà e la temerarietà».  Esistono molti codardi e molti temerari, ma pochi coraggiosi. Il coraggio non è naturale per l’essere umano. Si costruisce, richiede un accompagnamento, un allenamento, necessita un confronto con ciò che non amiamo di noi stessi e degli altri. Benché ciascuno di noi possa essere coraggioso, la vigliaccheria e la temerarietà sono spesso il risultato di una mancanza di realismo. Affinché si possa comprendere il motivo di questa enorme mancanza da parte dei leaders di oggi, dobbiamo quindi osservare la realtà dell’ambiente internazionale in cui evolvono ogni giorno.

Sul piano politico, gli Stati sono sottomessi al potere della finanza, delle banche e dei fondi d’investimento. Sono il Fondo Monetario Internazionale e la Banca Centrale Europea per quanto concerne l’Occidente ad esempio, che decidono per gli Stati membri. Questi ultimi, sommersi dalle difficoltà di una situazione complessa, gestiscono le loro finanze, senza essere in grado di ridurre i debiti. Ciò che viene loro chiesto è di condividere equamente le risorse. I debiti di Stato sono il risultato dello spreco e delle spese inutili che servono il potere, sono il risultato di una politica che mira alla rielezione di alcuni politici, invece di servire il cittadino come dovrebbe.

Sul piano economico, le imprese sono subordinate alla dittatura della finanza ultraliberale di origine americana, e dei grandi gruppi finanziari e industriali che agiscono sotto forma di monopolio, imponendo le loro regole di funzionamento a fornitori e clienti. Il ritorno di investimento a due cifre è diventato un’ossessione, potremmo dire un mito. I nostri dirigenti osano parlarci di ripresa della crescita. La verità è che la crescita, così come l’abbiamo concepita fino ad oggi in Occidente, è terminata. Abbiamo raggiunto il massimo delle nostre possibilità di sviluppo. È necessario orientarci in modo diverso per il futuro. La verità è che abbiamo privilegiato diffusamente il modello di creazione di valore per l’azionista, dimenticando che qualunque impresa o organizzazione si costituisce prima di tutto per creare valore per il cliente. Abbiamo distrutto numerose nostre potenzialità creatrici. In questo senso, (nonostante lo abbiano bene insegnato in tutte le Grandi Scuole che la crisi sistemica sia impossibile), la crisi dei subprimes del 2008 ci ha mostrato i limiti di un sistema che valorizza essenzialmente il successo monetario.

Sul piano sociale, vediamo profilarsi un crescente divario tra le classi ricche e le classi povere. Una tale situazione è terreno fertile per la rabbia e la disperazione. Questi sentimenti non possono avere che due conseguenze: rinunciare a combattere per la vita oppure ribellarsi. La «primavera araba» nei paesi arabo-musulmani, le correnti degli «indignati» in Europa, « Occupy Wall Street » a New York e « Occupy Central » a Hong Kong sono stati, a titolo di esempio, alcune forme di rivolta lasciate fino ad oggi incompiute. In un altro senso, ma sempre in ambito sociale, e anche se questo avrà dei risultati positivi in termini di benessere guardando al futuro, la rivoluzione digitale impone un’accelerazione considerevole del ritmo di vita; dinamica sulla quale le imprese faticano molto a costruire nuovi modelli di gestione che permettano di mantenere un certo equilibrio tra la performance economica e il rispetto dell’essere umano. Non da ultimo, l’aumento dello stress fa crescere esponenzialmente il numero di depressioni.

Sul piano geopolitico, la Cina ha definitivamente intrapreso il cammino verso una leadership mondiale, detenendo più del 30% dei buoni del Tesoro americano. Anche se la Cina sarà attraversata dalle turbolenze di un paese in cui la crescita inizia la sua fase calante, è riuscita a convincere un anno fa, i suoi partners russi, indiani e brasiliani a costituire la Nuova Banca dello Sviluppo, per concorrere strategicamente con il Fondo Monetario Internazionale. Procede ormai nel suo intento che riguarda la colonizzazione finanziaria dell’Occidente, abilmente delineato a partire dall’apertura della Cina al capitalismo agli inizi degli anni ’90, secondo le regole precise dell’arte della guerra. Tuttavia, il rallentamento della sua economia dimostra che non esistono, da un punto di vista di leadership mondiale, degli eroi invulnerabili…

Sul piano della religione, l’ascesa al potere di estremisti radicali di ogni tipo, sottolinea il ritorno del sacro nella sua forma violenta e demoniaca che indica una disperata ricerca di senso dell’essere umano dal punto di vista spirituale. L’Occidente, dal canto suo, ha fatto di una corrente islamica il capro espiatorio. La caduta delle torri del World Trade Center a New York nel 2001 ci ha fatto piombare in un conflitto violento che era latente da secoli. La costituzione di uno Stato islamico potrebbe essere interpretata come la diretta conseguenza della pretesa americana di volere, a qualunque costo, instaurare una democrazia ispirata ad un cristianesimo puritano calvinista e totalitario. In ambito religioso, gli incoscienti collettivi che si svegliano oggi sotto forma di radicalismi, non sono nient’altro che il normale esito della storia. La negazione delle differenze culturali, attraverso la propagazione di un modello universale chiamato globalizzazione, conduce necessariamente alla rivolta identitaria. La globalizzazione è in realtà un effetto dell’attuazione della credenza in base alla quale gli Stati Uniti abbiano la missione di salvare il mondo, secondo un piano divino.  Si tratta di una convinzione che combina religione e capitalismo neoliberale e che ha per obiettivo quello di convincere gli altri Stati che questo sistema sia il rimedio ad ogni male, senza permettere alcuna distinzione sul piano culturale.

Sul piano della difesa, gli americani sorvegliano tutto il pianeta attraverso i programmi della NASA e i loro strumenti mediatici sociali, destinati ad invadere il mercato del villaggio globale. Ci sono delle questioni militari, economiche e di opportunità d’affari di cui solo i cinesi hanno compreso ogni dettaglio, perciò hanno creato i loro propri strumenti digitali di sorveglianza. I russi si sono concretamente raccolti intorno a questo potere. Gli Europei, dal canto loro, sognano beatamente un trattato transatlantico che regolerebbe il problema della difesa cibernetica e della crescita. Da questo punto di vista, l’Europa è divenuta ostaggio degli americani. Questo ci rimanda alla tematica del rispetto del diritto internazionale e delle norme sulla concorrenza, regolarmente ignorate da tutti, come il mercato sa molto bene.

Infine, sul piano ambientale, le nostre fabbriche producono senza sosta prodotti e servizi di cui il marketing si serve per venderci tutto ciò di cui non abbiamo bisogno. Questa produzione incontenibile ha inquinato il pianeta e i nostri cervelli. Nessun accordo sull’attuazione reale e concreta di una politica mirata a ridurre gli effetti negativi delle nostre modalità operative sulla Terra, nessun provvedimento effettivo e realizzabile ad oggi. La conferenza sul clima (COP 21), che si terrà in Francia a fine del 2015, è ad esempio un’opportunità straordinaria per i leaders di dimostrare se hanno il coraggio necessario per cambiare il mondo.

Eppure, nonostante tutto, oltre questo grigio ritratto della realtà, esistono delle eccezionali potenzialità creatrici di sviluppo che emergono tra le persone, nelle piccole comunità. Le nuove generazioni si stanno adattando in modo diverso, non mancano di idee, si accingono a creare un modello operativo che rifiuta, quasi in un richiamo tribale, la globalizzazione. Le reti sociali moltiplicano le possibilità di espansione della conoscenza e del sapere, mobilizzano un’intelligenza collettiva, dei modelli economici collaborativi, sociali e solidali. Alcune imprese creano dei nuovi modelli di leadership etica e responsabile, rispettosi della natura e dell’essere umano. In molti, hanno già con urgenza preso in considerazione una crescita di tipo differente, che rivede l’economia integrando e puntando sulle tecnologie ecosostenibili, sull’imposizione di un prezzo sul carbone e sull’imprenditorialità sociale.  Una parte dell’umanità crede nell’umanità. Ma la maggioranza dei nostri leader attuali, non ci crede. Credono piuttosto nella loro riuscita, nella loro rielezione, nella loro prestazione. Credono al prezzo delle azioni in borsa e si lasciano condurre verso l’avvenire dalla finanza.

Un vero leader non si lascia imporre nulla. Ascolta, inventa, crea, orienta, prende coscienza del fatto che il proprio ruolo è al servizio del destino dell’umanità. Egli disegna un piano di battaglia rivoluzionario, che sente emergere da se stesso, da coloro che lo circondano, dalla sua stessa energia creatrice che gli è donata per servire i cittadini, i suoi impiegati, i suoi simili. La leadership non si improvvisa, si costruisce passo dopo passo, nel confronto tra sé, gli altri e il resto del mondo. La scarsa conoscenza di sé è causa dei principali fallimenti nella leadership. Come si preparano i nostri leader ad affrontare questi tempi di cambiamenti avvenire? Quanto tempo dedicano alla gestione delle loro paure e delle loro angosce esistenziali?

C’è una tendenza generale a credere che la leadership si eserciti attraverso la padronanza della comunicazione. Il modo migliore di comunicare per un leader, in ogni caso, è quello di dire la verità. I loro consulenti in comunicazione direi che non vanno in questo senso. La crescita, così come l’abbiamo vissuta e conosciuta non è più realizzabile. La realtà è che dobbiamo cambiare le nostre abitudini da paesi ricchi, abituati a consumare e sprecare senza alcuna attenzione, continuando ad acquistare oggetti inutili. Come possiamo dare agli altri un senso comune se non l’abbiamo noi stessi? Come possiamo essere al servizio di qualcosa che è più grande di noi, se concentriamo tutte le energie sulla nostra riuscita individuale? Come potremmo mettere in pratica la solidarietà e la lealtà se non sviluppiamo dei modelli di leadership collaborativi e partecipativi? L’Europa è un buon esempio a questo proposito.

Le istituzioni europee costano molto, l’Europa è stata costruita intorno ad un trattato economico che non ha mai considerato una ricchezza l’integrazione delle differenze culturali dei paesi membri, quindi l’Europa non regolerà i problemi degli Stati e tra gli Stati. L’Europa non detiene la leadership sul mondo, sono le banche di investimento, i cinesi e gli americani. Allora che fare? Inventare dei nuovi modelli di leadership che permettano di contrastare il potere di Cina e Stati Uniti. Ma come? Prima di tutto, ridefinendo i valori ispirandosi ad una rilettura dei miti fondatori: la spiritualità greca, egiziana, latina, cristiana, il Rinascimento, l’Illuminismo e il nostro mondo moderno, l’una non deve assolutamente escludere l’altra. Poi, costruendo dei piani d’azione che riprendano il sentiero abbandonato della creazione del valore partenariale il cui modello si iscrive nella relazione intima e vicina al cliente. Ancora, utilizzando tutti i nuovi mezzi di comunicazione necessari alla messa in atto di queste nuove strategie. Infine, e sta qui la parte mancante delle leadership di oggi, lavorando tanto sul piano individuale che collettivo, favorendo dei comportamenti virtuosi coerenti ai nostri valori. Queste attitudini devono essere lontane dall’ossessione per il denaro, dovranno invece poggiare sulla volontà di rimettere il cliente al centro delle organizzazioni, quale unica fonte di creazione di valore. La prestazione economica che ne conseguirà dovrà essere annoverata come il frutto di questa condotta e non lo scopo.

Non è più tempo né per le proposte, né per i negoziati, è tempo di passare all’azione. La leadership non può essere un suggerimento ma una rivolta contro l’ottimismo irrealista. Un vero leader ha la capacità di radunare intorno a sé coloro che sono pronti a seguirlo per considerare una nuova visione del mondo, realizzarla rendendola operativa e ridare così fiducia all’umanità, e in questo contesto all’Occidente. Per ora, riguardo l’argomento appena trattato, emergono ben pochi leader di questo genere. Bergson diceva: «il futuro non è ciò che accadrà ma ciò che faremo», mi faccio e vi faccio questa domanda: cosa faremo? Chi lo farà?

 

 

 

 

 

La Couleur des Sentiments

English translation below: “the colour of feelings”
Versione italiana sotto: “Il colore dei sentimenti”

Nous, dirigeants, devons avoir une très grande capacité à absorber les pressions subies dans notre environnement quotidien. Pour cela, nous avons considérablement développé notre MOI afin de rationaliser au maximum les décisions et rendre notre monde maitrisable par tous les moyens. Nous  sommes convaincus que c’est la meilleure manière pour nous de réussir. Il faut bien l’avouer, nous passons nos journées à nous activer pour motiver nos équipes, conquérir et satisfaire nos clients, structurer et organiser des processus qui  permettent d’atteindre des objectifs chiffrés, quantifiés et profitables. C’est notre métier.

Mais que se passerait-il si nous décidions tout à coup, à la fin d’une journée, d’arrêter de regarder les courriels, de répondre aux appels tardifs des clients ou des collaborateurs ? Que subviendrait-il si nous restions un  moment, sans proches, sans amis, sans télévision, sans internet, simplement seuls ? Ce serait le vide, le silence, face à nous-mêmes. C’est peut être à ce moment-là que se manifesterait en nous la couleur des sentiments : l’indigo pour la colère et la tristesse, le violet pour l’envie d’être aimés et le bleu pour la peur de mourir. À nous regarder en face, sans faux-semblant, une petite voix intérieure nous interpellerait : « es-tu conscient que tu joues avec toi-même ? As-tu réellement confiance en toi ? T’aimes-tu vraiment tel que tu es ? Te connais-tu vraiment ? Es-tu prêt à découvrir cette partie de toi que tu caches parce qu’elle te fait peur ? « .

Notre MOI, l’image idéale que nous nous sommes faites de nous-mêmes, se disloquerait. Nous ressentirions alors une douleur énorme dans le fond de notre cœur. Ses battements s’accéléreraient subitement. Ce serait l’affolement, la panique, l’angoisse. Nos affects se réveilleraient comme pour nous dire : « écoutes comme ÇA parle en toi, écoutes ce que tu évites de ressentir durant la journée, écoutes en silence tes émotions, elles te parlent de toi, elles te disent qu’elles ne supportent plus que tu les caches, car à force de les cacher, tu perds la partie la plus créative de toi-même, tu perds le grain de folie qui te donne la force de l’enthousiasme, tu deviens comme les autres : banalité effrayante « .

Pourquoi avons-nous développé une telle aptitude à rejeter naturellement nos sentiments ? Parce qu’avec eux, nous avons l’impression d’être faibles. Un dirigeant ne peut être, ni s’avouer faible. Lorsqu’on est  leader, on se doit d’apparaître sûr et dur pour soi-même et pour les autres en montrant que l’on maîtrise pleinement toute situation. Dans ce monde, les sentiments n’ont pas leur place et ne sont pas propices à la performance. Ils freinent nos élans et brident nos projets.

Et si nous inversions la dynamique ?

Et si nous commencions à accepter nos failles, nos faiblesses et nos peurs ; à considérer toutes ces facettes de notre personne qui font notre singularité pour nous rendre plus vrais, plus en cohérence avec notre être intérieur ?

Cela ne nous rendrait-il pas finalement plus forts ?

Cela ne nous porterait-il pas à rayonner du jaune de la joie, du vert de l’espérance et du rouge de l’amour pour transmettre l’énergie positive dont notre entourage a besoin ?

Vous avez probablement reconnu là les couleurs de l’arc-en-ciel (1). Ne vient-il pas après la pluie ? Ne vient-il pas après avoir purifié l’air suffocant ? Comme s’il venait nous laver d’un poids que nous avions intégré comme une normalité dans notre quotidien parce que nous nous étions convaincu qu’il n’y avait pas d’autres voies. Ne vient-il pas nous dire que la couleur des sentiments est le point crucial que nous partageons entre nous, les êtres humains, et la nature qui nous entoure ? Ne vient-il pas nous rappeler simplement notre humanité ? Ne nous convie-t-il pas à nous remémorer que les sentiments et les émotions sont la clé de l’amour de soi et de l’autre, du « savoir donner » et de « l’accepter de recevoir » ?

(1) La couleur orange de l’arc-en-ciel représente ici l’énergie positive.

 

 The colour of feelings

As leaders, you need to be very skilled in coping every day with a high-pressure work environment. To do so, you have managed to considerably gear your EGO to optimize your rational decision-making abilities and your strategies to better control your environment. You are convinced it is the only way for you to be successful. Admittedly, you spend your days doing your best to motivate your teams, attract new customers and keep them satisfied by designing and implementing business processes to reach quantified, profitable targets. That’s what your job is all about.

But what would happen if one evening after work you suddenly decided to stop checking your emails and answering late calls from your customers and colleagues? What would happen if you just took some time out to be all alone without any kin or friends, television or internet? You would find yourself in a silent void, face to face with yourself. That is when you might start seeing the color of feelings: indigo for anger and sadness, purple for longing to be loved, and blue for the fear of death. Looking yourself in the face without any pretense would let that little inner voice be heard. “Do you realize that you are fooling yourself? Do you really trust yourself? Do you actually like the person you have become? Do you really know who you are? Are you willing to discover the hidden part of yourself you so are afraid of?”

Your EGO, that idealized image of yourself you have created, would fall to pieces. You would feel a strong pain deep down in your chest. Your heart would start racing. You would get flustered, panicky, and anxiety-stricken. Your affects would spring up on you and say, “Listen to what your ID is telling you, listen to what you’ve been trying not to feel all day long, be quiet and listen to your emotions. They are telling you they cannot stand the way you are holding them in any longer, because you have been doing that for so long that your greatest creative powers have dwindled away, you have lost that touch of eccentricity which gives you the strength to feel enthusiastic, and you are turning into a nobody, just like the others – horribly humdrum.”

Why are people so good at dismissing their feelings? It is because feelings can make you feel weak, and a manager must not look weak or admit to his weakness. Leaders have to look self-confident and show they are as demanding with themselves as they are with other people by staying in full control whatever the situation is. In the modern world we live in, feelings are no longer desirable since they are not thought to make us more efficient. On the contrary, people imagine they will lose momentum and hamper their projects if they give into their feelings.

But couldn’t those dynamics be reversed?

What if you began to accept your imperfections, your weak points and your fears? What if you considered these aspects of your personality to be part of what makes you special so that you grew closer to your real self, more in phase with your inner self?

Wouldn’t that make you stronger instead?

Wouldn’t it help you glow yellow with joy, green with hope, and red with love so that you could communicate that positive energy the people around you need?

Of course, you have recognized the colors of the rainbow (1). Isn’t the rainbow the calm after the storm? Doesn’t it shine when the heavy air has been cleansed? Isn’t it as if the burden of the way of life you had always taken for granted because you were sure it was the only one had been lifted at last? Isn’t it telling you that the colors of feelings are the crucial point you share with the other people and with Mother Nature? Isn’t it there to remind you that you are a human being, too? Isn’t it telling you not to forget that feelings and emotions are the key to loving oneself and others, to “knowing how to give”, and to “accepting to receive”?

(1) The color orange in the rainbow represents positive energy here.

 

Il colore dei sentimenti

Noi dirigenti, dobbiamo avere una grande capacità nell’assorbire le pressioni che subiamo quotidianamente. Per questo, abbiamo sviluppato il nostro IO pronto a razionalizzare al massimo le nostre decisioni e rendere quanto più gestibile l’ambiente in cui viviamo.  Siamo convinti che questo sia il modo migliore per avere successo. Dobbiamo ammetterlo,  ci diamo un gran da fare ogni giorno per motivare il nostro gruppo, conquistare e soddisfare i nostri clienti, strutturare e organizzare dei procedimenti che permettono di raggiungere degli obiettivi economici, quantificabili e proficui. E’ il nostro lavoro.

Cosa succederebbe però, se all’improvviso, alla fine di una giornata, decidessimo di smettere di controllare la posta, di rispondere alle chiamate tardive dei nostri clienti o collaboratori? Cosa accadrebbe, se restassimo un momento senza familiari, amici, televisione, internet, semplicemente soli? Ci sarebbe il vuoto, il silenzio, ci troveremmo di fronte a noi stessi.

Sarebbe forse in quel preciso momento, che potrebbero manifestarsi dentro di noi, i colori dei sentimenti: l’indaco per la rabbia e la tristezza, il viola per la voglia di essere amati, il blu per la paura di morire.

Trovandoci di fronte a noi stessi, senza mentirci, una piccola voce interiore ci interrogherebbe: “sei cosciente del fatto che stai giocando con te stesso? Hai davvero fiducia in te? Ti ami veramente per come sei? Ti conosci profondamente?  Sei pronto a scoprire questa parte di te che nascondi perché ti fa paura?”

Il nostro IO, l’immagine ideale che abbiamo costruito di noi stessi, si sfascerebbe.  Sentiremmo allora un dolore enorme in fondo al nostro cuore, i suoi battiti aumenterebbero bruscamente. Proveremmo smarrimento, panico, angoscia. Il nostro animo si sveglierebbe per dirci “ascolta, come tutto questo ti sta parlando, ascolta ciò che eviti di cogliere durante tutto il giorno, ascolta in silenzio le tue emozioni,  ti parlano di te,  ti dicono che non sopportano più che tu le nascondi, perché a forza di nasconderle, stai perdendo la parte più creativa di te stesso, perdi quella briciola di follia che ti dà tutta la forza dell’entusiasmo, diventi come tutti gli altri:  raccapricciante banalità.

Perché abbiamo sviluppato un’abitudine tale da respingere istintivamente i nostri sentimenti? Perché vivendoli, abbiamo l’impressione di essere deboli. Un dirigente non può essere debole, ancor meno vuole ammetterlo. Quando siamo leader, dobbiamo apparire duri e sicuri, per noi stessi e per gli altri, mostrando che siamo completamente in grado di gestire ogni situazione. In questo mondo quindi, i sentimenti non possono avere il loro posto, e non sono propizi alla performance. Frenano i nostri slanci e imbrigliano i nostri progetti.

E se invertissimo questa dinamica? Se noi iniziassimo ad accettare i nostri fallimenti, le nostre debolezze, le nostre paure, a considerare tutte queste sfaccettature personali come elementi che ci rendono unici, più veri, più coerenti con la nostra interiorità? Questo non ci renderebbe alla fine più forti? Questo non ci porterebbe a  far risplendere il giallo della gioia? Il verde della speranza e il rosso dell’amore per trasmettere l’energia positiva di cui hanno bisogno le persone intorno a noi?

Avete probabilmente riconosciuto i colori dell’arcobaleno (1).  Non compare dopo la pioggia che purifica l’aria soffocante? Come se arrivasse per riscattarci e sollevarci da un peso, che avevamo integrato nella normalità del nostro vivere quotidiano perché convinti che non ci fosse un’altra via. Non viene per dirci che il colore dei sentimenti è l’elemento essenziale che condividiamo tra di noi, esseri umani e la natura che ci circonda? Non arriva semplicemente per ricordarci la nostra umanità? Non ci invita a non dimenticare che i sentimenti e le emozioni sono la chiave dell’amore per sé e per l’altro, affinché possiamo imparare a   “donare” e  accettare di  “ricevere”?

(1) Il colore arancio dell’arcobaleno rappresenta qui l’energia positiva.

« Le diable ne s’habille plus en Prada »

Vous souvenez-vous de cette comédie dramatique américaine réalisée par David Frankel à partir du livre de Lauren Weisberger « Le diable s’habille en Prada » ? Il raconte l’histoire d’Andrea Sachs, l’assistante de Miranda Priestly, rédactrice en chef du célèbre magazine de mode Runway. Miranda Priestly, remarquablement interprétée dans le film par Meryl Streep, est un leader aux demandes hyper capricieuses et aux comportements tyranniques. Elle incarne le pouvoir, l’avidité, la démesure mais plus encore, selon Lauren Weisberger, elle est le diable.
Qu’est-ce que le diable ? Du point de vue philosophique, il est le non-être. Du point de vue théologique, il est le tentateur. Du point de vue spirituel, il est le démonique. Le diable se reconnaît au travers de ses vices. Il se veut omnipotent ; il croit qu’il est immortel. Il se veut tout sachant ; il croit que dans toute situation il sait distinguer, seul et avec certitude, le bien du mal. Il fait et défait à sa guise. Il manipule en vue d’instaurer son propre pouvoir. Il légitime l’égocentrisme. Il met en scène sa propre démesure. Il rend les autres esclaves du pouvoir et du besoin d’être aimé. Il promet aux plus incrédules l’immortalité. Sa particularité : il ne se cache pas, il œuvre à visage découvert. A force de le voir constamment autour de nous, nous avons oublié qu’il est le diable.
Si le diable ne s’habille plus en Prada, c’est donc qu’il a changé de tailleur. Ce dernier a non seulement modifié son nom mais également son adresse. Quel nom et quelle adresse pourraient incarner aujourd’hui selon vous l’obsession de l’argent ? La recherche incessante du pouvoir ? Le sentiment exacerbé de la jalousie ? La domination excessive de l’égocentrisme ?
Son nom : le divin marché. Son adresse : les marchés financiers (1) du monde entier. Le diable a tissé sa toile en réseaux. Le divin marché (2) est l’idée selon laquelle les marchés n’ont pas besoin d’être régulés, ils s’auto régulent d’eux-mêmes. Pourquoi Georges W. Bush avait-t-il donc été obligé de faire voter par le congrès le 3 octobre 2008 un plan de sauvetage de plus de 700 milliards $ de l’économie américaine ? Parce qu’il n’existait aucune main invisible qui régulait naturellement le marché. Pourquoi la Chine veut-elle faire de Shanghai le plus grand centre financier du monde pour l’avenir ? Parce qu’elle-même, contaminée par le virus, a décidé de devenir le centre névralgique du divin marché ; plus d’argent, toujours plus d’argent…mais pour quoi faire ?

Le diable s’habillerait-il donc désormais en Mammon ( Dieu de l’argent ) ? Ce serait bien trop facile de donner une telle interprétation de l’histoire humaine. Le diable s’habille en dieu de l’argent depuis les débuts de l’histoire de l’humanité. Si nous observons cette histoire, nous y voyons que l’ensemble de la décadence des sociétés humaines provient toujours de trois éléments répétitifs régressifs : l’argent, le pouvoir et le sexe. (3)
Qui donc est le diable ? L’être humain lui-même. C’est bien ce que laisse supposer Lauren Weisberger elle-même dans son livre. En réalité, nous sommes notre propre ennemi à nous-mêmes. Nous créons les idées de notre monde, nous les mettons en application. Nous créons des idéologies, nous les imposons. Nous définissons de belles valeurs et nous ne les mettons pas en œuvre. Nous visons des idéaux que nous n’atteignons finalement pas. Pourquoi ne pas faire définitivement la vérité avec nous-mêmes ? Nous sommes le diable, le non-être, le tentateur, le démonique.
Qui met en œuvre les idées que nous créons ? Les leaders. C’est-à-dire ceux qui ont en eux-mêmes la capacité à faire croire aux autres en leurs idées, la capacité à faire adhérer les autres à leurs projets. C’est pourquoi je voudrais vous suggérer une distinction toute personnelle entre le leader et le leader responsable. Le leader est à son propre service. Le leader responsable est au service des autres. Le leader a un besoin de reconnaissance surdimensionné qui le conduit à ne voir que son intérêt personnel. Le leader responsable n’a pas besoin d’être reconnu, il est là pour accomplir une mission pour le bien commun ; maintenir la confiance et le partage de valeurs humaines fortes ; transmettre du sens à ses équipes afin d’atteindre ensemble les résultats financiers, en faisant de la relation humaine le premier facteur clé de réussite de l’entreprise.
L’être humain se pense immortel. Il veut être aimé de manière narcissique et il impose alors aux autres les délires de son propre fantasme. Nous constatons simplement où nous conduit ce modèle : à l’enrichissement surdimensionné des uns aux dépends des autres ; à l’hyper pouvoir d’un petit groupe d’individus (ceux qui créent les idées et les mettent en œuvre) sur l’ensemble de la masse ; à des crises successives dont nous ne savons pas gérer les conséquences.
Soyons réalistes. Nous sommes mortels et nous disparaîtrons tous. Un jour viendra, où dans nos dernières heures, nous ferons le bilan de notre vie ; pour nous mettre en cohérence avant de nous en aller définitivement ; pour savoir ce que nous laisserons à nos enfants, à l’humanité à laquelle nous appartenons. Car les leaders ont oublié un élément essentiel de leur responsabilité : ils ont à servir une humanité qui leur ressemble, ils ont à conduire des femmes et des hommes dont le reflet de leur propre visage est, chaque jour, leur propre humanité (4).

Mais alors si nous sommes le diable, existe-t-il au fond de nous-mêmes quelque chose qui peut nous sauver ? Oui, la part de Dieu qui est en nous (5). Qu’est-ce que Dieu ? Du point de vue philosophique, il est l’Être. Du point de vue théologique, il est le Père ou le Tout-Puissant. Du point de vue spirituel, il est l’Inconditionné, le pouvoir des origines qui a donné naissance à toute chose. C’est à nous de découvrir la part d’être qui est en nous, la part de nous-mêmes qui nous relie tous les uns aux autres. La responsabilité est la prise de conscience que nous n’existons jamais sans les autres.
Cela nous appelle donc à développer de nouveaux modèles de leadership responsable. Personnellement, je crois en ce que j’appelle le modèle du leader servant. Deux passages me semblent révélateurs de ce modèle.
L’un provient du livre de la voie et de la vertu : « Pourquoi la mer est-elle la reine (6) des cent fleuves ? Parce qu’elle se trouve au-dessous d’eux. Le sage agit avec humilité et respect des personnes. Parce qu’il n’est en conflit avec personne, personne n’est en conflit avec lui. »
L’autre provient du livre de l’ecclésiaste : « Heureux l’homme (7) qui médite sur la sagesse, qui raisonne avec intelligence et réfléchit dans son cœur ».
Ce modèle, je l’appelle le leadership de l’amour. Mais pas n’importe quel amour. Celui qui respecte la différence de l’autre, celui qui prend en compte le besoin des autres, celui qui répond de manière absolue au bien commun en ne se souciant plus de son intérêt égoïste personnel. Un autre monde me direz-vous ? Oui un autre monde, une autre vision pour le monde et pour le monde des affaires en particulier.
N’en va-t’il pas du salut de notre espèce ?

(1) Les marchés financiers sont les lieux de la spéculation boursière (à titre d’exemple). Je vous invite par ailleurs à bien distinguer les banques d’investissements qui spéculent au jour le jour sur les marchés et les banques de détail qui sont normalement constituées pour accompagner l’économie réelle à travers le financement des particuliers, des entreprises et des institutionnels.
(2) Je vous renvoie ici aux remarquables études livrées sur ce sujet par Dany-Robert DUFOUR dans ses ouvrages : Le divin marché, Denoël, Paris, 2007 ; L’individu qui vient…après le libéralisme, Denoël, Paris, 2011. De grandes banques d’investissements tels que Goldman Sachs, JP Morgan, HSBC, UBS et d’autres ont intégré cette idéologie dans leur mode de fonctionnement stratégique. Mais il ne faudrait pas s’y méprendre, les banques d’investissement ne sont pas seules concernées par l’adoption de cette dictature démonique : PFIZER, Industrie pétrolière
(3) Je vous renvoie ici à la fabuleuse trilogie Cycle des Dieux de Bernard WERBER qui, dans une interprétation toute personnelle, dépeint le monde des dieux à l’image de celui des hommes dans « Nous, les Dieux », « Le souffle des Dieux » et « Le mystère des Dieux » publiés chez Albin Michel.
(4) Oliver STONE le mentionne particulièrement bien dans son film Wall Street : l’argent ne dort jamais : Gordon GEKKO gourou de la finance, interprété par Mickael DOUGLAS, ne prend conscience de sa responsabilité vis-à-vis de sa fille qu’à partir du moment où il apprend qu’il va devenir grand-père. Ce n’est pas tant la relation à sa fille qui lui permet cette prise de conscience mais le fait de devenir grand-père lui confère une certaine forme d’immortalité. Il inscrit ainsi son nom dans le patrimoine génétique de l’humanité en s’assurant de sa descendance.
(5) Je vous renvoie ici aux deux articles de mon blog : « La paix de l’âme » du 6 février 2012 et « Spiritualité et Leadership » du 21 mars 2012.
(6) Je vous invite ici à remplacer le mot « reine » par « leader responsable ».
(7) Je vous invite ici à remplacer le mot « homme » par « leader responsable ».