Humanisme et leadership, est-ce vraiment possible ?

Par Emmanuel Toniutti

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Le courant humaniste s’est réellement structuré avec, entre autres,  des penseurs comme Boccace (1313-1375), Pétrarque (1304-1374), Ficin (1433-1499) et Pic de la Mirandole (1463-1494) en Italie et Érasme (1469-1536) aux Pays-Bas. C’est toutefois Cicéron (106-43), orateur et homme politique romain, qui semble lui avoir donné naissance, avec le concept d’Humanitas. Il influencera en ce sens toute l’histoire de la Renaissance. Pour Cicéron l’humanisme s’applique à la communauté humaine dans son ensemble. Celle-ci découle du « fait que la solidarité des hommes avec les Hommes est naturelle, car un être humain ne peut pas être étranger à un autre être humain, par le simple fait que c’est un être humain ». De cette manière, par la notion d’humanitas, Cicéron définit l’humanisme fraternel universel : ce que nous voyons et rencontrons, chaque fois que nous nous trouvons en présence d’une femme et d’un homme, c’est nous-mêmes, notre humanité. L’humanisme consiste donc à afficher, enseigner et pratiquer les valeurs fondamentales telles que le respect de la dignité et de l’intégrité de l’être humain.

Le mot « respect » (respectus) est l’action de prendre en considération une personne, d’accepter ses différences tout en reconnaissant que nous partageons la même humanité. Sa mise en pratique nécessite de bien connaître les personnes qui nous entourent. En tant que leader, la notion de respect nous interpelle sur la manière dont nous écoutons vraiment les clients, les collaborateurs, les fournisseurs et les actionnaires. Dans mon livre, Le leadership de l’amour, j’ai défini l’écoute comme « la capacité à ne pas savoir ce que nous allons dire à l’autre avant qu’il, ou elle, ait fini de parler ». Si nous savons déjà ce que nous allons répondre à l’autre avant qu’il ait fini de parler, cela signifie que nous ne l’écoutons pas, donc que nous ne « la » ou « le » respectons pas. L’écoute n’est pas une attitude d’indifférence. Elle est la reconnaissance de la parole de l’autre et de son humanité. Mais le respect consiste aussi à ne pas tout accepter de l’autre et à affirmer les convictions qui sont les nôtres quand bien même il, ou elle, ne les partagerait pas. En tant que leader responsable, nous avons le devoir de porter les autres au-delà d’eux-mêmes. L’écoute en est un levier exceptionnel. Combien de temps consacrons-nous à écouter nos clients, nos collaborateurs, nos fournisseurs, nos actionnaires pour les reconnaître dans leur humanité ?

Le mot « dignité » (dignitas) signifie le respect que mérite une personne. Pourquoi quelqu’un mériterait-il que nous lui accordions de la dignité ? Parce que cette notion se trouve directement liée à celle d’humanité. Dans le leadership, sa mise en pratique surgit de la prise de conscience que le client, le collaborateur, le fournisseur et l’actionnaire sont un autre moi-même. Chaque fois que nous nous rencontrons, que nous nous parlons et que nous échangeons pour trouver un terrain d’entente et savoir où nous voulons aller ensemble, l’autre reflète ma propre humanité. Sommes-nous bien conscients que les parties prenantes avec lesquelles nous travaillons chaque jour nous renvoient l’humanité  que nous avons en commun ? Quels moyens nous donnons-nous pour l’accepter et le reconnaître ? Comment en faisons-nous un atout de nos relations quotidiennes ?

Le mot « intégrité » (interger) signifie l’état d’être intact que constituent le corps, l’esprit et l’âme d’une personne. L’intégrité, c’est de ne pas violer ou violenter le corps, l’esprit et l’âme de ceux avec lesquels nous travaillons. La pratique de l’intégrité consiste donc avant tout en la reconnaissance que nous possédons tous (y compris nous-mêmes) une âme, un esprit et un corps. L’âme nous relie à l’infini. L’esprit nous convie à l’intelligence. Le corps permet la mise en œuvre de l’énergie qui provient de l’âme et de l’esprit. Comment faisons-nous de cette conception de l’intégrité un levier de leadership ? L’âme suppose que nous ayons à l’intérieur de nous-mêmes une énergie bien plus grande que celle que nous imaginons avoir parce qu’elle dépasse notre simple humanité. L’esprit révèle notre capacité de créativité et d’adaptation dans toutes les situations. Le corps développe la réactivité et la force nécessaires à la conduite des plans d’action que nous mettons en place. L’intégrité suppose donc de respecter l’âme, le corps et l’esprit des autres mais aussi les siens. En tant que leader responsable, sommes-nous les révélateurs de cette intégrité ? Où plaçons-nous l’âme, l’esprit et le corps dans nos discours et nos échanges avec nos pairs et nos équipes ?

 

Humanism and leadership, is it really possible ?

The humanist movement got its real structure through, among others, thinkers like Boccaccio (1313-1375), Petrarch (1304-1374), Ficino (1433-1499) and Pico della Mirandola (1463-1494) in Italy and Erasmus (1469-1536) in the Netherlands. However, it is Cicero (106-43), Roman orator and politician who seems to have given rise to this movement with the concept of Humanitas. It was in this sense that the entire history of the Renaissance was influenced. For Cicero humanism applies to the human community as a whole. This stems from the « fact that the solidarity of men with men is natural, because a human cannot be foreign to another human being, by the simple fact that it is a human being. » In this way, through the concept of humanitas, Cicero sets a universal standard of fraternal humanism: what we see and meet, whenever we find ourselves in the presence of a woman and a man, is ourselves, our humanity. Humanism is therefore to show, teach and practice the fundamental values such as respect for the dignity and integrity of the human being.

 

The word « respect » (respectus) is the action of considering a person, accepting their differences while recognizing that we share a common humanity. Its implementation requires a good knowledge of the people around us. As a leader, the notion of respect questions us on how we really listen to customers, employees, suppliers and shareholders. In my book, The leadership of love, I defined listening as « the capacity to not know what we will say to the other before he or she has finished talking ». If we already know what we will say before the other has finished speaking, this means that we are not listening, and therefore not respecting him or her. Listening is not an attitude of indifference. It is the recognition of the other’s word and of his humanity. But respect is also to not accept everything from the other and to affirm our convictions even if he or she does not share them. As a responsible leader, we have a duty to carry others beyond themselves. The ability to listen is, in that respect, an exceptional tool.  How much time do we spend listening to our customers, our employees, our suppliers, our shareholders and recognize the other in his humanity?

 

The word « dignity » (dignitas) means the due respect of a person. Why would anyone deserve that we give him dignity? Because this notion is directly linked to that of humanity. In leadership, putting this into practice arises from the realization that customer, employee, supplier and shareholder are another myself. Whenever we meet, we talk and we discuss to find common ground and to know where we want to go together, the face of the other reflects our own humanity. Are we well aware that the stakeholders with whom we work every day reflect back to us the same face we have in common? Which means do we give ourselves to accept and recognize this? How can we turn our daily relationships into an asset?

 

The word « integrity » (interger) means the state of being intact; making the body, mind and soul one person. Integrity is not to infringe or violate the body, mind and soul of those with whom we work. The practice of integrity is therefore primarily through the recognition of the fact that we all possess (ourselves included) a soul, a mind and a body. The soul connects us to infinity. The mind invites us to intelligence. The body allows the implementation of the energy that comes from the soul and mind. How can we make this conception of integrity lever leadership? The soul supposes that we have within ourselves much more energy than we think we have, as it exceeds our simple humanity. The mind reveals our capacity for creativity and adaptation in all situations. The body develops responsiveness and strength necessary to drive the action plans we put in place. Therefore, integrity presupposes the respect of the soul, body and mind of others but also one’s own. As responsible leaders, do we show this integrity? Where do we put the mind, body and soul in our words and our interactions with our peers and teams?

 

 

Umanesimo e leadership, è davvero possibile ?

 

La corrente di pensiero umanista si è realmente strutturata a partire da autori quali ad esempio Boccaccio (1313-1375), Petrarca (1304-1374), Marsilio Ficino (1433-1499) e Pico della Mirandola (1463-1494) in Italia e Erasmo da Rotterdam nei Paesi Bassi (1469-1536). Tuttavia è Cicerone (106 a.C- 43 a.C), oratore e uomo politico romano, che sembra aver dato i natali al concetto di Humanitas. Egli influenzerà in questo senso tutta la storia del Rinascimento. Per Cicerone l’umanesimo si applica alla comunità umana nel suo insieme. Ciò deriva dalla convinzione che « la solidarietà tra uomini è naturale, perché un essere umano non può essere estraneo ad un altro essere umano per il semplice fatto che è un essere umano ». In questo modo, attraverso la nozione di humanitas, Cicerone definisce l’umanesimo fraterno universale : ciò che vediamo e incontriamo, ogni volta che ci troviamo in presenza di una donna o di un uomo, non è nient’altro che noi stessi, la nostra stessa umanità. L’umanesimo consiste nell’esporre, insegnare e praticare i valori fondamentali quali il rispetto della dignità e dell’integrità dell’essere umano.

 

La parola “rispetto” (respectus da respicere) significa prendere in considerazione una persona, accettare le sue differenze riconoscendo che condividiamo la stessa umanità. La sua messa in pratica necessita di conoscere bene le persone che ci circondano. In quanto leader, la nozione del rispetto ci interpella sul modo in cui ascoltiamo veramente i clienti, i collaboratori, i fornitori e gli azionari. Nel mio libro, La leadership dell’amore, ho definito l’ascolto come “la capacità di non sapere ciò che risponderemo all’altro finché non avrà finito di parlare”. Se noi sappiamo già cosa risponderemo all’altro prima che abbia finito, non lo stiamo veramente ascoltando, di conseguenza non la o non lo rispettiamo. L’ascolto non è un comportamento legato all’indifferenza, l’ascolto è il riconoscimento della parola dell’altro e della sua umanità. Il rispetto consiste però anche nel non accettare qualunque cosa dall’altro e affermare le proprie convinzioni anche qualora non fossero condivise. In quanto leader responsabile, abbiamo il dovere di portare gli altri oltre loro stessi; l’ascolto è in questo senso uno stimolo eccezionale. Quanto tempo consacriamo ad ascoltare i nostri clienti, collaboratori, fornitori, azionisti al fine di riconoscerli nella loro umanità?

 

La parola “dignità” (dignitas da dignus) significa il rispetto che merita una persona. Perché una persona merita che noi gli riconosciamo la dignità? Perché questa nozione si trova direttamente legata a quella di umanità. Nella leadership, la sua messa in pratica emerge dalla presa di coscienza che il cliente, il collaboratore il fornitore e l’azionista sono un altro me stesso. Ogni volta che lo incontriamo, che gli parliamo e che instauriamo un qualunque tipo di relazione nel tentativo di trovare un’intesa e sapere dove vogliamo andare insieme, l’altro riflette la mia propria umanità. Siamo consapevoli che i soggetti interessati con i quali lavoriamo ogni giorno ci rinviano all’umanità che abbiamo in comune? Attraverso quali mezzi siamo in grado di accettarlo e riconoscerlo? Come ne facciamo una carta vincente nelle nostre relazioni quotidiane?

 

La parola “integrità” (integritas, da integer) significa il fatto che il nostro corpo, mente e anima sono intatti per come sono costituiti. L’integrità comprende quindi il non violare né violentare il corpo, l’intelletto e l’anima di quelli con cui lavoriamo. Mettere in pratica il valore dell’integrità consiste innanzitutto nel riconoscimento del fatto che tutti (noi compresi) possediamo un corpo, un intelletto e un’anima. L’anima ci congiunge all’infinito; l’intelletto all’intelligenza; il corpo ci permette di utilizzare e canalizzare l’energia che proviene da queste ultime. In che modo potremmo fare dell’integrità un punto di forza nella leadership? L’anima presuppone che abbiamo dentro di noi un’energia ben più potente rispetto a quella che crediamo di avere perché sorpassa la nostra “umanità” nell’accezione più semplice del termine. L’intelletto ci permette di sviluppare creatività e adattamento in ogni situazione. Il nostro corpo produce invece reattività e forza necessarie a condurre i nostri progetti ed è presupposto essenziale all’inizio di qualunque azione. L’integrità necessita dunque del rispetto di tutte queste componenti dell’altro e certamente anche di sé stessi. In quanto leader responsabili, siamo rivelatori di questa integrità? A che piano di importanza mettiamo il corpo, la mente e l’anima nei nostri discorsi e nelle relazioni con i colleghi e con i gruppi di lavoro?

France : où sont tes valeurs ?

J’accompagne depuis quinze ans les comités exécutifs à mettre en cohérence leurs décisions stratégiques et leurs plans d’actions avec les valeurs humanistes. Cela m’a naturellement conduit à m’intéresser très tôt à la signification du mot valeur. Celui-ci tient son origine du bas latin valor et du latin classique valere voulant dire « être fort ». Il engendre de fait la notion de valeureux qui évoque naturellement la vertu du courage, du combat et de la vaillance guerrière : porter une valeur consiste ainsi à avoir le courage de la mettre en pratique, de la défendre contre quiconque ou quoi que ce soit qui voudrait l’anéantir. En ce sens, être valeureux consiste à se rendre estimable. En latin Aestimare définit le sentiment humain qui attache de l’importance à quelqu’un ou quelque chose. Il renvoie concrètement à la manière dont une personne est estimée pour son mérite et ses qualités.

En 1789, la révolution française a donné naissance à trois valeurs gravées dans le marbre des frontispices de toutes les mairies de France : liberté, égalité, fraternité. Sur certaines d’entre elles, nous pouvons y lire encore la maxime entière oubliée : « Liberté – Égalité – Fraternité où la mort ». Dans la France d’aujourd’hui l’économie, la sécurité, l’éducation et la laïcité sont, de manière générale, en danger. Le moment est venu, dans l’histoire, de réaffirmer nos valeurs comme le socle inébranlable de toutes visions et stratégies à définir pour le futur. Nous vivons un changement de civilisation nécessitant de nous recentrer avant tout autre chose sur le sens de nos valeurs. La fraternité devrait nous permettre de retrouver un équilibre entre les individus. Elle est le socle à partir duquel peuvent se mettre concrètement en pratique la liberté et l’égalité. Car c’est la prise de conscience de la fraternité, c’est-à-dire du fait que nous provenons tous du même fondement, qui permettra l’exercice de la liberté et de l’égalité de façon nouvelle dans le futur.

Le mot « fraternité » vient de fraternus dérivant de frater : fraternel, frère, communauté désignant les liens entre les membres d’une même famille, en l’occurrence la famille « France » ; et de manière plus élargie encore la famille « humaine ». Le respect des personnes est un élément indissociable de la fraternité. Le mot « respect » (respectus) est l’action de prendre en considération une personne, d’accepter ses différences tout en reconnaissant que nous partageons la même humanité. Cela nous appelle à un humanisme fraternel dont Cicéron a défini les contours de la manière suivante : « un être humain ne peut pas être étranger à un autre être humain du fait qu’il est un être humain ».

Le mot « liberté » vient de libertas dérivant de liber : « homme libre ». Elle définit la possibilité de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui. Elle nécessite le respect des lois et des personnes. Elle intègre le fait que les individus ont des droits nécessitant en contrepartie des devoirs envers la République.  La liberté individuelle n’est possible qu’à partir du moment où elle ne contredit pas les règles collectives.

Le mot « égalité » vient de aequalitas. Il souligne la relation entre deux choses, deux personnes sans aucune différence de grandeur, de qualité. Autrement dit, les personnes doivent être traitées avec la même dignité, toutes possèdent les mêmes droits et sont soumises aux mêmes devoirs. L’égalité entre les êtres humains est une volonté politique dans un monde qui par nature n’est pas égal.

La mise en pratique des valeurs de la République nécessite donc au préalable d’avoir le courage de croire en l’humanisme fraternel. Celui-ci consiste à afficher, enseigner et pratiquer les valeurs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité dans tous les domaines de la vie économique, politique, sociale et environnementale. Le fait que plus de 78% de la population française ne croient plus dans la classe dirigeante politique actuelle montre que la France a perdu le sens de ces valeurs. À ce jour, aucun homme ni aucune femme politiques nous font la démonstration qu’ils croient profondément en l’humanisme fraternel. Ils définissent des tactiques pour être réélus et profiter des privilèges du pouvoir. Ce temps est terminé. Quand un grand pays ne sait plus où il veut aller, il doit nécessairement regarder d’où il vient. En ce sens, le futur de la France, c’est un Homme d’État responsable qui saura construire une vision et une volonté politiques reposant sur le sens profond de la fraternité.

2016 : prenons notre vie en main

Par Emmanuel Toniutti

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Pour vous souhaiter une bonne année 2016, je vous propose une réflexion sur la conduite de notre existence. Celle-ci se dessine comme une suite logique à mes précédents articles sur mon blog depuis 2011. Elle s’inspire plus particulièrement de la dynamique de celui que j’ai rédigé au début du mois de septembre 2015 Où sont nos leaders ? J’y ai dressé un constat de la situation de notre temps sur le plan politique, économique, social, géopolitique, religieux et environnemental. J’ai également proposé, à partir de certains champs d’opportunités s’offrant à nous, une manière d’aborder le futur pour pouvoir lui donner un sens sur le plan macro organisationnel. Ne voyant à ce jour aucun leader se dresser pour changer le mode de fonctionnement dans lequel nous évoluons quotidiennement, je recentre ici mon approche sur nous-mêmes, en tant qu’individus, et nos possibilités d’actions dans des contextes sans cesse mouvants et pas toujours contrôlables.
Je crois profondément que le système ultralibéral dans lequel nous vivons a atteint, du point de vue de l’éthique, ses limites humaines. En imposant la performance à outrance, il pousse l’être humain dans l’expression de ses faiblesses les plus profondes : l’égoïsme, le manque de générosité, l’injustice, la violence et la vanité. Il est la caricature de choix que nous faisons pour réussir notre vie sur le plan social, professionnel et personnel, pour briller pour nous-mêmes et aux yeux des autres. Nous ne sommes pas naturellement éduqués afin de découvrir le sens de notre existence. Nous suivons des études pour trouver un travail qui rapporte de l’argent. Toute l’éducation que nous recevons alors nous laisse croire que ce chemin nous conduira naturellement au bonheur. En règle générale, l’inverse se produit et induit une situation d’anxiété dans lequel notre stress est le résultat de la projection négative que nous nous faisons d’un futur qui n’existe pas encore. Nous cherchons le maximum de sécurité dans un monde qui évolue en permanence et requiert une adaptation quotidienne.
Ce faisant, nous nous écartons sensiblement des besoins de notre âme, nous prenons une distance malsaine avec le souffle de vie qui anime notre corps et notre esprit, nous nous éloignons de nous-mêmes. Il ne faut pas entendre ici le mot « âme » comme une expression essentiellement liée à la religion : à titre d’exemple, André Comte-Sponville dans son livre L’esprit de l’athéisme utilise le mot âme pour définir une spiritualité sans Dieu. Comment se manifestent donc, à l’intérieur de nous, les signes de la séparation entre nos décisions et notre âme ? L’angoisse, la souffrance, la désillusion, la douleur dans le corps, la peur, la tristesse, la colère, la jalousie, la vengeance, la haine. Tout cela est le résultat de choix biaisés dont nous faisons tous l’expérience. Très souvent lorsque nous allons mal, nous incriminons les autres. Nous les voyons comme des ennemis ou bien comme ceux qui génèrent, par leurs actes, les sentiments qui nous animent. Mais nous n’avons jamais de problèmes avec les autres, ceux-ci ne sont que le reflet de nos propres difficultés à mettre en cohérence nos choix de vie avec notre âme, avec ce que nous sommes profondément à l’intérieur de nous-mêmes.
Prendre notre vie en main requiert beaucoup de courage. Cela nécessite de savoir ce que nous sommes prêts à accepter mais aussi ce à quoi nous sommes prêts à renoncer. La conduite de notre existence nous questionne sur les choix et les décisions que nous prenons pour nous mettre en paix avec nous-mêmes, pour faire taire le tumulte de l’anxiété et de la peur qui se manifestent en nous lorsque nous ne sommes pas cohérents avec la vie intérieure que nous devrions avoir. Ce décalage vient de ce que nous n’avons pas pris le temps d’écouter les sons colorés de notre âme à travers notre corps et nos émotions. Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion d’intervenir auprès d’un parterre de décideurs sociaux, entrepreneurs, politiques de tous horizons. J’ai pu ressentir fortement à la fois leur agressivité et leur mal être. C’est toujours étonnant pour moi (même si je le sais de par mon expérience) de constater que certaines personnes occupant, dans leur vie quotidienne, des fonctions à responsabilités petites ou grandes, peuvent être fondamentalement agressives, jalouses, égocentriques et finalement profondément malheureuses. Ces personnes se sont éloignées de leur âme. Et au fond d’elles-mêmes, leurs âmes pleurent. Elles ne s’en rendent pas compte. Elles ne savent même pas qu’elles les font vivre.

Chaque fois que nous faisons des choix incohérents avec la profondeur de notre être, nos âmes pleurent et manifestent leurs désarrois dans notre corps. Prendre notre vie en main, c’est nous donner le temps d’écouter ses larmes qui nous rongent alors que nous nous laissons croire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Prendre notre vie en main, c’est prendre conscience que notre corps et notre esprit manifestent le bien être ou le mal être de notre âme. Pour cette nouvelle année, je nous souhaite à toutes et à tous de l’entendre.

 

2016: Taking our lives in hand

To wish you well for the new year ahead, I would like to suggest some thought over the conduct of our existence. This emerges as a logical extension of my previous blog articles since 2011. It is particularly inspired by the dynamics of the one I’d written back in the beginning of September 2015 entitled Where are our leaders? In which, I had made a statement on the political, economic, social, geopolitical, religious and environmental situation at that time. I also suggested, based on certain opportunities on offer a way to face the future in order to make some sense in terms of macro organization. Seeing as so far no leader has stood up to change the way in which we live on a daily basis, I have refocused my approach here regarding ourselves, as individuals, and our possibilities for action in these endlessly changing and uncontrollable contexts.
I deeply believe that the ultra-liberal system in which we live has reached, from an ethical point of view, its human limitations. By imposing excessive performance, it pushes the human being to express his deepest weaknesses: selfishness, lack of generosity, injustice, violence and vanity. It is a caricature of the choices we make for our lives to succeed socially, professionally and personally to shine for ourselves and to others. We are not naturally educated in order to discover the meaning of our existence. We follow studies to find a job that pays in return. All the education we receive then leads us to believe that this path will naturally lead us to happiness. Generally, the opposite occurs and induces a state of anxiety in which our stress is the result of a negative projection that we have of a future that does not yet exist. We seek the maximum safety in a world that is constantly evolving and requires daily adaptation.
In doing so, we wander away from the needs of our soul, we maintain a unhealthy distance with the breath of life that animates our body and our mind, we stray from our very selves. The word « soul »  should not be understood here as a term essentially related to religion: for example, in André Comte-Sponville’s book The spirit of atheism he uses the word soul to define a spirituality without God. How, within us, does the separation between our desicions and our soul manifest itself? Anguish, suffering, disappointment, bodily pain, fear, sadness, anger, jealousy, revenge, hatred. All this is the result of biased choices which we all experience. Very often when things are not going so well or wrong we blame others. We see them as enemies or as those who generate, through their actions, feelings that drive us and make us react. But we never have problems with others, they are simply a reflection of our own difficulties to bring coherence to our life choices with our soul, with what we really are deep down inside ourselves.
 Taking your life in hand requires a lot of courage. This requires knowing what we are willing to accept but also what we are willing to give. The conduct of our life questions us on the choices and decisions we make to bring us at peace with ourselves, to silence the tumult of anxiety and fear manifested in us when we are not consistent with the inner life that we should have. This shift or gap comes about when we have not taken the time to listen to, the colorful sounds of our soul, through our body and our emotions. Just a few weeks ago I had the opportunity to speak to an audience of social policy makers, entrepreneurs and politicians from all backgrounds. I strongly felt both their aggression and unease. It always astounds me (despite the knowledge of my own experience) to find that certain who hold, in their daily lives, positions of responsibility whether large or small, may be fundamentally aggressive, jealous, self-centered and ultimately deeply unhappy . These people have strayed away from their souls. And at the bottom of themselves, their souls are crying. They do not realize it. They are not even aware their very soul keeps them alive.

 Whenever we make inconsistent choices, within the depths of our being, our souls cry and show their confusion in our body. Taking our lives in hand, means giving oneself the time to listen to ones soul and the tears that plague it whilst we allowing ourselves to believe that all is well in the best of worlds. Taking our lives in hand, means realizing that our body and mind manifest the well- or ill-being of our soul. For this new year, I wish to each and everyone of us to listen and hear.

 

 

2016: prendiamo la nostra vita in mano

Per augurarvi un buon anno 2016, vi propongo una riflessione sulla condotta della nostra esistenza. Questo augurio si inquadra perfettamente tra i miei scritti, è una conseguenza logica dei miei precedenti articoli a partire dal 2011. Più precisamente mi sono ispirato a quello redatto all’inizio del mese di settembre 2015 Dove sono i nostri leaders? Qui esponevo una constatazione della situazione in atto sul piano politico, economico, sociale, geopolitico, religioso e ambientale. Ho anche proposto, partendo da alcune opportunità che ci vengono offerte, un modo di approcciarsi al futuro per potergli dare un senso sul piano della macro organizzazione. Non vedendo ad oggi alcun leader adoperarsi per cambiare questo modo di funzionamento nel quale ci troviamo quotidianamente, ritengo opportuno ora tornare a trattare le tematiche legate a noi stessi, in quanto individui, e considerare quali siano le nostre possibilità d’azione all’interno dei contesti senza sosta e spesso incontrollabili in cui viviamo.
Credo profondamente che il sistema ultraliberale nel quale viviamo abbia raggiunto, dal punto di vista etico, i propri limiti umani. Imponendo il massimo della prestazione ad oltranza, conduce l’essere umano verso le sue debolezze più profonde: l’egoismo, la mancanza di generosità, l’ingiustizia, la violenza e la vanità. Questo sistema è la caricatura delle scelte che facciamo per riuscire nella nostra vita sul piano sociale, professionale e personale per metterci in mostra agli occhi degli altri e anche per avere un’immagine vincente di noi stessi. Non siamo solitamente educati a scoprire il senso della nostra esistenza. Seguiamo degli studi per trovare un lavoro che ci permetta prima di tutto di guadagnare denaro. L’educazione che riceviamo ci fa credere che questo cammino ci condurrà naturalmente alla felicità. In linea generale, accade l’inverso, ci dirigiamo verso una situazione ansiosa nella quale il nostro stress è il risultato della proiezione negativa che facciamo di un futuro che non esiste ancora. Cerchiamo il massimo di sicurezza in un mondo che si evolve perennemente.
Facendo questo, allontaniamo sensibilmente i bisogni reali della nostra anima, prendiamo una distanza malsana con il soffio di vita che anima il nostro corpo e il nostro spirito, ci allontaniamo da noi stessi. La parola anima qui non è da intendere come espressione essenzialmente legata alla religione: ad esempio André Comte-Sponville nel suo libro Lo spirito dell’ateismo utilizza la parola anima per definire una spiritualità senza Dio. Come si manifestano dunque, in noi, i segni della separazione tra le nostre decisioni e la nostra anima? L’angoscia, la sofferenza, la disillusione, il dolore nel corpo, la paura, la tristezza, la rabbia, la gelosia, la vendetta, l’odio. Tutto questo è il risultato delle scelte distorte di cui facciamo tutti esperienza in qualche modo. Molto spesso, quando stiamo male, incolpiamo gli altri. Li vediamo come nemici o come coloro che generano, attraverso le loro azioni, i sentimenti che proviamo. Ma la verità è che non abbiamo mai problemi con gli altri, questi non sono altro che il riflesso delle nostre proprie difficoltà a mettere in coerenza le nostre scelte di vita e la nostra vera natura, chi siamo profondamente.
Prendere la propria vita in mano richiede molto coraggio. Questo necessita di sapere ciò che siamo pronti ad accettare ma anche ciò a cui siamo disposti a rinunciare. La condotta della nostra esistenza ci interroga sulle scelte e le decisioni che prendiamo per essere in pace con noi stessi, per fare tacere quel tumulto di ansia e paura che si manifesta in noi nel momento in cui non siamo coerenti con la vita interiore che dovremmo avere. Questo divario si crea poiché non restiamo all’ascolto dei suoni colorati della nostra anima, attraverso il nostro corpo e le nostre emozioni. In queste ultime settimane, ho avuto l’occasione di intervenire presso platee di dirigenti che svolgono la loro professione in ambito sociale, imprenditori o politici con orizzonti differenti. Ho potuto percepire la loro aggressività, il loro malessere. Da parte mia è sempre sorprendente (benché ne faccia esperienza ogni giorno nel mio lavoro), constatare che alcune persone, occupando nella loro vita quotidiana delle funzioni di responsabilità, siano esse piccole o grandi, possono essere fondamentalmente aggressive, gelose, egocentriche e infine profondamente infelici. Queste persone si sono allontanate dalla loro anima, è come se le loro anime piangessero. Loro non se ne rendono nemmeno conto. Non sanno nemmeno che sono proprie le loro anime a permettergli di vivere.

Ogni volta che facciamo delle scelte incoerenti con la profondità del nostro essere, le nostre anime soffrono e manifestano il loro disagio attraverso il nostro corpo. Prendere la nostra vita in mano, significa darci il tempo di ascoltare le lacrime che sgorgano da dentro quando fingiamo di credere che tutto vada nel migliore dei modi. Prendere la nostra vita in mano, significa prendere coscienza che il nostro corpo e il nostro spirito ci comunicano il benessere o il malessere dell’anima. Per questo nuovo anno, auguro a tutte e a tutti di ascoltarla.

 

Le fanatisme à l’épreuve de Dieu

Par Emmanuel Toniutti

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Les nouveaux attentats, survenus ces derniers jours à Paris, interpellent sur le terrorisme et le fanatisme contemporains. Pour mieux comprendre son élaboration, il est intéressant de revenir sur l’étymologie des mots. « Terrorisme » dérive du latin « terror » : le terroriste agit donc pour terroriser et faire peur. « Fanatisme » provient, quant à lui, de fanaticus. Il renvoie directement au temple fanum. Il signifie littéralement « être possédé » ou encore « en délire ». La notion de temple nous ramène ici à celle du sacré qui signifie « ce qui est initié pour le rite » en sanskrit et « rendre inviolable et interdit » en latin sancio (sacer).  À partir de cette étymologie, je peux donc formuler une définition plus claire. Le fanatique est un individu en délire, possédé par une puissance sacrée qui le rend inviolable, auquel il a été initié par un rite dans un lieu interdit aux profanes. Cette initiation lui confère un pouvoir, celui de parler et d’agir au nom du sacré. Dans le langage religieux, le sacré est Dieu. Il existe cependant deux types de sacré. Je l’ai longuement expliqué dans mon livre Paul Tillich et l’art expressionniste et dans le chapitre consacré au leadership dans mon dernier ouvrage Le leadership de l’amour.

Pour bien comprendre l’expression de Dieu, il faut revenir sur la distinction entre la croyance et la foi. La croyance consiste à croire que Dieu existe. Elle investit le croyant d’une mission dans laquelle celui-ci croit détenir la vérité puisqu’il la reçoit directement de Dieu. Au contraire, la foi consiste à croire que Dieu donne la vie ; elle renvoie l’homme à son humanité première. Elle le soumet au principe originel selon lequel, provenant de la poussière, il retournera à l’heure de sa mort à la poussière. Nous pouvons donc distinguer deux types de sacré : le sacré démonique (croyance) et le sacré (foi). Ainsi, lorsque le croyant fanatique tue au nom de Dieu, il développe une forme de violence démonique niant l’humanité à laquelle il appartient en se pensant au-dessus des autres individus de la communauté humaine. Il se fait l’égal de Dieu. Il appartient à un groupe de privilégiés en relation directe avec Dieu. La foi, quant à elle, engendre un sentiment d’humilité provenant de la prise de conscience même de la petitesse de l’Homme vis-à-vis de Dieu. Il est inférieur et soumis à Dieu. L’Homme de foi a pleinement conscience qu’il appartient à une même communauté humaine dans laquelle toutes et tous sont sœurs et frères en humanité. La foi ne peut pas engendrer le fanatisme mais l’acceptation et la reconnaissance que nous appartenons tous à un même fondement sacré qui nous unit : le pouvoir des origines, le principe originel, l’inconditionné, le grand architecte…ce que nous appelons Dieu. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le Coran signifie littéralement « récitation » et « soumission » (aslama).

Les attentats de Paris en date du 13 novembre 2015 revendiqués par Daesh sont le résultat horrible et malheureux de terroristes djihadistes et fanatiques musulmans. Tout d’abord, il s’agit d’un tout petit nombre de croyants appartenant à un islam radical. Il ne faudrait donc pas laisser croire aux occidentaux que l’ensemble de la communauté musulmane s’identifie à ce fanatisme. Ensuite, certes Daesh s’est constitué en 2006 pour combattre au nom d’Allah et réhabiliter un islam confessionnel et non laïc au sein des pays arabo-musulmans. Mais il y a deux autres raisons dont les occidentaux se gardent bien de rappeler les fondements : la lutte contre l’expansionnisme néolibéral occidental issu du processus de colonisation dont Daesh refuse le modèle de par sa filiation avec Al-Qaïda ; et le combat contre un Occident imposant ses règles géopolitiques dans cette région depuis plus de 150 ans pour profiter des avantages liés au pétrole. Cela nous démontre que la religion ne détient pas le monopole de la croyance. Toutes les croyances politico-socio-économiques (nazisme, marxisme et néolibéralisme à titre d’exemple), athée, agnostique et religieuses laissant supposer à leurs adeptes qu’ils détiennent la vérité sont fanatiques et dangereuses pour l’humanité. Lorsque l’Occident déclare la guerre à d’autres civilisations pour des raisons démocratique et économique, il le fait au nom de sa vérité. Il faut donc bien comprendre que l’expansionnisme et le néolibéralisme apparaissent aux membres de Daesh comme un fanatisme inacceptable. Le fanatisme, et le terrorisme qui l’accompagne, est donc le résultat de communautés qui croient recevoir la vérité d’un dieu qu’ils imaginent, idéalisent et idolâtrent. Ils prétendent parler au nom de ce dieu qui n’existe pas.

La seule vérité qui soit est que nous sommes toutes et tous mortels. C’est l’angoisse de cette mort qui terrorise le fanatisme et le fait agir de manière si violente. La foi consiste à accepter cette mort. Elle nous invite à reconnaître que  nous provenons tous d’un même fondement originel au-delà de nos différences culturelles. Elle naît donc d’une prise de conscience que nous sommes tous, dans le monde entier, sœurs et frères en humanité. Son contraire est l’ignorance : se permettre de juger en croyant tout savoir de la réalité d’une situation et être convaincu que nous avons raison. Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2015, la France a répondu au terrorisme et au fanatisme de Daesh en bombardant l’une de ses bases stratégiques en Syrie. Etait-ce la bonne réponse sachant que l’Occident porte une partie importante de la responsabilité de ce qui se déroule au Proche-Orient ? C’était, en tout cas, une réponse de démonstration de force pour montrer que la France n’avait aucune intention de se laisser faire en acceptant, sans agir, le fanatisme de Daesh dans son pays. Le 16 novembre, François Hollande réunissant le Congrès a officiellement déclaré la guerre au terrorisme djihadiste. Une nouvelle guerre sournoise commence. La réponse à la violence par la violence conduit à la violence. Bienvenue aux générations futures dans un monde où l’histoire de l’humanité démontre, de manière déplorable, que l’être humain est incapable de générer la paix sur le moyen – long terme. L’histoire humaine est une succession de guerres. Et malheureusement, cela ne va pas s’arranger, je vois mal comment nous pourrions modifier un comportement compulsif et répétitif de 5000 ans d’histoire.

 

 God puts fanaticism to the test

New attacks have occurred in recent days in Paris, a challenge of terrorism and contempory fanaticism. To better understand its development, we need to go back to the etymology of words. « Terrorism » is derived from the Latin word « terror »: the terrorist therefore terrorizes and sows fear. « Fanaticism » meanwhile, comes from fanaticus. It refers directly to the fanum temple. It literally means « to be possessed » or « delirious ». The concept of temple here leads us back to the meaning of the sacred « that which is initiated to the rite » in Sanskrit and « to make inviolable and prohibit » in Latin Sancio (sacer). From this etymology, I can therefore formulate a clearer definition. The fanatic is a delerious individual, possessed by a sacred power that makes him inviolable, to which has been initiated by a rite in a place forbidden to the profane. This initiation bestows unto him a power, the power to speak and act on behalf of the sacred. In religious language, the sacred is God. However, there are two types of sacred. I explained this at length in my book Paul Tillich et l’art expressionniste and in the section on leadership in my latest book The leadership of love.

To understand the expression of God, we need to go back to the distinction between belief and faith. Belief is to believe that God exists. It invests the believer with a mission in which he believes he holds the truth as he receives it directly from God. On the other hand, faith is believing that God gives life; taking man back to the very beginnings of humanity. It submits him to the original principle that he comes from dust and at the time of his death he will return to dust. So we can distinguish two kinds of sacred: the demonic sacred (belief) and the sacred (faith). Thus, when the fanatical believer kills in God’s name, he develops a demonic form of violence denying humanity to which he belongs by thinking himself above the other individuals of the human community. He is equal to God. He belongs to a group of privileged ones having a direct relationship with God. Faith, on the other hand, creates a sense of humility from being aware of the smallness of man in front of God. He is inferior and subjected to God. The man of faith is fully aware that he belongs to the same human community in which each and everyone are brothers and sisters in humanity. Faith cannot generate fanaticism but acceptance and recognition that we all belong to the same sacred foundation that unites us: the power of the origins, the original principle, the unconditioned, the great architect … he that we call God. Incidently, it is not for nothing that the Koran literally means « recitation » and « submission » (aslama).

The attacks in Paris dated 13 November 2015 claimed by Daesh (ISIS) are a horrible and unfortunate result of jihadi terrorists and Muslim fanatics. First of all, it is about a very small number of believers belonging to radical Islam. So we should not allow ourselves to believe that the entire Western Muslim community identifies itself with this fanaticism. Then, Daesh was formed in 2006 to fight in the name of Allah and rehabilitate a religious and non-secular Islam in Arab-Muslim countries. But there are two other reasons which Westerners should be careful to remind themselves regarding its foundations: the fight against the Western neoliberal expansionism from the colonization process which refuses the Daesh model by its affiliation with al-Qaeda; and the battle against a West which has been imposing its geopolitical rules in this area for over 150 years to take advantage of oil-related benefits. This shows us that religion does not have the monopoly of belief. All political and socio-economic beliefs (Nazism, Marxism and neo-liberalism as an example), atheist, agnostic and religious which let their followers suppose they hold the truth are fanatical and dangerous for mankind. When the West declares war on other civilizations for democratic and economic reasons, it does so on behalf of its truth. We must therefore understand that expansionism and neo-liberalism appears to members of Daesh as unacceptable fanaticism. Fanaticism and terrorism that accompanies it, is therefore the result of communities who believe they receive the truth of a God they imagine, idealize and idolize. They claim to speak in the name of a god that does not exist.

The only truth is that we are all mortal, one and all. It is the fear of death that terrorizes fanaticism and makes it act in such a violent manner. Faith is to accept death. It makes us see and recognize that beyond our cultural differences we all come from the same original foundation. From there which is born an awareness that we are all, all around the world, sisters and brothers in humanity. Its opposite is ignorance: to allow onself to judge, believing to be all knowing of the reality of a situation and being convinced that one is right. On the night of November 15 to 16 2015, France responded to Daesh terrorism and fanaticism by bombing one of its strategic bases in Syria. Was that the right answer knowing that the West bears a large part of the responsibility for what is happening in the Middle East? It was, anyway, a demonstration of force in response to show that France had no intention to let it go by accepting, without action, the fanaticism of Daesh in its own country. On November 16, François Hollande attended the Congress and officially declared war on jihadist terrorism. A new sneaky war begins. The answer to violence with violence leads to violence. So welcome to future generations in a world where history demonstrates, deplorably, that the human being is unable to generate peace in the medium – long term. Human history is a succession of wars. And unfortunately, this will not sort itself out, I cannot see how we could change a compulsive and repetitive behavior that has been going on in 5000 years of history.

 

Il fanatismo a prova di Dio

I nuovi attentati, avvenuti in questi ultimi giorni a Parigi, interpellano sul fanatismo e sul terrorismo contemporanei. Per comprendere meglio come si producono, è interessante dare uno sguardo all’etimologia delle parole. Terrorismo deriva dal latino terror: il terrorista agisce quindi per terrorizzare e per fare paura. Fanatismo deriva invece dal latino fanaticus. Rinvia direttamente al sostantivo fanum: il tempio. Essere fanatico significa letteralmente “essere posseduto”, o ancora “delirante”. La nozione di tempio ci porta a quella di sacro che significa “iniziato attraverso il rito” in sanscrito e “rendere inviolabile e proibito”, in latino sancio (sacer). Partendo da questa etimologia, posso tentare di formulare una definizione più chiara. Il fanatico è un individuo delirante, posseduto da una potenza sacra che lo rende inviolabile, alla quale è stato iniziato attraverso un rito in un luogo proibito ai profani. Questa iniziazione gli conferisce un potere, parlare e agire in nome del sacro. Nel linguaggio religioso, il sacro è Dio. Esistono due tipi di sacro…ho a lungo spiegato queste differenze nel mio libro Paul Tillich e l’arte espressionista e nel capitolo consacrato alla leadership nella mia ultima opera La leadership dell’amore.

 Per capire meglio la definizione di Dio, è necessario distinguere credenza e fede. La credenza consiste nel credere che Dio esista, ciò investe il credente di una missione nella quale egli è convinto di detenere la verità poiché l’ha ricevuta direttamente da Dio. Al contrario la fede implica la certezza che Dio doni la vita; si rifà all’uomo e alla sua umanità atavica. Lo sottomette al principio originale secondo cui, provenendo l’uomo dalla polvere, egli ritornerà polvere nell’ora della sua morte. Possiamo perciò distinguere due tipi di sacro: il sacro demonico (la credenza) e il sacro (fede). Quando il credente fanatico uccide in nome di Dio, manifesta quindi una forma di violenza demonica che nega l’umanità di cui è membro, pensando al di sopra degli altri individui della comunità. Agisce come se fosse al pari di Dio, appartiene ad un gruppo di privilegiati che immagina di essere in relazione diretta con Lui. La fede, al contrario, genera un sentimento di umiltà che proviene proprio dalla presa di coscienza della propria limitatezza rispetto a Dio. L’uomo di fede è inferiore e sottomesso a Dio. L’uomo di fede è consapevole di fare parte di un’unica comunità umana nella quale siamo tutti fratelli e sorelle. La fede non può generare il fanatismo ma l’accettazione e il riconoscimento che siamo tutti legati dal medesimo imprescindibile fondamento sacro: il potere delle origini, il principio originale, l’incondizionato, il grande architetto…colui che chiamiamo Dio. D’altra parte, non è per nulla che la parola Corano significa letteralmente “recitazione liturgica, lettura ad alta voce” e “sottomissione” (aslama).

Gli attentati di Parigi del 13 novembre 2015 rivendicati dallo Stato Islamico sono il risultato orribile e nefasto del terrorismo jihadista e fanatico musulmano. Prima di tutto, si tratta di un piccolo numero di credenti appartenenti ad un islam radicale. Non si dovrebbe quindi far credere agli occidentali che la comunità musulmana si identifichi in questo fanatismo. Secondariamente, lo Stato Islamico si è costituito nel 2006 per combattere in nome di Allah e riabilitare un islam confessionale e non laico in seno ai paesi arabo-musulmani. Ci sono però altre due ragioni che l’Occidente si guarda bene dal ricordare: la lotta contro l’espansionismo neoliberale occidentale, che affonda le sue radici nel processo di colonizzazione portatore di un modello che lo Stato Islamico rifiuta in quanto affiliato ad Al-Qaïda; e il combattimento contro un Occidente che impone le sue regole geopolitiche in questa regione da oltre 150 anni per approfittare dei vantaggi legati al petrolio. Questo ci dimostra che la religione non detiene il monopolio della credenza. Ogni credenza politica, sociale, o economica che sia, (nazismo, marxismo o neoliberalismo a titolo d’esempio), atea, agnostica o religiosa, lasciando supporre agli adepti di essere detentori della verità, è comunque potenzialmente fanatica e pericolosa per l’umanità. Nel momento in cui l’Occidente dichiara guerra ad altre civiltà per delle ragioni democratiche ed economiche, lo fa in nome della sua verità. Sarebbe dunque importante capacitarsi del fatto che l’espansionismo e il neoliberismo sono a loro volta percepiti dai membri dello Stato Islamico come un fanatismo inaccettabile. Il fanatismo e il terrorismo sono il risultato scaturito dalla credenza di ricevere una verità da un dio che viene immaginato, idealizzato e idolatrato. Si ha la pretesa di parlare in nome di questo dio che non esiste.

La sola verità indiscutibile è che siamo tutti e tutte mortali. È l’angoscia di questa morte che terrorizza il fanatismo e lo fa agire in maniera così violenta. La fede consiste nell’accettare questa morte. Ci invita a riconoscere che proveniamo tutti da uno stesso fondamento originale al di là delle nostre differenze culturali. Nasce da una presa di coscienza che siamo fratelli e sorelle nella nostra umanità. Il suo contrario è l’ignoranza: essa si permette di giudicare credendo di sapere tutto della realtà di una situazione, l’ignoranza scaturisce dalla convinzione di avere ragione. Nella notte tra il 15 e il 16 novembre 2015, la Francia ha risposto al terrorismo e al fanatismo dello Stato islamico bombardando una delle sue basi strategiche in Siria. Era la giusta risposta sapendo che l’Occidente ha una parte importante di responsabilità di quanto avviene in Medio-Oriente? In ogni caso, era una risposta mirata a dimostrare che la Francia non ha alcuna intenzione di lasciarsi intimorire accettando senza agire il fanatismo dello Stato Islamico nel proprio territorio. Il 16 novembre Francois Hollande riunendo il Congresso ha ufficialmente dichiarato guerra al terrorismo jihadista. Una nuova guerra ipocrita comincia. La risposta alla violenza con la violenza conduce ad altra violenza. Siano benvenute le generazioni future nel mondo dove la storia dell’umanità prova in maniera deplorevole, che l’essere umano è incapace di mantenere la pace a medio-lungo termine. Le vicende umane sono un susseguirsi di guerre. Sfortunatamente, sembra non esserci alcun rimedio, stento a prevedere una trasformazione di questo comportamento compulsivo e ripetitivo che ha 5.000 anni di storia.

 

 

Volkswagen, la voiture du peuple ou le scandale allemand ?

Par Emmanuel Toniutti

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Selon la presse allemande, la tricherie qui aurait été conçue il y a plus de huit ans aurait été connue de nombreux dirigeants de l’entreprise. Et oui même les allemands, que nous savons disciplinés, sérieux, respectueux de l’ordre et des procédures, ne sont pas infaillibles. Jusque-là Volkswagen, c’était « Das Auto ».

Des tests anti-pollution truqués pour vendre plus de voitures ! Un fournisseur, Bosch, qui aurait fourni le logiciel pour des essais et aurait averti des risques de tricherie encourus par son utilisation ! Onze millions de véhicules concernés, vingt-neuf milliards de dollars de perte de valeur en bourse en dix jours et dix-huit milliards de dollars de dommages et intérêts potentiels à payer aux USA, voilà ce que pourrait coûter cette petite folie non éthique. Un bel exemple qui exprime comment une stratégie court terme obsédée par l’argent peut ruiner une réputation et une action sur son marché en très peu de temps.

Mais qui est responsable ? La pensée néolibérale ambiante qui a soumis le marché à la dictature de la création de valeur actionnariale depuis le début des années 1980 ? Des dirigeants esclaves des exigences des actionnaires, des fonds d’investissement et des fonds de pension ? Des décideurs dans l’incapacité d’exercer leur liberté de conscience dans la prise de décision ? Pourtant le cadre de référence de Volkswagen est clair : trois piliers (responsable, tournée client, performance) et cinq valeurs (respect, convivialité, engagement, créativité, simplicité). Celui-ci définit consciencieusement la culture de l’entreprise Volkswagen mais n’a pourtant pas empêché l’erreur fatale. Cela nous rappelle d’autres cas de la même espèce : Enron, Andersen, Lehman Brothers, UBS, Wegelin, Parmalat, Siemens, Nike, Apple…et tant d’autres.

Je retiens deux leçons du cas Volkswagen. La première, l’être humain est un animal en danger de mort permanente ; sous pression, l’angoisse inconsciente active naturellement son inconscient reptilien et sa peur de manquer. Il a dans ce cas une tendance naturelle à vouloir accumuler car cela le rassure. L’argent devient alors une obsession qui a pour objectif de le protéger de l’angoisse de mourir. Tous les moyens sont bons pour survivre. La deuxième, l’exercice de la responsabilité n’est pas naturel. Il ne suffit pas de définir un cadre de référence vertueux encore faut-il que les dirigeants et les managers s’entraînent continuellement à le mettre en pratique dans leurs décisions et leurs plans d’action. Sans cette phase d’entraînement en amont, les piliers et les valeurs sont de belles paroles inscrites dans le marbre du hall du siège social de l’entreprise et restent lettre morte.

Nous, les êtres humains, sommes tous faillibles, nous ne sommes pas des êtres parfaits. Mais sous stress nous croyons tous par vanité, cupidité et orgueil, que l’argent peut nous sauver de la mort. Au contraire, l’argent nous éloigne de nous-mêmes, son obsession nous conduit à imaginer ce que nous ne sommes pas, des petits dieux immortels. Nous nous mentons à nous-mêmes, l’argent ne nous sauve pas. S’il peut durant un temps nous illusionner sur notre destin, il repousse l’échéance jusqu’au jour où notre vie nous convoque devant la vérité de ce que nous sommes : rien. Comme le dit l’évangile de Jean, nous sommes tous égaux, « le maître n’est pas plus grand que le serviteur, le serviteur pas plus grand que le maître ».

Le scandale Volkswagen n’est que la suite d’une répétition de cas qui se sont déjà produits et d’une autre suite de cas à venir si nous ne prenons pas en considération le fait que la mise en pratique des valeurs dans l’entreprise n’est pas naturel. Nous pouvons en faire un outil de leadership à cette seule condition de nous entraîner, à travers la simulation de cas de crises potentielles, à les mettre en œuvre du mieux que nous pouvons pour le bien commun de l’entreprise et du monde dans lequel nous vivons.

Sommes-nous victimes de mensonge et de manipulation ou pouvons-nous croire à un vrai changement pour le futur ? Les grandes entreprises se soucient-elles vraiment de la pollution et du réchauffement climatique ou s’intéressent-elles seulement à leur intérêt financier égoïste immédiat ? N’y-aurait-il pas maintenant urgence à réagir pour développer une autre vision dans le monde des affaires ?

 

Volkswagen, the people’s car or a German scandal?

According to the German press the cheating that had been committed more than 8 years ago would have been known to many of its company executives. And yes even the Germans that we know of as being disciplined, serious, respectful of order and procedures are not infallible. Up until now, Volkswagen was « Das Auto ».

 

Faked pollution tests to sell more cars! A supplier, Bosch, which would have provided the software for testing and had warned of the risks of cheating in its use! Eleven million vehicles concerned, twenty-nine billion dollars in stock market value loss in ten days and eighteen billion dollars in potential damages and interest to pay in the US, this is what this little unethical madness could cost. A great example that shows us just how a short-term strategy of being obsessed with money can ruin a reputation and market share, all in a very short time.

But who is responsible? Is it the reigning neoliberal thinking that has submitted the market to the dictatorship of the creation of shareholder value since the early 1980s? Leaders enslaved to the demands and requirements of shareholders, investment and pension funds? Leaders unable to exercise their freedom of conscience in their decision making? Yet the Volkswagen mission framework is clear: three pillars (responsible, customer rounds and performance) and five values (respect, friendliness, commitment, creativity and simplicity). This carefully defines the culture of the Volkswagen company, but did not prevent the fatal error. This reminds us of other cases of the same sort: Enron, Andersen, Lehman Brothers, UBS, Wegelin, Parmalat, Siemens, Nike, Apple and many more…

I draw two lessons from the Volkswagen case. The first, the human being is an animal in danger of permanent death; under pressure, the unconscious anxiety which naturally activates his reptilian unconscious and his fear of missing out. It has in this case a natural tendency to accumulate as it reassures. Money becomes an obsession that aims to protect from the anguish of death. All means are good to survive. The second, the exercise of responsibility is not natural. It is not enough to define a virtuous framework. Leaders and managers need continually to be trained to put it into practice in their decisions and action plans. Without an upstream training phase, pillars and values are fine words inscribed in the marble of company lobbies and head office receptions, that lay unheeded.

We human beings are all fallible, we are not perfect. But under stress we all believe in vanity, greed and pride that money can save us from death. Instead, the money takes us away from ourselves, its obsession leads us to imagine what we are not, little immortal gods. We lie to ourselves, money cannot save us. If it can for a time deceive us about our fate, it pushes the deadline of our calling, when our life calls us to the truth of what we are: nothing. In the words of John’s Gospel, we are all equal, « the master is not greater than the servant, the servant not greater than the master. »

The Volkswagen scandal is only the result of a repetition of cases that have already occurred and another series of those to come if we do not take into account the fact that the implementation of values ​​in the company is not natural. We can make of this a leadership tool on the sole condition of training us, through the simulation of cases of potential crises, to implement these values as best we can for the common good of the company and the world we live in.

Are we victims of lies and manipulation, or can we believe in real change for the future? Large companies do they really care about pollution and global warming, or are they only interested in their immediate selfish financial gain? As of today, is there no urgency to act now to develop another vision of the business world?

 

 

 

Volkswagen, la macchina del popolo oppure lo scandalo tedesco?

Secondo la stampa tedesca, questa truffa sarebbe stata progettata più di otto anni fa, e ne sarebbero stati a conoscenza numerosi dirigenti d’impresa. Ebbene sì, anche i tedeschi, che conosciamo come disciplinati, seri, rispettosi dell’ordine e delle procedure, non sono infallibili. Fino a questo momento Volkswagen, era “Das Auto”.

Dei test anti inquinamento truccati per vendere più automobili! Un fornitore, Bosch, avrebbe fornito il software per le prove e avrebbe avvertito dei rischi possibili di incorrere nel reato di frode attraverso il suo utilizzo. Undici milioni di veicoli interessati, ventinove miliardi di dollari di perdita di valore in borsa in dieci giorni e diciotto miliardi di dollari in danni e interessi potenziali da pagare agli Stati Uniti, ecco cosa potrebbe costare questa piccola follia non etica. Un bell’esempio che mostra chiaramente come una strategia a breve termine ossessionata dal denaro possa rovinare una reputazione e le quote in borsa di un’azienda in pochissimo tempo.

Ma chi è responsabile ? L’attuale ideologia neoliberale, che ha sottomesso il mercato alla dittatura della creazione di valore azionario a partire dagli inizi degli anni ’80? I dirigenti schiavi delle esigenze degli azionisti, dei fondi di investimento e dei fondi pensione? I politici incapaci di esercitare la loro libertà di coscienza nella presa di decisione? In ogni caso, il quadro di riferimento di Volkswagen è chiaro: tre pilastri (strategia responsabile, tale strategia è orientata alla soddisfazione del cliente, ed è efficace) e cinque valori (rispetto, convivialità, impegno, creatività, semplicità). Tutto ciò definisce consapevolmente la cultura d’impresa Volkswagen ma non ha tuttavia impedito l’errore fatale. Questo episodio ci ricorda altri casi dello stesso tipo: Enron, Andersen, Lehman Brothers, UBS, Wegelin, Parmalat, Siemens, Nike, Apple…e molti altri.

Possiamo imparare due lezioni dalla vicenda Volkswagen. La prima, l’essere umano è un animale e si sente perennemente in pericolo di morte; sotto pressione, l’angoscia incosciente viene attivata naturalmente dal cervello rettile, e fa emergere la paura di perdere. In questi casi, c’è una tendenza naturale a voler accumulare, nel tentativo di sentirsi rassicurati. Il denaro diventa allora un’ossessione che ha come obiettivo quello di proteggerci dall’angoscia di morire. Ogni mezzo è buono per sopravvivere. La seconda lezione consiste nell’ennesima conferma che l’esercizio della responsabilità non è affatto naturale. Non è sufficiente definire un quadro di riferimento virtuoso, è necessario che dirigenti e manager si allenino di continuo a metterlo in pratica nelle loro decisioni e piani di azione. Senza questa fase di esercitazione a monte, pilastri e valori non sono nient’altro che belle parole, esposte talvolta sui muri d’ingresso delle sedi sociali delle aziende e restano lettera morta.

Noi, esseri umani, siamo tutti fallibili, non siamo esseri perfetti. Tuttavia, quando siamo sotto stress, crediamo tutti, per vanità, per cupidigia e orgoglio, che il denaro possa salvarci dalla morte. Al contrario, il denaro ci allontana da noi stessi, la sua ossessione ci conduce a immaginare ciò che non siamo, piccoli dei immortali. Mentiamo a noi stessi, il denaro non ci salverà. Forse può, per un certo periodo, illuderci a proposito del nostro destino, esso può semplicemente rimandare il momento in cui nella nostra vita saremo convocati di fronte alla verità di ciò che siamo: nulla. Come recita il Vangelo di Giovanni, siamo tutti uguali, “il maestro non è più grande del servo, il servo non è più grande del maestro”. Lo scandalo Volkswagen, non è che il risultato di una ripetizione di situazioni che si sono già verificate, e altre ancora ne verranno se noi non iniziamo a prendere in considerazione il fatto che la messa in pratica dei valori dell’impresa non è naturale. Tali valori, possono rappresentare uno strumento di leadership alla sola condizione di allenarci, attraverso la simulazione di casi di crisi potenziali, a metterli in opera facendo del nostro meglio per il bene comune dell’impresa e per il mondo in cui viviamo.

Siamo vittime della menzogna e della manipolazione o possiamo credere ad un vero cambiamento per il futuro ? Le grandi imprese si preoccupano veramente dell’inquinamento e del riscaldamento globale o si interessano solo al proprio interesse finanziario egoista e immediato ? Non ci sarebbe a questo punto un’urgenza a reagire per sviluppare un’altra visione nel mondo degli affari ?

 

Où sont nos leaders ?

Par Emmanuel Toniutti

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 Le leadership nécessite avant tout de croire en soi et à ce que nous entreprenons. Comment donner du sens, affronter les crises, conduire les conflits et s’adapter au changement si ce n’est par la confiance que nous avons en nous-mêmes ? La confiance ne se décrète pas, elle se construit. Elle est le résultat de la capacité personnelle à accepter ses faiblesses, à assumer ses forces et à savoir intégrer ses propres doutes. À partir de là, nous pouvons bâtir une équipe solide avec laquelle nous allons, en commun, partager des valeurs humaines fortes, identifier une vision du futur réaliste et ambitieuse, définir des objectifs stratégiques clairs à atteindre sur un temps défini, mettre en place des règles de fonctionnement simples et efficaces mais aussi évoquer les doutes qui nous traversent. Ces conditions réunies, nous serons en mesure de transmettre du sens, traverser ensemble les difficultés auxquelles nous serons confrontés et prendre les décisions qui s’imposent en face des situations délicates. La réalité est cependant loin de la théorie. Où sont nos leaders ? Nos meneurs ? Nos chefs de meute ? Ils sont malheureusement souvent très loin du terrain, très éloignés des problématiques que leurs managers et leurs collaborateurs ont à gérer au quotidien, satellisés dans les sphères du pouvoir et de l’argent.

En règle générale, toutes cultures confondues, l’absence des leaders sur le terrain peut essentiellement provenir de trois facteurs : soit ils manquent cruellement de réalisme, soit ils n’osent pas dire la vérité par lâcheté ou bien par peur du résultat de l’effet de cette vérité sur les personnes, soient ils sont impuissants. Comme nous le rappelle Aristote dans son Éthique à Eudème, le courage est le juste équilibre entre la lâcheté et la témérité. Il existe beaucoup de lâches, de nombreux téméraires et peu de courageux. Le courage n’est pas naturel à l’être humain. Il se construit, il demande entraînement, accompagnement, confrontation à ce que nous n’aimons pas de nous-mêmes et des autres. Bien que chacun de nous puisse être courageux, la lâcheté et la témérité sont souvent le résultat d’un manque de réalisme. Afin de comprendre pourquoi nous manquons cruellement de leaders aujourd’hui, il nous faut donc regarder la réalité de l’environnement mondial dans lequel ils évoluent quotidiennement.

Sur le plan politique, les États sont soumis au pouvoir de la finance, des banques et des fonds d’investissement. Ce sont le Fonds Monétaire International et la Banque Centrale Européenne pour ce qui concerne l’Occident qui, à titre d’exemple, décident pour les États européens. Et ceux-ci, plongés dans une situation complexe difficile, gèrent leurs finances sans être en mesure de réduire leurs déficits. La question leur est posée de partager équitablement les ressources. Les déficits étatiques sont le résultat du gaspillage et des acquisitions inutiles qui servent le pouvoir et la réélection de certains à défaut de servir, comme il se devrait, le citoyen.

Sur le plan économique, les entreprises sont soumises à la dictature de la finance ultralibérale d’origine américaine et des grands groupes financiers et industriels qui fonctionnent sous forme de monopoles, imposant leurs règles de fonctionnement à leurs fournisseurs et à leurs clients. Le retour sur investissement à deux chiffres est devenu une obsession, voire une quête mythique. Nos dirigeants osent nous parler de reprise de la croissance. Mais la vérité est que la croissance, telle que nous l’avons connue jusqu’à aujourd’hui en Occident, est terminée. Nous avons atteint le maximum de nos possibilités de développement actuel. Il va falloir nous orienter différemment pour le futur. La vérité est que nous avons privilégié de manière généralisée le modèle de création de valeur pour l’actionnaire en oubliant que toute entreprise et organisation se constituent d’abord pour créer de la valeur pour le client. Nous avons détruit nombre de nos potentialités créatrices. En ce sens, la crise des subprimes de 2008, bien qu’il fût enseigné dans toutes les Grandes Écoles que la crise systémique était impossible, nous a montré les limites d’un système valorisant essentiellement le critère de réussite de l’argent.

Sur le plan social, nous voyons se dessiner un fossé grandissant entre les populations de classes riches et celles moyennes et pauvres. Cette situation est le terreau de la colère et du désespoir. Ces sentiments ne peuvent avoir que deux issues : renoncer au combat pour la vie ou se révolter. Le « printemps arabe » dans les pays arabo-musulmans, le courant des « indignés » en Europe, « Occupy Wall Street » à New York et « Occupy Central » à Hong Kong  ont été, à titre d’exemple, l’une des formes de cette révolte laissée jusqu’ici inachevée. Dans un autre registre, toujours dans le domaine social et même si cela aura des conséquences de bien-être probable pour le futur, la révolution digitale impose une accélération du rythme de vie considérable sur lequel les entreprises ont du mal à bâtir des nouveaux modèles de management qui permettent de maintenir un certain équilibre entre la performance économique et le respect de l’être humain. L’augmentation du stress fait croître le nombre potentiel de dépressions.

Sur le plan géopolitique, la Chine a définitivement pris le chemin du leadership mondial, détenant plus de 30% des bons du trésor américain. Même si la Chine sera traversée par les turbulences d’un pays dont la croissance va commencer à diminuer, elle a réussi à convaincre il y a un an ses partenaires russe, indien et brésilien de créer la Nouvelle Banque de Développement pour concurrencer stratégiquement le Fonds Monétaire International. Elle va désormais poursuivre et finaliser sa colonisation financière de l’Occident, savamment ébauchée depuis l’ouverture de la Chine au capitalisme au début des années 1990 selon les règles précises de l’art de la guerre. Toutefois, le ralentissement de son économie démontre qu’il n’y a pas, du point de vue du leadership mondial, de héros invulnérable.

Sur le plan de la religion, la montée en puissance des extrémismes radicaux en tout genre souligne le retour du sacré sous sa forme violente et démonique indiquant une recherche de sens désespérée de l’être humain du point de vue spirituel. L’Occident a pour sa part fait d’un courant de l’Islam son bouc émissaire. La chute des tours du World Trade Center à New-York en 2001 a précipité l’entrée dans un conflit violent latent depuis des siècles. La constitution d’un État islamique pourrait être interprétée comme le résultat de la prétention américaine à vouloir à tout prix instaurer une démocratie inspirée du christianisme puritain calviniste totalitaire. Dans le domaine de la religion, les inconscients collectifs qui se réveillent aujourd’hui sous la forme du radicalisme sont le résultat de l’histoire. La négation des différences culturelles, à travers la mise en place d’un modèle religieux universel appelé mondialisation, conduit nécessairement à la révolte identitaire. Le système de la mondialisation est en effet le résultat de la mise en œuvre de la croyance selon laquelle les États-Unis ont pour mission, selon le plan de Dieu sur l’humanité, de sauver le monde. Il s’agit d’une croyance combinant religion et capitalisme néolibéral qui a pour objectif de convaincre les États qu’elle est le remède à tous les maux, sans distinction sur le plan culturel.

Sur le plan de la défense, les américains surveillent l’ensemble de la planète à travers leur programme de la NSA et leurs outils de médias sociaux dédiés à envahir le marché du village mondial. Il y a là un enjeu militaire, économique et d’opportunités d’affaires dont seuls les chinois ont bien compris les tenants et les aboutissants en créant leurs propres outils numériques et digitaux sociaux de surveillance. Les russes se sont concrètement ralliés à leur pouvoir. De leur côté, les Européens rêvent doucement, voire béatement, d’un traité transatlantique qui réglerait le problème de la cyberdéfense et de la croissance. De ce point de vue, l’Europe est devenu l’otage des américains. Cela pose la question du respect du droit et des règles à la concurrence dont le marché sait bien qu’il est régulièrement bafoué par tout un chacun.

Enfin, sur le plan environnemental, nos industries qui n’ont cessé de fabriquer des produits et services dont les départements de marketing se sont saisis pour mieux nous vendre tout ce dont nous n’avions pas besoin, ont pollué la planète et nos cerveaux. Aucun accord de mise en œuvre réelle d’une politique mondiale qui consisterait à réduire les effets négatifs de nos modes de fonctionnement sur la planète n’a été concrètement mis en pratique à ce jour. À titre d’exemple, la conférence sur le climat (COP 21) qui aura lieu en France en fin d’année 2015 constitue une chance extraordinaire pour les leaders de démontrer qu’ils ont le courage nécessaire de changer le monde.

Et pourtant, au-delà de ce tableau noir de la réalité, il existe partout sur le terrain des potentialités créatrices de développement émergeant de personnes et de petites communautés exceptionnelles. Les nouvelles générations s’adaptent différemment, elles ne manquent pas d’idées et fonctionnent déjà sous un mode de rejet tribal de la société de globalisation. Les réseaux sociaux démultiplient les possibilités d’expansion du savoir culturel, ils mobilisent une intelligence collective, des modèles d’économie collaborative, sociale et solidaire. Certaines entreprises créent de nouveaux modèles de leadership éthique et responsable respectueux de la nature et de l’être humain. Plusieurs ont déjà, avec urgence, envisagé une croissance différente intégrant une économie revue et corrigée misant sur les technologies vertes, sur l’imposition d’un prix sur le carbone et sur l’entrepreneuriat social. Une partie de l’humanité croit en l’humanité. Mais la majorité de nos leaders actuels ne croient pas en l’humanité. Ils croient en leur réussite, en leur réélection, en leur performance. Ils croient aux cours de bourse. Ils se laissent dicter le chemin de l’avenir par la finance.

Un vrai leader ne se laisse rien imposer. Il écoute, il invente, il crée, il oriente, il prend conscience que son rôle est au service du destin de l’humanité. Il dessine un plan de bataille révolutionnaire dont la source émerge de lui-même, de son entourage et d’une énergie créatrice qui lui est donnée pour servir ses citoyens, ses employés, ses semblables. Le leadership ne s’improvise pas, il s’élabore pas à pas, dans la confrontation à soi, aux autres et au monde. La mauvaise connaissance de soi est l’un des échecs majeurs du leadership. Comment nos leaders se préparent-ils à affronter les temps de changement et de mutation qui viennent ? Combien de temps nos leaders consacrent-ils à la conduite de leurs peurs et de leurs angoisses existentielles ? Une tendance générale consiste à croire que le leadership s’exerce à travers la maîtrise de la communication. La meilleure communication qui soit, pour un leader, est de dire la vérité. Leurs conseillers en communication ne vont pas en ce sens. La croissance telle que nous l’avons connue n’est plus possible, la réalité est que nous devons changer nos habitudes de pays riches, habitués à consommer et à gaspiller sans compter, achetant des objets inutiles. Comment redonner le sens commun aux autres si nous ne l’avons pas déjà pour nous-mêmes ? Comment être au service de quelque chose de plus grand que soi, si nous nous centrons sur notre réussite individuelle ? Comment mettre en pratique la solidarité et la loyauté si nous ne développons pas des modèles de leadership participatif et collaboratif ? L’Europe est un bon exemple à ce sujet.

Les institutions européennes coûtent très chères, l’Europe a été construite autour d’un traité économique qui n’a jamais consisté à intégrer les différences culturelles des pays constitutifs comme une richesse, donc l’Europe ne réglera pas le problème des États. L’Europe ne détient pas le leadership sur le monde, ce sont les banques d’affaires, les chinois et les américains. Alors que faire ? Inventer de nouveaux modèles de leadership qui permettent de contrer la puissance des américains et des chinois. Comment ? D’abord, en redéfinissant des valeurs qui s’inspirent de la relecture de nos mythes fondateurs : les spiritualités égyptienne, grecque, latine, chrétienne, celles de la Renaissance, des Lumières et de notre monde moderne, les uns ne devant absolument pas exclure les autres. Puis, en bâtissant des stratégies qui reprennent le chemin délaissé de la création de valeur partenariale dont le modèle s’inscrit dans la relation intime et étroite de service pour le client. Ensuite, en utilisant tous les nos nouveaux moyens de communication nécessaires à la mise en place d’une organisation qui permette de mettre en œuvre ces nouvelles stratégies. Enfin, et c’est là le point crucial manquant du leadership aujourd’hui, en travaillant tant sur le plan individuel que collectif à développer des comportements vertueux cohérents avec nos valeurs. Ces comportements devront être détachés de l’obsession de l’argent, ils devront renouer avec la volonté de remettre le client comme unique source de création de valeur de nos organisations. La performance économique qui en découlera devra être comprise comme une conséquence et non un but.

Le temps n’est plus, ni aux propositions, ni aux négociations, mais à l’action. Le leadership n’est pas une proposition mais une révolte contre l’optimisme irréaliste. Un vrai leader a la capacité à rassembler ceux qui sont prêts à le suivre pour envisager une nouvelle vision pour le monde, pour la mettre en œuvre et redonner ainsi confiance à l’humanité, et ici en l’occurrence à l’Occident. Et là pour le moment, à ce sujet, sur le terrain, très peu de leaders de ce type se font jour. Bergson disait : « le futur ce n’est pas ce qui va se passer mais ce que l’on va faire », je pose la question : qu’allons-nous faire ? Qui va le faire ?

 

Where are our leaders?

 Leadership requires above all to believe in oneself and what one does. How can one make sense, confront crisis, lead conflicts and adapt to change without inner-self confidence? Confidence is not decreed, it is built. It is the result of ones ability to accept ones own weaknesses, to assume ones strengths and to know how to integrate ones own doubts. From therein, we can build a strong team with which, together, we share strong human values, identify a realistic and ambitious vision of the future, set clear strategic objectives over a set time, set up simple and effective rules of operation but also raise any doubts that may come to us. With all these conditions put together, we will be able to convey meaning, through all the challenges we face and take necessary decisions when faced with difficult situations. Reality is far from theory. Where are our leaders? Our leaders? Our pack leaders? Unfortunately they are often very far from the ground, far removed from the issues that their managers and their employees have to deal with on a daily basis. They are in orbit, in the spheres of power and money.

Generally and considering all cultures, the lack of leaders in the field can come primarily from three factors: either they are desperately short of realism, either they do not dare to tell the truth out of cowardice or fear of the consequence of this truth on people or their own person, or they are powerless. As Aristotle reminds us in his Eudemian Ethics, courage is the right balance between cowardice and rashness. There are many cowards, numerous fearless but of courageous only a few. Courage is not natural to the human being. It is built, it requires training, guidance and support, as well as confronting that we do not love in ourselves and others. Although each of us can be courageous, cowardice and recklessness often result from a lack of realism. To understand why we are desperately short of leaders today, we need to look at the reality of the global environment in which they live on a daily basis.

Politically, the States are subject to the power of finance, banking and investment funds. These being the International Monetary Fund and the European Central Bank regarding the West which, for example, decide for the European states. And these, whilst immersed in a difficult and complex situation, manage their finances without being able to reduce their deficits. They are asked to share resources equitably. State deficits are the result of wasteful and needless acquisitions that serve the power and re-election of some whilst failing to serve, as should be the case, the citizen.

On the economic front, companies are subject to ultra-liberal financial dictatorship of US origin and large financial and industrial groups that operate as monopolies, imposing their operating rules on their suppliers and their customers. The double-digit return on investment has become an obsession or even a mythical quest. Our leaders dare talk about growth recovery. But the truth is that growth as we have known up until today in the West is over. We’ve reached the maximum of our possibilities of current development. We’ll have to orient ourselves differently in the future. The truth is that we focused on a widespread value creation model for the shareholder forgetting that every company and organization exists in the first place to create value for the customer. We have destroyed much of our creative potential. In this sense, the subprime crisis of 2008, as was taught in all great schools as being impossible, showed us the limits of a system whose essentially valuing criteria was financial success.

On a social level, we now see a widening gap between the rich, the middle-classes and the poor. This makes a breeding ground for anger and despair. These feelings can have only two outcomes: give up the fight for life or revolt. The « Arab Spring » in the Arab-Muslim countries and the event of  « indignant » in Europe, « Occupy Wall Street » in New York and « Occupy Central » in Hong Kong were, for example, one form of revolt so far left unfinished. On another level, though still in the social field and even if there may be consequences regarding wellbeing for the future, the digital revolution demands an ever quickening speedy pace of life on which companies are struggling to build new models of management that keep the balance between economic performance and respect for the human being. Increased stress is increasing the potential number of depressions.

In geopolitical terms, China has definitely taken the path of global leadership, holding more than 30% of the US Treasury bonds. While China will go through the turmoil of a country whose growth will start to decrease, it nevertheless managed to convince a year ago its Russian, Indian and Brazilian partners to create a New Development Bank to strategically compete with the international Monetary Fund. It will now go on and finalize its financial occupation of the West, so cleverly etched out since the opening of China to capitalism in the early 1990s according to precise rules of warfare. However, its economic slowdown demonstrates that there is no, regarding global leadership, invulnerable hero.

In terms of religion, the rise of radical extremism of all kinds marks the return of the sacred in its violent and demonic form indicating a desperate search for meaning for the human being from a spiritual point of view. The West has made a part of Islam its scapegoat. The fall of the World Trade Center in New York in 2001 precipitated the entry into a violent conflict having being latent for centuries. The establishment of an Islamic state could be interpreted as the result of the US claim to want at all costs to establish a totalitarian democracy inspired by Puritan Calvinist Christianity. In the field of religion, unconscious groups awakening today in the form of radicalism are the result of history. The denial of cultural differences, through the establishment of a universal religious model called globalization unavoidably leads to a revolt of identity. The system of globalization is indeed the result of the implementation of the belief of the US; that their mission according to the plan of God for humanity is to save the world. It is a belief and combining religion with neoliberal capitalism which aims at convincing the States that it is the cure for all ills, indiscriminately, on a cultural level.

Regarding defense, the US monitor the entire planet through their NSA program and their social media tools dedicated to invade the global village market. There are military, economic and business stakes here which only the Chinese have understood the ins and outs of in creating their own digital tools and social digital surveillance. The Russians have in fact rallied to their power. For their part, Europeans quietly or blissfully dreaming, hope for a transatlantic treaty that would solve the problem of cyber defense and growth. From this point of view, Europe has become a hostage of the Americans. This raises the question of respect for law and the rules of competition in which the market is known to be regularly flouted by everyone.

Finally, in environmental terms, our industries that have continued to produce products and services that marketing departments have seized to better sell us what is needless and have polluted the planet and our brains. No actual implementation of a global political agreement that would be to reduce the negative effects of our operating modes on the planet has actually been put into practice so far. For example, the climate conference (COP 21) to be held in France in late 2015 is an extraordinary opportunity for leaders to show that they have the courage to change the world.

Yet beyond this dark picture of reality, there exists everywhere in the field a potential creative development emerging from exceptional individuals and small communities. The new generations are adapting differently, they do not lack ideas and are already operating in a mode of tribal rejection of the globalization of society. Social networks multiply the possibilities of expansion of cultural knowledge, they mobilize collective intelligence of collaborative economic models of social solidarity. Some companies are creating new ethical and responsible leadership models respectful of nature and the human being. Many already have, with urgency, envisaged a different growth economy including revised and corrected focusing on green technologies, on imposing a price on the carbon footprint and on social entrepreneurship. A portion of humanity believes in humanity. But the majority of our current leaders do not believe in humanity. They believe in their success, in re-election and their performance. They believe in the share price. They allow their futures to be dictated by finance.

A true leader never lets anything to be forced upon him. He listens, he invents, he creates, he directs, he realizes that his role is to serve the fate of humanity. He designs a revolutionary battle plan, which comes from himself, those around him and a creative energy that is given to him to serve his citizens, his employees and his equals. Leadership does not just happen, it is about taking the step to confront yourself, others and the world. Poor self-knowledge is one of the major failures of leadership. How do our leaders prepare themselves for the change of time and transfer to come? How long will our leaders spend driving their fears and angst? A general tendency is to believe that leadership is exercised through control of communication. The best communication, for a leader, is to tell the truth. Their communication advisors do not take this direction. Growth as we have known it is no longer possible, the reality is that we must now change our habits of rich nations, accustomed to consume and waste freely and in buying needless items. How to restore common sense to others if we have not already for ourselves? How can one serve something greater than ourselves, if we focus on our individual success? How can one practice solidarity and loyalty if we do not develop participatory and collaborative leadership models? Europe is a good example of this.

The European institutions are very expensive. Europe was built around an economic treaty that has never been able to integrate cultural differences as a richness for the countries that make it, so Europe will not solve the problem of States. Europe does not have the leadership in the world, it is the commercial banks, the Chinese and the Americans. So what can we do? Invent new leadership models to counter the power of the Americans and Chinese. How? First, by redefining the values ​​that are based on the reading of our founding myths: the Egyptian, Greek, Latin, Christian spirituality, those of the Renaissance, the Enlightenment and the modern world, one must definitely not to exclude other. Then, by building strategies that take up the abandoned path by the creation of stakeholder value whose model is based on an intimate and close relationship with the customer in order to better serve. Then by using all our new means of communication to set up and implement these new strategies. Finally, and this is the crucial point missing in leadership today, by working both individually and collectively to develop virtuous behaviors consistent with our values. These behaviors must be detached from the obsession with money, they will reconnect with the will of putting the customer first as the sole source of value creation of our organizations. Which will result in the economic performance being understood as a consequence and not a goal.

It is no longer time to propose or negotiate but to act. Leadership is not a proposal but a revolt against unrealistic optimism. A true leader has the ability to bring together those who are willing to follow him to consider a new vision for the world, to implement and thus restore trust in humanity and in this case here in the West. And here for the moment, on this point, on the ground, very few leaders of this type arise. Bergson said, « the future is not what will happen but what we will do with it, » I raise the question: what will we do? Who will do it?

 

 Dove sono i nostri leaders?

La leadership comporta prima di tutto credere in sé e in ciò che intraprendiamo. Come dare il senso, affrontare le crisi, gestire i conflitti e adattarsi al cambiamento senza passare attraverso la fiducia in noi stessi? La fiducia non si impone, si costruisce. È il risultato della capacità personale di accettare le proprie debolezze, di prendere in carico le proprie forze e saper integrare le proprie incertezze. A partire da qui, possiamo costruire un gruppo solido con il quale condividere dei valori umani forti, con il quale identificare una visione del futuro realista e ambiziosa, definire degli obiettivi strategici chiari, da raggiungere in un tempo stabilito, mettere in opera un regolamento semplice eppure efficace, ma anche evocare le perplessità che ci attraversano. Posto che si verifichino tutte queste condizioni, saremo allora in grado di trasmettere del senso, attraversare insieme le difficoltà con cui saremo confrontati e prenderemo delle decisioni che si imporranno in risposta a situazioni delicate. La realtà è tuttavia piuttosto lontana dalla teoria. Dove sono i nostri leaders? I nostri capibranco? Sfortunatamente sono spesso molto lontani dal campo, troppo distanti dalle problematiche che i loro managers e i loro collaboratori devono gestire quotidianamente, segregati come sono nelle loro gabbie dorate del potere e del denaro.

In linea di massima, trovando un comune denominatore tra le varie culture, l’assenza dei leaders sul campo proviene essenzialmente da tre fattori: hanno una spietata mancanza di realismo, non osano dire la verità per vigliaccheria o per paura del risultato, cioè dell’effetto di questa verità sulle persone, oppure sono impotenti. Come ci ricorda Aristotele nella sua opera Etica Eudemia: «il coraggio è il giusto equilibrio tra la viltà e la temerarietà».  Esistono molti codardi e molti temerari, ma pochi coraggiosi. Il coraggio non è naturale per l’essere umano. Si costruisce, richiede un accompagnamento, un allenamento, necessita un confronto con ciò che non amiamo di noi stessi e degli altri. Benché ciascuno di noi possa essere coraggioso, la vigliaccheria e la temerarietà sono spesso il risultato di una mancanza di realismo. Affinché si possa comprendere il motivo di questa enorme mancanza da parte dei leaders di oggi, dobbiamo quindi osservare la realtà dell’ambiente internazionale in cui evolvono ogni giorno.

Sul piano politico, gli Stati sono sottomessi al potere della finanza, delle banche e dei fondi d’investimento. Sono il Fondo Monetario Internazionale e la Banca Centrale Europea per quanto concerne l’Occidente ad esempio, che decidono per gli Stati membri. Questi ultimi, sommersi dalle difficoltà di una situazione complessa, gestiscono le loro finanze, senza essere in grado di ridurre i debiti. Ciò che viene loro chiesto è di condividere equamente le risorse. I debiti di Stato sono il risultato dello spreco e delle spese inutili che servono il potere, sono il risultato di una politica che mira alla rielezione di alcuni politici, invece di servire il cittadino come dovrebbe.

Sul piano economico, le imprese sono subordinate alla dittatura della finanza ultraliberale di origine americana, e dei grandi gruppi finanziari e industriali che agiscono sotto forma di monopolio, imponendo le loro regole di funzionamento a fornitori e clienti. Il ritorno di investimento a due cifre è diventato un’ossessione, potremmo dire un mito. I nostri dirigenti osano parlarci di ripresa della crescita. La verità è che la crescita, così come l’abbiamo concepita fino ad oggi in Occidente, è terminata. Abbiamo raggiunto il massimo delle nostre possibilità di sviluppo. È necessario orientarci in modo diverso per il futuro. La verità è che abbiamo privilegiato diffusamente il modello di creazione di valore per l’azionista, dimenticando che qualunque impresa o organizzazione si costituisce prima di tutto per creare valore per il cliente. Abbiamo distrutto numerose nostre potenzialità creatrici. In questo senso, (nonostante lo abbiano bene insegnato in tutte le Grandi Scuole che la crisi sistemica sia impossibile), la crisi dei subprimes del 2008 ci ha mostrato i limiti di un sistema che valorizza essenzialmente il successo monetario.

Sul piano sociale, vediamo profilarsi un crescente divario tra le classi ricche e le classi povere. Una tale situazione è terreno fertile per la rabbia e la disperazione. Questi sentimenti non possono avere che due conseguenze: rinunciare a combattere per la vita oppure ribellarsi. La «primavera araba» nei paesi arabo-musulmani, le correnti degli «indignati» in Europa, « Occupy Wall Street » a New York e « Occupy Central » a Hong Kong sono stati, a titolo di esempio, alcune forme di rivolta lasciate fino ad oggi incompiute. In un altro senso, ma sempre in ambito sociale, e anche se questo avrà dei risultati positivi in termini di benessere guardando al futuro, la rivoluzione digitale impone un’accelerazione considerevole del ritmo di vita; dinamica sulla quale le imprese faticano molto a costruire nuovi modelli di gestione che permettano di mantenere un certo equilibrio tra la performance economica e il rispetto dell’essere umano. Non da ultimo, l’aumento dello stress fa crescere esponenzialmente il numero di depressioni.

Sul piano geopolitico, la Cina ha definitivamente intrapreso il cammino verso una leadership mondiale, detenendo più del 30% dei buoni del Tesoro americano. Anche se la Cina sarà attraversata dalle turbolenze di un paese in cui la crescita inizia la sua fase calante, è riuscita a convincere un anno fa, i suoi partners russi, indiani e brasiliani a costituire la Nuova Banca dello Sviluppo, per concorrere strategicamente con il Fondo Monetario Internazionale. Procede ormai nel suo intento che riguarda la colonizzazione finanziaria dell’Occidente, abilmente delineato a partire dall’apertura della Cina al capitalismo agli inizi degli anni ’90, secondo le regole precise dell’arte della guerra. Tuttavia, il rallentamento della sua economia dimostra che non esistono, da un punto di vista di leadership mondiale, degli eroi invulnerabili…

Sul piano della religione, l’ascesa al potere di estremisti radicali di ogni tipo, sottolinea il ritorno del sacro nella sua forma violenta e demoniaca che indica una disperata ricerca di senso dell’essere umano dal punto di vista spirituale. L’Occidente, dal canto suo, ha fatto di una corrente islamica il capro espiatorio. La caduta delle torri del World Trade Center a New York nel 2001 ci ha fatto piombare in un conflitto violento che era latente da secoli. La costituzione di uno Stato islamico potrebbe essere interpretata come la diretta conseguenza della pretesa americana di volere, a qualunque costo, instaurare una democrazia ispirata ad un cristianesimo puritano calvinista e totalitario. In ambito religioso, gli incoscienti collettivi che si svegliano oggi sotto forma di radicalismi, non sono nient’altro che il normale esito della storia. La negazione delle differenze culturali, attraverso la propagazione di un modello universale chiamato globalizzazione, conduce necessariamente alla rivolta identitaria. La globalizzazione è in realtà un effetto dell’attuazione della credenza in base alla quale gli Stati Uniti abbiano la missione di salvare il mondo, secondo un piano divino.  Si tratta di una convinzione che combina religione e capitalismo neoliberale e che ha per obiettivo quello di convincere gli altri Stati che questo sistema sia il rimedio ad ogni male, senza permettere alcuna distinzione sul piano culturale.

Sul piano della difesa, gli americani sorvegliano tutto il pianeta attraverso i programmi della NASA e i loro strumenti mediatici sociali, destinati ad invadere il mercato del villaggio globale. Ci sono delle questioni militari, economiche e di opportunità d’affari di cui solo i cinesi hanno compreso ogni dettaglio, perciò hanno creato i loro propri strumenti digitali di sorveglianza. I russi si sono concretamente raccolti intorno a questo potere. Gli Europei, dal canto loro, sognano beatamente un trattato transatlantico che regolerebbe il problema della difesa cibernetica e della crescita. Da questo punto di vista, l’Europa è divenuta ostaggio degli americani. Questo ci rimanda alla tematica del rispetto del diritto internazionale e delle norme sulla concorrenza, regolarmente ignorate da tutti, come il mercato sa molto bene.

Infine, sul piano ambientale, le nostre fabbriche producono senza sosta prodotti e servizi di cui il marketing si serve per venderci tutto ciò di cui non abbiamo bisogno. Questa produzione incontenibile ha inquinato il pianeta e i nostri cervelli. Nessun accordo sull’attuazione reale e concreta di una politica mirata a ridurre gli effetti negativi delle nostre modalità operative sulla Terra, nessun provvedimento effettivo e realizzabile ad oggi. La conferenza sul clima (COP 21), che si terrà in Francia a fine del 2015, è ad esempio un’opportunità straordinaria per i leaders di dimostrare se hanno il coraggio necessario per cambiare il mondo.

Eppure, nonostante tutto, oltre questo grigio ritratto della realtà, esistono delle eccezionali potenzialità creatrici di sviluppo che emergono tra le persone, nelle piccole comunità. Le nuove generazioni si stanno adattando in modo diverso, non mancano di idee, si accingono a creare un modello operativo che rifiuta, quasi in un richiamo tribale, la globalizzazione. Le reti sociali moltiplicano le possibilità di espansione della conoscenza e del sapere, mobilizzano un’intelligenza collettiva, dei modelli economici collaborativi, sociali e solidali. Alcune imprese creano dei nuovi modelli di leadership etica e responsabile, rispettosi della natura e dell’essere umano. In molti, hanno già con urgenza preso in considerazione una crescita di tipo differente, che rivede l’economia integrando e puntando sulle tecnologie ecosostenibili, sull’imposizione di un prezzo sul carbone e sull’imprenditorialità sociale.  Una parte dell’umanità crede nell’umanità. Ma la maggioranza dei nostri leader attuali, non ci crede. Credono piuttosto nella loro riuscita, nella loro rielezione, nella loro prestazione. Credono al prezzo delle azioni in borsa e si lasciano condurre verso l’avvenire dalla finanza.

Un vero leader non si lascia imporre nulla. Ascolta, inventa, crea, orienta, prende coscienza del fatto che il proprio ruolo è al servizio del destino dell’umanità. Egli disegna un piano di battaglia rivoluzionario, che sente emergere da se stesso, da coloro che lo circondano, dalla sua stessa energia creatrice che gli è donata per servire i cittadini, i suoi impiegati, i suoi simili. La leadership non si improvvisa, si costruisce passo dopo passo, nel confronto tra sé, gli altri e il resto del mondo. La scarsa conoscenza di sé è causa dei principali fallimenti nella leadership. Come si preparano i nostri leader ad affrontare questi tempi di cambiamenti avvenire? Quanto tempo dedicano alla gestione delle loro paure e delle loro angosce esistenziali?

C’è una tendenza generale a credere che la leadership si eserciti attraverso la padronanza della comunicazione. Il modo migliore di comunicare per un leader, in ogni caso, è quello di dire la verità. I loro consulenti in comunicazione direi che non vanno in questo senso. La crescita, così come l’abbiamo vissuta e conosciuta non è più realizzabile. La realtà è che dobbiamo cambiare le nostre abitudini da paesi ricchi, abituati a consumare e sprecare senza alcuna attenzione, continuando ad acquistare oggetti inutili. Come possiamo dare agli altri un senso comune se non l’abbiamo noi stessi? Come possiamo essere al servizio di qualcosa che è più grande di noi, se concentriamo tutte le energie sulla nostra riuscita individuale? Come potremmo mettere in pratica la solidarietà e la lealtà se non sviluppiamo dei modelli di leadership collaborativi e partecipativi? L’Europa è un buon esempio a questo proposito.

Le istituzioni europee costano molto, l’Europa è stata costruita intorno ad un trattato economico che non ha mai considerato una ricchezza l’integrazione delle differenze culturali dei paesi membri, quindi l’Europa non regolerà i problemi degli Stati e tra gli Stati. L’Europa non detiene la leadership sul mondo, sono le banche di investimento, i cinesi e gli americani. Allora che fare? Inventare dei nuovi modelli di leadership che permettano di contrastare il potere di Cina e Stati Uniti. Ma come? Prima di tutto, ridefinendo i valori ispirandosi ad una rilettura dei miti fondatori: la spiritualità greca, egiziana, latina, cristiana, il Rinascimento, l’Illuminismo e il nostro mondo moderno, l’una non deve assolutamente escludere l’altra. Poi, costruendo dei piani d’azione che riprendano il sentiero abbandonato della creazione del valore partenariale il cui modello si iscrive nella relazione intima e vicina al cliente. Ancora, utilizzando tutti i nuovi mezzi di comunicazione necessari alla messa in atto di queste nuove strategie. Infine, e sta qui la parte mancante delle leadership di oggi, lavorando tanto sul piano individuale che collettivo, favorendo dei comportamenti virtuosi coerenti ai nostri valori. Queste attitudini devono essere lontane dall’ossessione per il denaro, dovranno invece poggiare sulla volontà di rimettere il cliente al centro delle organizzazioni, quale unica fonte di creazione di valore. La prestazione economica che ne conseguirà dovrà essere annoverata come il frutto di questa condotta e non lo scopo.

Non è più tempo né per le proposte, né per i negoziati, è tempo di passare all’azione. La leadership non può essere un suggerimento ma una rivolta contro l’ottimismo irrealista. Un vero leader ha la capacità di radunare intorno a sé coloro che sono pronti a seguirlo per considerare una nuova visione del mondo, realizzarla rendendola operativa e ridare così fiducia all’umanità, e in questo contesto all’Occidente. Per ora, riguardo l’argomento appena trattato, emergono ben pochi leader di questo genere. Bergson diceva: «il futuro non è ciò che accadrà ma ciò che faremo», mi faccio e vi faccio questa domanda: cosa faremo? Chi lo farà?

 

 

 

 

 

De paysan à leader mondial

écrit par Emmanuel Toniutti

English version below

Ce remarquable ouvrage « De paysan à leader mondial » nous montre comment les valeurs paysannes sont un solide fondement à la création d’une culture d’entreprise compétitive et différenciante. Il n’est pas une recette mais un témoignage prouvant que les valeurs humanistes peuvent conduire à la mise en place d’un modèle de leadership performant. Il fait la preuve qu’il est possible de devenir un acteur majeur mondial sur un marché tout en rendant l’éthique compatible avec les affaires. Le mot paysan, du latin pagensis, relate une personne appartenant au village ou au canton. Celle-ci vit à la campagne et se satisfait des travaux de la terre, de la culture, de l’élevage. Le paysan ne compte pas son temps. Il met son rythme biologique en adéquation avec la nature qui le nourrit. Il est pleinement conscient que la terre, le soleil et la pluie sont souverains. Ce faisant, il développe une humilité et un pragmatisme certains face à des éléments qui le dépassent. Cependant, il ne renonce jamais, il ne s’avoue jamais vaincu, il travaille dur et apprend du mieux qu’il peut à agir avec mesure et équilibre.

Cet état d’esprit révèle ici une expérience unique en matière de leadership responsable, celle de Bernard Streit, Président de Delfingen, une entreprise familiale dont les mythes fondateurs se situent entre la France et la Suisse alémanique. Une histoire exceptionnelle qui commence avec son père dans les années 1950 par la fabrication de sacs plastiques. Aujourd’hui, Delfingen est leader mondial des équipementiers automobiles spécialisés dans les systèmes de protection, les solutions de transfert de fluides et les technologies d’assemblage.

Le modèle de leadership de Bernard Streit est direct, franc, sans faux-semblants. Il explique ses réussites et ses échecs. Il nous donne quelques secrets fascinants sur la manière de livrer une guerre économique compétitive sans pour autant transiger sur les valeurs humaines. Il nous montre, de manière concrète, que l’éthique est compatible avec le monde des affaires. Il fait la preuve que la culture d’entreprise et le sentiment d’appartenance sont un atout majeur pour affronter les crises. Il convainc que la performance économique est absolument compatible avec la réussite humaine. Ses phrases préférées : « le pire n’est jamais sûr », « ce qui est impossible aujourd’hui peut demain devenir possible ».

Il y a deux ans j’ai eu l’occasion, pour la première fois, de rencontrer Bernard Streit lors de l’animation d’un séminaire pour le comité exécutif de Delfingen. J’ai fait la connaissance d’un homme simple et humble au caractère pourtant rude. Une personne n’ayant pas sa langue dans la poche et disant franchement ce qu’il pense tant sur le plan positif que négatif. Son modèle de leadership : dire les choses, regarder la réalité en face, affronter les problèmes sans détour, ne pas se faire d’illusions sur les mauvaises pratiques des concurrents, maintenir la cohérence entre les valeurs humanistes, la stratégie, l’organisation et les comportements des leaders. Et surtout, ne pas oublier qu’il est nécessaire dans une entreprise de commencer à regarder par le haut. Souvent c’est par les patrons ou les cadres haut placés que débutent les problèmes…c’est souvent ainsi qu’une entreprise fait faillite. Ce sont ces principes qu’il a transmis à son fils Gérald, désormais Directeur Général de Delfingen.

Ce livre nous offre une belle leçon : il n’existe pas de modèle de leadership idéal. Celui-ci se construit à partir des personnes qui ont à conduire les organisations tout en s’adaptant aux clients aux produits et aux cultures. Il existe toutefois des invariants qui font le succès et la pérennité des entreprises : Bernard et Gérald Streit nous prouvent que l’éthique et la responsabilité sont deux piliers sur lesquels les leaders peuvent s’appuyer pour bâtir la réussite de l’entreprise. Mon expérience me permet néanmoins d’ajouter que si nous ne croyons pas en l’être humain, la mise en œuvre d’un tel modèle de leadership est impossible.

 

From farmer to world leader

This remarkable book ‘From farmer to world leader’ shows how the peasant values ​​are a strong foundation for the creation of a competitive and distinctive corporate culture. This book is not a recipe but rather a testimony proving that humanistic values ​​can lead to the establishment of an effective leadership model. It demonstrates that it is possible to become a major global player in one market while making it compatible with ethical business. The word peasant, from the Latin pagensis, refers to a person belonging to a village or township. He lives in the country and has an appreciation for the work of the land, farming and livestock. The peasant, or the farmer in this case, does not count his time. He sets his biological rhythm in keeping with the nature that feeds him. He is fully aware that the earth, sun and rain are sovereign. In doing so, he develops a certain humility and pragmatism in the face of elements that are beyond him. However, he never gives up, he never admits defeat, he works hard and learns the best he can to act with moderation and balance.

This mindset reveals here a unique experience in terms of responsible leadership, that of Bernard Streit, President of Delfingen, a family business whose founding myths lie between France and German-speaking Switzerland. It is an exceptional story that began with his father in the 1950s with the manufacture of plastic bags. Today Delfingen is the world leader in automotive equipment specialized in protection systems, fluid transfer solutions and assembly technologies.

The leadership model of Bernard Streit is direct, frank and without pretense. He explains his successes and failures. He gives us some fascinating secrets on how to deliver a competitive economic war without compromising human values. He shows us, concretely, that ethics are compatible with the business world. He demonstrates that the corporate culture and sense of belonging are a major asset to face the crisis. He argues convincingly that economic performance is absolutely compatible with human fulfilment. His favorite phrases being: « the worst is never certain, » « what is impossible today may tomorrow become possible. »

Two years ago I had the opportunity, for the first time, to meet Bernard Streit whilst giving a talk at a seminar for the executive committee of Delfingen. I made the acquaintance of a simple and humble man yet tough in character. A person not having his tongue in the pocket and frankly saying what he thinks whether positive or negative. His leadership model is to : say things, look reality in the face, face problems frankly, not have any illusions about the bad practices of competitors, maintain consistency between humanist values, strategy, organization and the behavior of leaders. And do not forget that it is necessary in a company to start looking upwards. Often it’s the bosses or senior executives where the problems begin … and it is often like this that a company goes bankrupt. These are the principles he transmitted to his son Gerald, now the Delfingen CEO.

This book offers us a great lesson: there is no ideal model of leadership. It is built from people who have to drive organizations while adapting to customers, products and cultures. However, there are constants that make the success and sustainability of businesses: Bernard Streit and Gerald prove that ethics and responsibility are the two pillars upon which leaders can build business success. However my experience allows me to add that if we do not believe in the human being, the implementation of such a model of leadership is impossible.